Rapide aperçu du mouvement des gilets jaunes à Boulogne-sur-mer

Rapide aperçu du mouvement 

des gilets jaunes à Boulogne-sur-mer

La seule certitude que nous avons pour le moment, c’est que les choses évoluent très rapidement. Si nous ne participons pas activement au mouvement des gilets jaunes local, à plusieurs reprises nous nous sommes rendus sur différents ronds points à la rencontre de ses protagonistes. Nous avons pu y observer les éléments qui tranchaient d’avec les mobilisations que nous avions vécu ces dernières années. Nous avons aussi pu pointer quelles limites caractérisaient une dynamique qui appelle à son élargissement et son dépassement comme en attestent des revendications qui désormais débordent largement la seule question des taxes. 

Dans « Une page se tourne »(1), le tract que nous avons distribué le 9 octobre 2018, lors d’une manifestation syndicale locale, nous écrivions qu’il ne fallait pas «sous-estimer la profonde exaspération qui transpire partout dans les boîtes et dans la société en général ». Nous concluions qu’il n’y avait pas « à désespérer mais à élaborer les nouveaux outils de la période. Des outils au service, non pas de tel ou tel intérêt corporatiste, mais de la classe à laquelle nous appartenons. Tout est à refaire et il n’y a pas de temps à perdre ! ». 

Quelques semaines plus tard, il semblerait que cette nécessité ait commencé à trouver un début de réponse concrète sur le bitume. Certes, pour le moment dans des formes encore embryonnaires et hybrides, loin de l’immaculée conception de la classe et de sa pure conscience qu’entretiennent encore certains. Et c’est sans aucun doute parce que depuis quelques années le cours des luttes sociales revêt des formes transitoires et parfois contradictoires que la réalité dans toute sa complexité ne se laisse pas étreindre aussi aisément que nous le désirerions. 

Un mouvement inter-classiste : oui ! mais …

 

 

Dès le départ, les médias bourgeois ont présenté les gilets jaunes comme un regroupement de petits patrons, de commerçants, d’indépendants mais aussi d’employés et d’ouvriers. Cette proximité entre une petite bourgeoisie en voie de déclassement(2) et des prolétaires attelés à la défense des intérêts des premiers n’était pas sans rappeler quelques épisodes historiques assez funestes. Cette configuration existe belle et bien à certains endroits en France, mais elle ne semble pas représentative de l’ensemble du mouvement et surtout de ce que nous avons pu observer sur les ronds points de l’agglomération boulonnaise. 

A vrai dire, des petits patrons, nous n’en n’avons pas croisé, ce qui ne signifie pas qu’ils ne sont pas présents. Au rond point du boulevard Industriel de la Liane, une commerçante en retraite et son mari nous ont avoué manifester pour la première fois. Ils étaient venus réclamer l’augmentation de leur pension de retraite face à un hyper-marché où ils se sentaient davantage en sécurité, car à les écouter, «Capécure est malfamé (…) on y trouve plutôt des jeunes»(3). A Capécure, en effet, nous avons plutôt croisé des jeunes hommes et des jeunes femmes, mais pas uniquement. L’un d’entre eux, mécanicien dans une entreprise à Outreau, participait lui aussi à une mobilisation collective pour la première fois de sa vie. Il était venu avec des proches et évoquait surtout les taxes sur le carburant et les difficultés pour sa soeur de reprendre un commerce. Il se félicitait de l’ampleur de la mobilisation, notamment sur … les réseaux sociaux. « Nous y sommes un million ! », affirmait-il, alors que lui et ses camarades comptaient pour une dizaine autour d’un feu de palettes face à la conserverie Delpierre. Entre l’évidence tangible et la fausse réalité vituelle, il y avait une fois de plus un fossé… Lorsque nous lui avons demandé si des ouvriers des boîtes de Capécure les rejoignaient parfois après leurs postes, il ne sut pas nous répondre. Pourtant, des ouvriers et des ouvrières il y en a dans ce mouvement. Des travailleurs de différents secteurs, des intérimaires, des chauffeurs, des salariés de l’agglo, des territoriaux, des marins de société de ferry, et des jeunes sans boulot, sans oublier les retraités … Il y a une véritable base prolétarienne qui n’est pas, et chacun l’aura compris un simple copié-collé de la clientèle traditionnelle des promenades syndicales en centre ville. Des travailleurs qui avaient troqué la chasuble syndicale contre le gilet jaune pour l’occasion, nous en avons reconnu quelques-uns, mais en réalité très peu. 

Le plus étonnant est d’entendre certains gilets jaunes qualifier de « grève » les actions de terrain qu’ils mènent après le travail ou pendant le week-end. Quel sens donnent-ils à ce terme ? C’est difficile à dire. Le samedi 24 novembre, sur la zone industrielle de la Liane, l’ambiance était familiale. Pour un certain nombre d’entre-eux, les gilets jaunes étaient venus en couple, accompagnés de leurs enfants. Les quelques deux cents personnes présentes formaient un agrégat de groupes plutôt affinitaires mais qui ne communiquaient pas forcément entre eux. C’est certainement le trait le plus significatif de ces rassemblements. On n’y échange pas réellement, on y débat encore moins, mais en cela ce mouvement n’est pas en dessous des dernières mobilisations syndicales qui brillèrent avant tout par leur absence de contenu. Cette fois encore, l’action de ralentissement ou le blocage des flux de marchandises suffisent à exprimer avant tout une colère. Cela risque d’être une des limites importante à dépasser dans la suite que parviendra à se donner ou non ce mouvement. Faire nombre, ici ou ailleurs ne suffira pas. 

Et dans les boîtes ?

Sur le fond, on pourrait qualifier le mouvement des gilets jaunes de mouvement de consommateurs et en cela il fut marqué dès le début d’une emprunte corporatiste indiscutable. Pour le moment encore ses acteurs réclament la satisfaction des besoins élémentaires du quotidien : pouvoir se nourrir, se loger, se déplacer, bref, reproduire la force de travail, et pour d’autre simplement ne pas crever. Cette caractéristique explique en partie sa sociologie composite. Elle le rend ouvert à tous les vents d’où qu’ils viennent, à fortiori depuis l’effacement historique du mouvement ouvrier organisé. Mais s’il est un mouvement de consommateur et non un mouvement de producteur, il n’en demeure pas moins porté par une grande partie de ces derniers. 

Le débrayage de deux heures des salariés de la plateforme d’appel boulonnaise Armatis pour rejoindre les gilets jaunes est à notre connaissance la seule initiative de ce genre dans la région. Un camarade qui travaille dans cette boîte nous a expliqué que l’appel a été lancé, non pas par les syndicats dont certains ont suivi et d’autres non, mais par un simple salarié et une fois de plus par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Sa proposition a rapidement reçu l’adhésion de la majorité de ses collègues de travail qui ont quitté la boîte pour ralentir la circulation sur le boulevard industriel. 

Sur les lieux de travail où nous sommes présents, on observe un clivage assez net entre l’encadrement et le personnel de service. Les premiers demeurent prudents face aux événements, si ce n’est inquiets, seule une infime minorité acquiesce. Les seconds s’en réjouissent, certains ont participé une fois ou deux aux rassemblements, tous se demandent ce qu’attendent les syndicats ? 

 

 

Les blocages

Pour avoir participé à de nombreuses actions sur la zone de Capécure, nous savons depuis longtemps faire la différence entre ce qui relève du spectacle syndical co-produit avec les renseignements généraux et la sous-préfecture, des actions spontanées, seules en mesure de porter efficacement un coup à la circulation de la marchandise. C’est avec une certaine satisfaction que nous avons constaté que les actions entreprises ces dernières semaines n’étaient pas feintes. Mieux ! interviewé par un jeune blogueur local qui lui demandait de s’expliquer sur le manque à gagner des patrons, un jeune bloqueur tout aussi local, lui rétorqua que «les patrons sont les amis de Macron, donc tout va bien ! » Ici aussi, l’anti-macronisme semble la valeur la mieux partagée mais lorsqu’il se double d’un discours de classe, c’est que manifestement, il y a plus …

Xénophobie, sexisme …

Le peu de temps passé auprès des gilets jaunes ne nous permet pas d’affirmer qu’ils sont l’expression d’un ressentiment à l’égard des étrangers en général ou des femmes en particulier. La présence des femmes dans ce mouvement a été plusieurs fois soulignée. Nous confirmons qu’elles y sont en nombre plus important sur les ronds points que lors d’actions syndicales traditionnelles. Qu’il puisse y avoir des tendances xénophobes et sexistes chez certains gilets jaunes, cela ne fait aucun doute, mais guère plus ou moins que dans n’importe quelle couche de cette société. Lors d’actions contre « la loi travail », nous avons avons été les témoins de propos xénophobes tenus à l’égard de chauffeurs polonais, comme de conduites sexistes de la part de syndicalistes éméchés sur certains points de blocages. Nous ne nous faisons donc aucune illusions sur ce qu’il est malheureusement possible de voir et d’entendre en pareilles circonstances. Les jaunes n’ont pas le monopole du dérapage, dans tous les cas inexcusable. 

Drapeau tricolore et marseillaise

Si en règle générale, nous n’accordons que peu de crédit aux symboles lorsqu’il s’agit de cerner la réalité d’une situation, cela nous fait vraiment mal au bide de nous retrouver dans la rue aux côtés de personnes brandissant leur drapeau tricolore. D’abord, parce que contrairement à un mythe toujours vivace, il n’est l’emblème d’aucune révolution. Mariage de la couleur de la monarchie et de celles de la ville de Paris, c’est sous ses plis que la bourgeoisie impose depuis deux siècles sa domination sans partage sur l’ensemble de la société. Il fut l’étendard sous lequel cette même bourgeoisie massacra et déporta en 1871 des milliers de communards. Ce sont toujours sous ces trois couleurs que l’Etat français  mena ses expéditions et perpétua ses massacres coloniaux. C’est sous cette bannière enfin, que des centaines de milliers de prolétaires furent expédier à la boucherie pour les intérêts de quelques industriels. Certaines légendes ont la vie dure, c’est bien regrettable. 

Sur l’agglomération, fort heureusement, les ronds-points sont peu pavoisés. Il y a parfois un de ces bouts de chiffon planté là, mais ce n’est pas ce que l’on remarque immédiatement. Et là encore, les gilets jaunes n’ont rien inventé. Lors de la mobilisation des retraites en 2010, un camarade syndicaliste et ses copains qui travaillaient à la Continentale arboraient fièrement des T-shirts qu’ils avaient fait confectionner exhibant la tête de Guevara sur fond de drapeau tricolore. A la vue de notre moue septique, le copain en question se crut obligé de nous apporter une explication qu’on ne lui demandait d’ailleurs pas(4). Plus près de nous, lors des premières manifestations contre la « loi travail», plusieurs jeunes dont c’était le premier engagement, brandissaient comme signe de ralliement ce même étendard national, qu’ils abandonnèrent progressivement. 

Comme il l’a été rappelé à maintes reprises, nombre de gilets jaunes sont vierges de toute implications dans les combats sociaux et ils vivent cette première fois avec le bagage qui est le leur, cela ne fait pas d’eux pour autant des réactionnaires forcenés. Quarante ans de dépolitisation quasi ininterrompue et l’effacement du mouvement ouvrier organisé ont laissé derrière eux un champ de ruines politique, social et culturel dont on ne mesure l’étendue du désastre que lorsque la vie collective tente de reprendre ses droits. On ne cesse de le répéter, tout est à reconstruire. 

Le rapport à la police

Lors de notre premier passage auprès des gilets jaunes, le samedi 17 novembre vers midi, nous avons été surpris d’observer la présence de la police parmi les manifestants. Ils étaient là chez eux, tête nue au soleil, à discuter tranquillement avec les personnes mobilisées. Une semaine plus tard sur le rond-point de la ZI de la Liane, on remarqua moins de familiarité et un peu plus de distance de part et d’autre. Un incident nous démontra que les choses n’étaient pas figées et que l’attitude des manifestants s’adapte au gré des circonstances. Les choses peuvent basculer dans un sens comme dans l’autre, mais les personnes mobilisées souhaitent garder le contrôle de leur action. Ainsi, une voiture de police banalisée bloquée par les gilets jaunes réclama l’intervention d’un cordon de flics du commissariat visiblement peu à l’aise pour mener ce genre d’intervention. L’altercation se termina sur le parking de l’hypermarché où les flics retirèrent leurs casques sous une salve d’applaudissements et les encouragements des manifestants à les rejoindre. 

Il est clair que si la sous-préfecture décide de siffler la fin de la partie, c’est à dire comme à chaque fois que les patrons du port le réclament, ce ne sont pas les policiers locaux qui interviendront et certainement pas de cette façon. En la matière, il faut surtout se garder de toute naïveté qu’un certain citoyennisme de gauche comme de droite entretient depuis des lustres sur le caractère prétendument républicain de la police de l’Etat français. Si l’Etat décide de faire le ménage, il le fera comme il l’a toujours fait, dans le sang et sans retenue. Les derniers événements parisiens et autres en ont apporté la confirmation.

 

 

Le contenu et la suite 

Comme nous l’avons dit, les choses évoluent rapidement. Les revendications des gilets jaunes prennent peu à peu un caractère ouvertement politique dont il est bien difficile de démêler les tenants et les aboutissants. Une seule chose est certaine, une brèche a été ouverte dans le consensus social. Est-il possible de s’y engouffrer afin d’appuyer la dimension de classe qui existe indubitablement en son sein ? La suite des événements nous le dira. 

Boulogne-sur-mer le 09/12/2018

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  1. Une page se tourne : https://lamouetteenragee.noblogs.org/post/2018/10/08/une-page-se-tourne/

(2) Nombreux sont ceux qui ont comparé le mouvement des gilets jaunes à celui de Pierre Poujade. Au delà de ce qu’il y a d’irritant à systématiquement rechercher des éléments de comparaison dans des périodes antérieures et dissemblables, c’est avant tout la composition sociale de la dynamique actuelle qu’il importe d’interroger. Le mouvement de Poujade, comme celui de Dorgères avant lui et de Nicoud après lui reposaient tous trois sur des bases sociales relativement homogènes, en passe d’être progressivement liquidées mais encore bien réelles. Le Front Paysan de Dorgères , par exemple, comptait plus de 400 000 cotisants, pratiquement tous paysans et petits ou moyens propriétaires. Qu’y a-t-il de commun entre ces événements et ce qui se déroule actuellement sous nos yeux ? Bien peu de choses, si ce n’est rien en réalité. 

(3 )Capécure est le quartier industriel du port de Boulogne-sur-mer.

(4) Le copain y voyait en fait l’association de deux symboles pour lui révolutionnaires : l’icône sud-américaine et le 1789 français.


ENCADRÉ :

 L’atmosphère se réchauffe  : 

gilets jaunes et climat le 8 décembre 2018 à Boulogne-sur-mer

   On a pu ressentir, ce samedi 8 décembre devant le théâtre, l’impression forte d’une volonté d’union entre deux sphères que la Macronie opportuniste concevait antagonistes : les Gilets Jaunes et les écolos. Les seconds avaient en effet organisé un rassemblement rue Monsigny sur leurs positions environnementalistes quant à la transition écologique tricotée par le gouvernement. Les premiers sont venus au rendez-vous. Les uns et les autres se sont, retrouvés, dans tous les sens du terme, contre la conjugaison des méfaits du capitalisme sur les hommes et la terre.

Si l’on pouvait croiser des camarades ou connaissances habituées à battre le pavé, bien d’autres, portant le fluo précisément, étaient là pour poursuivre plus largement le combat qu’ils et elles mènent depuis plus de trois semaines. Issue-e-s du privé ou du secteur public, étudiants, retraités ou chômeurs… c’était bien les intérêts communs d’une classe en souffrance que chacun-e venait défendre. Dérèglements climatiques et sociaux : mêmes causes, mêmes conséquences. 

Ainsi, après qu’un militant environnementaliste a décliné les attaques de l’État et des industriels sur le monde, la parole a été donnée à un Gilet Jaune, lequel a dénoncé le travail d’enfants en Afrique dans les mines de lithium à ciel ouvert, remettant ainsi en cause le « tout électrique ».

Car c’est bien sur la question sociale que les discussions dans le cortège roulaient. Si l’un attendait la réponse d’un syndicalisme – révolutionnaire pour le coup – à la domination, tel autre arguait de l’incompatibilité entre écologie et capitalisme. Le discours n’était plus strictement anti-Macron désormais considéré comme champion remplaçable des banques et des patrons à la tête de l’État. Comprendre que s’en débarrasser ne suffirait pas ; la bourgeoisie trouverait illico un autre  président providentiel …

Pour autant, le problème de l’enjeu politique reste, il faut le dire, en l’état insoluble. Si la contestation des parlementaires s’exprime, c’est davantage du fait de la sociologie des élus que des rouages et roueries d’un régime. Certes on a pu entendre des « eurosceptiques » voire des « europhobes » chercher les responsables de la casse à l’échelon supranational. Certain-e-s parallèlement attendent l’implication, vertueuse naturellement, de candidats à l’occasion des prochaines élections européennes. Lesquelles ne profiteront d’ailleurs pas aux partis et l’écologie politique, comme on dit, ne se refera sans doute pas une santé.

Reste que si des Gilets Jaunes aspiraient à un costard de « représentant du peuple »… Comment dire , euh… tout ça pour ça ?

C’est pourquoi, il est important que la parole libérée et spontanée, que les rassemblements autorisés ou pas, que les actions qui frappent l’économie capitaliste restent l’expression non pas d’un agrégat d’individus qui font nombre, mais d’une entité qui veut s’émanciper. Le fonctionnement collectif existe, les revendications essaiment ; il faudra bien construire un objet politique qui déborde aussi le simple credo citoyenniste.

Boulogne-sur-mer, le 09/12/2018


 

 

 

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Du nouveau dans la brume-REFLEXIONS SUR LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES

Du nouveau dans la brume

Nous proposons à la lecture le texte que l’OCL(1) a produit à propos du mouvement des gilets jaunes. Dans quelques temps, la Mouette Enragée reviendra à son tour sur cette mobilisation mais à l’échelon local.  

REFLEXIONS SUR LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES

Du nouveau dans la brume

Après la nouvelle journée plutôt réjouissante du 1er décembre, et qui ne met qu’un seul mot à la bouche tant du pouvoir que des oppositions parlementaires : « Les casseurs, les casseurs, encore les casseurs… », essayons de voir un peu où nous en sommes pour préparer dans les meilleures conditions possibles un avenir que l’on voudrait joyeux, malgré la répression qui se prépare avec peut-être un retour de l’Etat d’urgence.

Le constat est général que tout le monde a été au début un peu paumé. Nous étions habitués à pouvoir déterminer assez facilement dans quelle mesure il était possible et souhaitable de nous mêler (même de manière critique) à des mouvements revendicatifs ou idéologiques, ou au contraire si nous ne pouvions pas en être. La ligne de démarcation entre « le bien et le mal », entre l’acceptable et l’inacceptable était assez claire. Il était évident que nous ne participions ni à La Manif pour tous, ni antérieurement aux manifestations contre l’avortement ou pour l’école libre, et pas davantage bien sûr aux rassemblements anti-immigration ou pour la reprise du travail après une grève. En revanche, les manifs syndicales ou antifascistes, pour soutenir les migrants ou contre les violences policières retenaient notre attention et nous y participions avec nos propres armes.

Une mobilisation d’un nouveau genre

Or à présent, et depuis quelque temps, les repères traditionnels liés à l’histoire du mouvement ouvrier battent de l’aile, et la ligne de fracture entre « le bon et le mauvais » n’est plus aussi claire. Cela éclate au grand jour maintenant avec les gilets jaunes, mais hier il y a eu les bonnets rouges, Nuit debout, qui, chacun avec ses spécificités, indiquaient que nous n’étions plus dans les configurations traditionnelles de mobilisation… Et demain ?

Drapeaux tricolores seuls ou avec croix et cœur vendéen, migrants découverts dans un camion et livrés à la police, propos sexistes et homophobes, fraternisation avec la police, le tout accompagné de Marseillaise tonitruantes, quelques têtes de fachos reconnus dans la manif parisienne ou de militants du Rassemblement national ailleurs sont autant de scènes nauséabondes qu’on a pu voir sur les chaînes en continu, ou que certains ont pu vivre sur place.

Mais il y a eu aussi l’appel de la zone portuaire de Saint-Nazaire, qui affirme que « la solution est en nous-mêmes, en nous les travailleurs, les chômeurs, les retraités de toutes origines et de toutes couleurs », les revendications sociales à La Réunion, la haie d’honneur des gilets jaunes à la manif contre les violences faites aux femmes à Montpellier, etc. Bref, c’est l’existence de ces aspects contradictoires qui font qu’il se pourrait bien que l’on ait affaire à un vrai mouvement.

Chacun peut, dans une période où les repères s’estompent, asseoir des certitudes sur des images partielles, vécues ou non, en fonction de sa sensibilité du moment, et donner plus d’importance à un aspect ou à un autre, d’autant qu’il s’agit en grande partie d’une guerre des images et des commentaires. Il faut pourtant se méfier de ce mouvement pendulaire qui dit oui qui dit non en fonction de telle ou telle anecdote, de telle ou telle déclaration ou d’une expérience malheureuse ou heureuse. Une bonne dose d’esprit critique est toujours nécessaire.

Ce qui reste, au-delà de ces contradictions, c’est le succès des blocages, ce que n’ont pas vraiment réussi les structures syndicales contre la loi travail. Et les blocages, ce ne sont pas seulement des structures opérationnelles (voire militaires) qui vont gêner l’économie (malgré ce qu’en disent les supermarchés, qui vont, grâce au gouvernement, recevoir des dédommagements) ; ce sont aussi des lieux de vie, de rencontre, de discussion ; ce sont, parmi d’autres, des cellules de base de ce mouvement. Il ne faut donc pas négliger l’aspect « être ensemble »… Et c’est dans cet espace que nous devons être présents, pour participer à son élargissement à bien d’autres colères liées à l’exploitation et pour constituer de véritables comités de lutte.Mais pour être présent dans un mouvement, il faut en partager, du moins en partie, les objectifs sous peine de n’être que des donneurs de leçons avant-gardistes. Il faut avoir un intérêt réel à son succès, et non pas « le rejoindre » par pur souci tactique ou stratégique.

Une lutte contre la vie chère

Parlons un peu des objectifs. Il a beaucoup été reproché au mouvement des gilets jaunes de ne pas en avoir de très précis. Evidemment, si on raisonne comme dans les mouvements traditionnels – une lutte et un objectif central bien identifié –, constat est fait que ce n’est pas le cas, justement parce que ce n’est pas un mouvement traditionnel. Ajoutons que les luttes bien balisées avec un objectif bien identifié n’ont pas fait preuve, ces dernières années, d’une efficacité qui incite à se maintenir coûte que coûte dans ce schéma ! 

Certes, la hausse du prix de l’essence et de la taxe carbone a été le déclencheur. Mais nous avons suffisamment dit et démontré, lors de mouvements passés, que les déclencheurs officiels ne sont en partie que des prétextes à une exaspération plus profonde. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? En tout cas, nous ne pouvons pas l’exclure. Taxes ou pas taxes, la réalité c’est la vie chère, et les luttes contre la vie chère sont toujours de par le monde des mouvements de classe en ce qu’ils tentent de vendre le moins mal possible la force de travail. Notons quand même que les taxes touchent tout le monde, y compris les plus pauvres, et que s’y attaquer n’a pas exactement le même sens que de s’attaquer à l’impôt comme l’a fait le mouvement Poujade dans les années 50.

Le supposé « désespoir » des gilets jaunes revient en boucle tant de la part des commentateurs et des politiciens démagogues, qui compatissent pour faire semblant de coller au mouvement, que de celle de nombreux gilets jaunes eux-mêmes tentant de se faire entendre. Pourtant, à coup sûr, ce qu’on voit le plus dans les blocages ce n’est pas du désespoir mais de la colère, et cette colère, comment ne pas la partager ? Une colère qui n’est pas, pour l’instant, dirigée contre les plus pauvres ou contre les immigrés, mais contre l’Etat-Macron, les riches, la vie chère, le mépris de classe. De plus, la colère est certainement plus porteuse d’espoir que… le désespoir. Et c’est certainement dans cet espace-là aussi que l’on peut essayer d’avancer des pions.

On a aussi beaucoup parlé de jacquerie, histoire de montrer à quel point ce n’est qu’une révolte qui ne peut mener à rien, qu’il faut certes « écouter » (écouter est devenu le mot incontournable que les élites ont dans la bouche et qu’elles glissent à chaque détour d’intervention, cause toujours…). Mais les jacqueries étaient le fait de gens qui n’avaient plus rien à perdre et étaient prêts à mourir, le bas le plus extrême de la société. Ce n’est pas le cas des gilets jaunes, qui justement ont des choses à perdre et ne veulent pas les perdre et, en tous les cas, pas leur vie. Ce ne sont pas des « gueux ». Les composantes inférieures, les plus « défavorisées », de la société (les migrants, les SDF, le quart-monde) n’ont pas à ce jour rejoint le mouvement, et c’est d’ailleurs un enjeu sur lequel on peut envisager de peser dans l’avenir : qu’elles s’y reconnaissent et qu’elles y soient acceptées.

Il y a fort à parier que nombre de ces gilets jaunes ont peu participé aux mobilisations de ces dernières années, et il n’est pas absurde de supposer que pas mal d’entre eux râlaient contre les barrages, lors des grèves contre la loi travail. Pourtant, la dynamique enclenchée a, comme en 1995 ou contre le CPE, comme pendant les dernières grèves cheminotes, permis qu’une solidarité se manifeste même sans participation aux barrages. Le simple fait de mettre un tissu jaune à l’avant de sa voiture indique qu’il existe là aussi un aspect de lutte par procuration.

La fin de l’« hégémonie culturelle » de gauche

Il n’existe pas de mouvement chimiquement pur. 

Rien n’est jamais acquis définitivement : le racisme et le sexisme ou l’homophobie peuvent montrer le bout du nez même dans les structures les plus décidées et préparées à les combattre, alors pourquoi ce genre d’expressions seraient-elles absentes dans un mouvement de centaines de milliers de gens qui, pour une bonne part, n’ont jamais milité ? Pourquoi les pulsions interclassistes et poujadistes n’existeraient-elles pas dans une période plutôt contre-révolutionnaire où le citoyennisme l’emporte sur la lutte des classes, où le capital est à l’offensive, où les repères se floutent ? Ça serait un miracle et nous ne croyons pas aux miracles !

La question serait plutôt : comment faire pour que ces pulsions ne deviennent pas hégémoniques et comment reconquérir un peu de terrain contre elles ? Qu’est-ce qui peut accentuer dans ce mouvement l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat ? Ou bien, à l’inverse, qu’est-ce qui peut obscurcir cette distinction ? Qu’est-ce qui peut faire que ce soit l’exploiteur, le patron, qui soit dénoncé et pas le gabelou ? Comment faire pour que le rapport entre l’Etat et la bourgeoisie soit mis en évidence ? Etc.

A la fin de la Seconde Guerre mondiale et pendant quelques dizaines d’années, une hégémonie culturelle de gauche a imprégné les luttes revendicatives, sur la base de l’antifascisme et de valeurs théoriques d’égalité et de justice sociale qui formaient un socle difficile à remettre en question ouvertement. Ces valeurs étaient plus ou moins vécues inconsciemment par la gauche (dont les libertaires) comme immortelles, alors que dans la réalité elles ont décliné dans la société tout entière depuis le milieu des années 1980, avec Mitterrand au pouvoir, sans qu’on s’en rende compte vraiment. On est passé d’une période où il suffisait de traiter quelqu’un au comportement douteux de « fasciste » pour qu’il se fasse petit, et disparaisse la queue entre les jambes, à des situations où le mot est à peine considéré comme une insulte ! Oublié, le fait que la « victoire » de 1945 s’est construite sur un imaginaire tout autant anti-allemand (nationaliste) qu’antifasciste. Oublié, que le compromis d’après-guerre entre syndicats et patronat autour des « acquis sociaux » a joué un rôle d’endormissement et fait croire que les valeurs « de gauche » étaient acquises pour toujours.

Le surgissement plus ou moins spontané d’une révolte sociale, du moins sans structure représentative apparente et sans histoire bien déterminée, offre un champ possible à des imaginaires idéologiques qui sont plus ou moins ouverts au départ, mais qui prendront des orientations qui dépendront d’une hégémonie culturelle plus large.

Le rôle des réseaux sociaux et des médias, mais pas seulement

Les « réseaux sociaux » remplacent la structuration politique traditionnelle pour organiser des mouvements. L’historien Noiriel y ajoute les chaînes en continu, qui ont amplifié celui des gilets jaunes en lui donnant une dimension nationale. Signalons que cela n’est pas entièrement nouveau. En 1968, le media radio (transistor, surtout RTL et Europe 1) a joué le même rôle pendant toute la période des manifestations et des barricades.

Actuellement, c’est le verbe qui remplace l’écrit… Peu de textes, peu de tracts, peu de banderoles même, mais des micros tendus à tout-va, et on sait bien que ce qui donne le sens et la teneur d’un mouvement, c’est vers qui on tend le micro.

Pourtant, il ne faut pas surestimer le rôle des réseaux sociaux et des médias, ou du moins ne pas attribuer qu’à eux l’importance de la mobilisation actuelle. Il y a aussi, ce qui est plus intéressant, les groupes que l’on peut qualifier comme de proximité – voisins, amis, copains de boulot se sont rendus ensemble sur les blocages. Et, surtout, il y a les mille et une associations, culturelles, sportives, humanitaires et autres qui demeurent en fait le tissu de la sociabilité en France, alors qu’on nous parle de la disparition des structures intermédiaires. Les médias d’information occultent bien sûr, ces associations, car elles n’ont besoin d’eux que pour annoncer une activité dans le journal local. Mais ce sont ces structures, formelles ou informelles, qui relient réellement les gens et qui servent de plus en plus à la mobilisation.

La question de la représentation

Ce mouvement n’a pas été au début dans une logique de représentation. C’est là un des éléments qui ont fait son succès, et c’est ce qui a été insupportable aux yeux des politiques, des « journalistes » TV et des commentateurs-spécialistes dont les dents rayent les parquets des plateaux. Il n’est que de voir les tout bons conseils qui jaillissent un peu partout, de la part des ennemis comme des amis : organisez-vous, désignez des représentants, que le pouvoir puisse négocier, etc. Or c’est justement parce qu’il ne le pouvait pas que ce mouvement a eu un réel succès et qu’il est intéressant.

L’abandon de cette logique de non-représentation pourrait bien sonner son glas. Il se pourrait en effet que les structures représentatives dont se doterait le mouvement des gilets jaunes soient autrement plus dangereuses pour son avenir que les contradictions idéologiques qui s’y affronteraient. Parce que ceux qui ont le plus intérêt à ce qu’il se dote de « représentants », ce sont les patrons et l’Etat (et/ou les récupérateurs de tous bords).

Bien entendu, vont se dégager petit à petit des « délégués porte-parole » ; ils seront une dizaine au début puis se dégageront deux ou trois têtes. Les délégués seront contestés, mais la sclérose finira par l’emporter. Pourtant, ce n’est pas parce qu’on sait que ça se passera certainement comme cela qu’il faut abandonner cet axe primordial : conserver aussi longtemps qu’on peut la non-représentation, et, quand il y a représentation, la maintenir sous le contrôle d’un mandat précis et surtout sous celui de l’action sur le terrain.

Organisation Communiste Libertaire. Le 02/11/2018

(1) Le texte sur le site de l’OCL : http://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article2155

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Témoignage d’une travailleuse intérimaire des sardineries de Douarnenez

Témoignage d’une travailleuse intérimaire des sardineries de Douarnenez

Un camarade a récemment réalisé une interview d’une travailleuse intérimaire des sardineries de Douarnenez. Comme vous l’entendrez, le témoignage de cette femme n’est pas sans rappeler les conditions de travail actuelles des salariés-es des entreprises boulonnaises de la zone portuaire de Capécure. 

Cet enregistrement qui a été diffusé sur la radio FPP, débute par un rappel historique sur les deux grandes grèves qu’ont mené les sardinières de Douarnenez en 1905 et en 1924. 

http://actualitedesluttes.info/wp-content/uploads/2018/11/181107.mp3

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Boulonnais, Boulonnaises, vous êtes filmés ! Ou Comment joindre l’inutile au désagréable…

Boulonnais, Boulonnaises, vous êtes filmés !

Ou Comment joindre l’inutile au désagréable…

 

   « Suite aux événements ( l’incendie partiel d’une terrasse de restaurant (ndlr) ) qui se sont déroulés en Ville fortifiée dans la nuit du 29 au 30 août  2018, le maire Frédéric Cuvillier tient à informer les Boulonnais des dispositions prises […] sur la question de la vidéo-protection dans notre Ville. » C’est ainsi que La Semaine dans le Boulonnais du 31 août dernier nous annonçait les intentions de Frédéric Cuvillier de doter la ville de trente caméras de surveillance supplémentaires et plus précisément dans les quartiers « identifiés comme prioritaires » Et la Lettre du Maire de septembre 2018, intitulée Tranquillité et Sécurité de tenter de justifier cette décision de vidéo-matage à tout-va. 

Pourtant, Frédéric Cuvillier, était plutôt réticent quant à l’usage de la vidéosurveillance (1) qu’il ne voulait pas voir « se généraliser partout sur l’espace public » nous rappelait La Voix du Nord dans son édition du 2 septembre 2013. Mais ça, c’était avant, pendant l’intérim de gestion des affaires courantes de Mireille Hingrez-Céréda. Celle-ci inaugurait le suivi digital de nos levers de coude dans le quartier chaud de la place Dalton suite, déjà, à du fait divers. Dans la foulée, le toujours avant-dernier plan de contrôle des quartiers populaires – le siglage ZSP : Zone de sécurité prioritaire –, en 2014, prévoit une vingtaine de caméras à Transition, tant sur l’espace public que privé… ( la Voix du Nord du 13/01/2014 ).  Un an plus tard, le même quotidien tuyaute : « le dispositif déjà existant sera étendu. Le nombre de caméras passera de huit à dix-huit ». Et de préciser les lieux d’implantation : boulevards Daunou, Auguste-Comte et Clocheville, ainsi qu’aux rues Nationale et Faidherbe.

Priorité affichée : la chasse à l’incivilité 

Dans son tract, le maire explique que «  l’alcoolisation sur la voie publique et l’existence de comportements inadaptés » motive qu’on tienne à l’œil le lambda par le déploiement d’une trentaine de caméras judicieusement situées : le centre-ville, la ville fortifiée, Éperon-République, le dernier sou, Sainte-Beuve, le port de plaisance et Bréquerecque, tous quartiers « identifiés comme « prioritaires ». Identifiés par qui ? Sur quels critères ( peut-être le ratio éthilisés/noctambules ) ? 

À y regarder de près, cette carte  des quartiers à risque est une carte… postale ! Ce sont en effet les zones à haute valeur touristique ajoutée (commerces, espaces culturels et de loisirs…), tourisme d’affaire compris, notamment dans les nouveaux quartiers Éperon-République. On aurait pu croire qu’au vu de la notoriété grandissante de Boulogne sur Mer dans le cercle des villes qui comptent et de son événementiel hautement achalandé, c’est la gestion des foules, voire la menace terroriste qui aurait incité à mettre le paquet sur le criblage visuel de nos rues et bâtisses. Mais non, c’est l’incivisme alcoolisé qui justifie et la décision et la facture.

 

À Boulogne, on voit … ce que tu vois ! 

 

Parlons affaires

À ce propos justement : « L’État ne peut se détourner de sa responsabilité : il doit donner tous les moyens à nos forces de sécurité publiques et assurer un cofinancement du dispositif. » Telle est la supplique adressée par le maire de Boulogne à l’État afin d’obtenir les subsides nécessaires au déploiement des trente indispensables caméras. Mais les 175 000 € ( soit environ 25O rémunérations mensuelles d’AVS au passage ) attendus de l’État,  au titre du fonds interministériel de prévention de la délinquance – en principe « dus » – semblent difficiles à grappiller…

Ce recours à l’État tient à l’évolution historique de la vidéosurveillance. Laurent Mucchielli dévoile ce programme politico-industriel massif, dans son livre Vous êtes filmés! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance. Il estime « qu’aujourd’hui il y aurait environ 1,5 million de caméras filmant des lieux publics et des voies publiques, dont environ 150 000 à l’initiative des communes (soit le triple des estimations officielles). Seulement 5 des 60 plus grandes villes françaises ne sont pas équipées. Début 2018, 88% des villes de 15 000 à 150 000 habitants sont pourvues d’équipement ou de programmes. La moyenne serait de près de 52 caméras par ville en 2016, un chiffre qui a doublé depuis 2010. 80 à 90% des communes en zones urbaines sont vidéosurveillées et l’extension se poursuit depuis 2015 en direction des petites villes et des territoires périurbains et ruraux. Chez nous par exemple, c’est le cas de Desvres qui va  franchir le pas. La vidéosurveillance s’est imposée partout ! »(2) 

C’est ainsi qu’à l’échelle boulonnaise l’idée d’une mutualisation des moyens via la CAB est évoquée. La supervision de l’urbs se ferait au niveau de la « métroplole » littorale. Nous nous permettrons à ce sujet de remémorer au maire/président de la CAB l’existence de L’AN2V ( l’association des villes vidéosurveillées ) qu’a pu connaître l’ancien ministre des transports autour de 2014. Cette instance réunit concepteurs et marchands de systèmes de sécurité, boîtes de sécurité, entreprises privées et publiques, communes et regroupement de communes, équipées ou désireuses de l’être.(3) Un espace propice à fluidifier, s’il en était besoin, les relations entre bizness et politique.

Une politique sécuritaire de basse intensité

 Plus prosaïquement, on peut penser que de déploiement de caméras relève de la réponse clientéliste à une pression de commerçants et de citoyens en proie au sentiment d’insécurité. Et sous couvert de picole et des débordements de quelques un-e-s, on met sous surveillance toute la population ou presque afin que l’image de Boulogne sur Mer ne soit pas entachée. Bref, pour que Boulogne soit « bien vue », il faut avoir les Boulonnais-e-s à l’œil.  Assurer le commerçant de toute absence de vomi ou d’esbroufe susceptible d’effrayer le client, allogène notamment, et que l’« image » du territoire reste « vendable ».

Le marché en hausse du flicage tente bien des élus en baisse de popularité. Et d’électorat : à Boulogne sur Mer, Frédéric Cuvillier est passé de 71,61 % de bulletins exprimés aux municipales en 2008 à 54,79 % en 2014. Entre temps l’entrée en lice de l’ineffable Antoine Golliot a porté ses fruits àl’ex FN :  26,14 % aux mêmes municipales de 2014. Scores voisins aux autres scrutins d’avant  implosion du FN et du… PS. Scores relativisés, comme partout, par une abstention massive ( parfois bien au-dessus de 40 % ; plus de 55 % au premier tour de la présidentielle 2017 ! ) ; le leurre de la démocratie par délégation a fait long feu.

Cette course à l’échalote a un sens : le ras-le-bol du Boulonnais moyen est loin des considérations invoquées par les « sécuritaristes » et leurs partenaires ou obligés. La montée en épingle de tel ou tel acte délictueux ou criminel ne focalise pas les conversations à l’arrêt de bus ou au bistrot, le sentiment d’insécurité qui est exprimé est social. La réalité du vécu est certifiée :  une étude de la  DIRECCTE ( direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi ) parue en avril 2015, le Boulonnais est l’une des zones de la région et du pays les plus en déclin depuis les années 1960. En même temps, le taux de chômage à Boulogne est de 21,40%, alors que la moyenne nationale est de 9.08%. Le taux de pauvreté atteint 31 %.

Les préoccupations pour sa survie de la population ne sont pas d’ordre sécuritaire mais social. Sauf à mettre ces deux considérations en rapport, bien sûr : l’insécurité économique viendrait-t-elle des asociaux ? Thème de campagne itératif mais toujours bien pratique.

De la coercition à la docilité

Le maire use dans sa lettre du glissement sémantique de vidéo-surveillance à vidéo-protection, dérive lexicale inaugurée dès 2010 par Brice Hortefeux.(4) Ce tour de passe-passe conceptuel est la première étape d’un processus visant à faire intégrer au quidam qu’on l’épie pour son bien et que donc s’en formaliser relève de l’inconscience ou de l’ingratitude. Il ne s’agirait pourtant pour tout-e réfractaire que d’une très élémentaire et légitime insubordination. En effet le fameux adage arguant que « si l’on n’a rien à se reprocher, on n’a rien à cacher» ne vaut pas. On peut aussi vouloir vivre heureux et si l’on ne nous soupçonne pas, pourquoi nous observe-t’on ? Le reproche que d’aucun-e ne se fait pas spontanément vient opportunément de la loi – ou de l’arrêté municipal – en vigueur.(5) Filmez les tous, Big Brother reconnaîtra les siens. Or, c’est précisément dans le but de la naturalisation d’un auto-contrôle « spontanéisé » de chaque individu comme de franges entières de la population qu’est organisée cette accoutumance aux caméras. En l’occurrence, il s’agit d’appliquer à la ville ce qui est de règle dans n’importe quel centre commercial privé : le matage. Si le quidam entre en client, qu’il sache qu’il est déjà traité en suspect ; que la caissière s’abstienne de vérifier le cabas d’une mémé et c’est la faute professionnelle. L’intention est d’inscrire dans l’esprit de chacun-e ( chaland, salarié, badaud… ) qu’il ou elle est potentiellement observé-e partout, toujours. La panoptique (6) reste dans nos sociétés l’idée du (XVIIIème) siècle, dans des versions toujours plus globales et technologiques.

Frédéric Cuvillier fait savoir dans sa lettre qu’il « attache une attention toute particulière au cadre de vie et à la tranquillité dans [notre] quartier ». Ne peut-on, en ces temps de restructuration urbaine et de malaise social comprendre, en parallèle, que l’intérêt du pouvoir politique se porte sur  l’organisation urbaine et l’émergence de troubles sociaux ? Lors d’une session récente d’un groupe de travail ( mars 2018 ), l’AN2V s’est proposée de travailler sur la question ainsi posée : « comment installer de la vidéoprotection en milieu hostile ? ». Christian Hortin, consultant au sein du Bureau d’études de Securitas, a participé à l’une d’entre elles : « Logement social : comment un bailleur social traite-t-il les « sites à risques ? » (sic). Apportant ainsi son expertise en protection des biens auprès des collectivités et des entreprises.

 

 

In video veritas

Qu’on ne se méprenne donc pas : les intentions du pouvoir capitaliste ne se résument pas à un 1984 de Orwell, trop caricatural pour être, pour l’instant, crédible mais bien plus à une société de contôle  à la Burroughs. Ainsi, Tonio Negri, dans un entretien avec Gilles Deleuze en 2009 : « C’est certain que nous entrons dans des sociétés de « contrôle » qui ne sont plus exactement disciplinaires. Foucault est souvent considéré comme le penseur des sociétés de discipline, et de leur technique principale, l’enfermement (pas seulement l’hôpital et la prison, mais l’école, l’usine, la caserne). Mais, en fait, il est l’un des premiers à dire que les société disciplinaires, c’est ce que nous sommes en train de quitter, ce que nous ne sommes déjà plus. Nous entrons dans des sociétés de contrôle, qui fonctionnent non plus par enfermement, mais par contrôle continu et communication instantanée. Burroughs en a commencé l’analyse. »(7) Le concept de « société de contrôle » a été  repris par Antonio Negri et Michael Hardt pour désigner un monde basé sur des existences apparemment « émancipées », caractérisées par l’autonomie et la communication, mais qui subordonne celles-ci aux exigences de l’accumulation capitaliste.

Pour Foucault, la formule abstraite du Panoptisme n’est plus « voir sans être vu », mais « imposer une conduite quelconque à une multiplicité humaine quelconque ».(8) Plus insidieuse et tellement plus pragmatique ; il s’agit de faire de chacun-e son propre inquisiteur. Inscrire la permanence puis l’habitude inconsciente d’intégrer les paradigmes du capitalisme d’aujourd’hui aux comportements et relations sociales. Il en découlerait, bien au-delà de la prévention d’actes inciviques ou délictueux – d’autant plus que la judiciarisation/criminalisation des conflits sociaux est accentuée – le sentiment diffus de culpabilité. Les comportements d’intégration et d’exclusion sociale propres au pouvoir sont ainsi de plus en plus intériorisés dans les sujets eux-mêmes. Par ailleurs la panoplie des outils de vidéosurveillance permet potentiellement de nous suivre et regarder par dessus notre épaule, de zoomer ( sur ce que l’on a dans les mains, ce qu’on lit, regarde ou écrit… ), bref de percer notre intimité. Comme si la vie privée disparaissait dans les lieux publics.(9)

En cette période de transition, cela s’accompagne de dispositifs  traditionnels immuables : la multiplication des fonctions de la police  – au travers de sa militarisation, et des tâches qui lui incombent, notamment –, la numérisation infinie des fichiers et leur interconnexion, l’espionnage social et commercial via cartes à puce et appareils « intelligents » ( cartes de fidélité, paiement par CB, dossiers scolaires, professionnels… ou encore Linky et compteurs consorts… ), les « voisins vigilants » et toutes les formes d’auto-censure prodiguées par des normes de respect, indues dans l’absolu ( hiérarchie sociale, autorité et subordination, acceptation des religions et athéisme « tolérant »…). 

S’il serait outrancier de prêter à la Mairie une intention totalitaire, sa course à la vidéosurveillance correspond aux enjeux capitalistes qu’elle accompagne et promeut à l’envi. Les allées et venues quotidiennes du commun tombent inévitablement sur une, deux, dix caméras à longueur de journée. La systématisation est à craindre ; la surveillance, le contrôle, l’anticipation des comportements en ces temps de régression sociale constituent un enjeu économique et politique intrinsèque au développement de la smart-city.

Mesure d’inutilité publique

Certes, la surveillance numérisée donne toutes les apparences aux élus d’une conception technologique, attentive et rassurante de la gestion de nos déambulations. Peut-on se penser « protégé » de coin de rue en boutique, de lieu de travail en bâtiment public ? 

 Toutes les enquêtes un peu sérieuses le montrent : la vidéo surveillance ne sert à rien en terme de sécurité. Mais le postulat contraire est  entretenu. « Les politiques aiment les chiffres quand ils s’en servent comme arguments d’autorité. Mais surtout pas pour évaluer leurs choix. Si je devais simplifier en une phrase à quoi servent les caméras, je dirais : d’abord à faire de la politique sur le mode sécuritaire. […]  Il est bien plus commode de rester dans le flou quand on parle d’un sujet, ça permet de dire tout et n’importe quoi dessus. Le réel fait peur aux politiques. » (10)

Les faits élucidés en direct sont négligeables mais très médiatisés. Les délinquants, ou considérés comme tels, ne restent pas sous les caméras ( deal et autres faits délictueux ), ils se déplacent. Alors, les images de terroristes, qui revendiquent d’ailleurs leurs actes, sont l’alibi qui justifierait le déploiement sans limites de l’arsenal. (11) Or, il ne s’agit que d’un volet du marketing des lobbies du secteur. L’industrie du numérique et le pouvoir politique ont besoin de la peur pour se développer ou se maintenir.

 

 

Et alors ?

Alors résumons. Un : l’élection présidentielle de 2002 dont les campagnes ont été entièrement bâties sur le délire sécuritaire –  avec le psychodrame associé que l’on sait –  a généré, induit, construit une focalisation d’un sentiment irrationnel d’insécurité toujours croissant. Le moindre citoyen de la plus éloignée des communes vivrait avec la peur au ventre. Deux : la rapidité et l’amplification du moindre fait divers sert d’appui aux élus de tous niveaux pour concocter des lois, décrets, arrêtés… et pour développer des dispositifs de contrôle et de répression sans cesse plus sophistiqués, intrusifs et coûteux. Cet arsenal en lui-même est anxiogène en « certifiant » qu’ on n’est plus en sécurité nulle part . Trois : ce grand flip institutionnalisé génère un marché spécialisé qui s’engouffre dans la brèche du partenariat politico-économique et génère d’énormes profits à travers de puissants lobbies. Une partie de l’« opinion publique » est satisfaite, une mesure brandie fait écran de fumée à la déshérence sociale, le smart business tourne : tout le monde est content. 

Euh… Tout le monde ?

Boulogne-sur-mer, le 03/11/2018

(1) Il avait notamment voté contre la loi LOPPSI 2 lors du scrutin du 21/12/2010
(2) voir l’article d’Hubert Guillaud à propos du livre de Mucchielli  sur : http://internetactu.blog.lemonde.fr/2018/06/02/videosurveillance-paradigme-du-technosolutionnisme/
(3) Dans l’introduction de son guide de la vidéoprotection 2018, on peut lire : « Les entreprises innovent sans cesse, et nous proposent des technologies utiles, mais qui se heurtent fréquemment à des freins juridiques, voire des obstacles juridiques. Le législateur doit évoluer dans son approche. Il doit nous permettre de recourir aux innovations technologiques, à la condition bien entendu qu’elles soient mises en œuvre de manière proportionnée, avec une finalité bien établie, et en respectant au mieux les libertés individuelles. Nous travaillons sur ces aspects, en organisant des groupes de travail associant tous les acteurs concernés, en encourageant les bonnes pratiques, comme par exemple la mutualisation des dispositifs. » in ///C:/Users/fourn/Desktop/pixel_2017_bd1.pdf%20AN2V.pdf
(4) Pour l’anecdote : Hortefeux a obtenu à cette occasion le prix Orwell novlang par l’association Privacy International
(5 ) Imaginez qu’une caméra ait flashé des amoureux homosexuels qui se bécotent sur les bancs publics avant août 1982 ( l’Assemblée Nationale ne votera la dépénalisation de l’homosexualité. que le 27 juillet 1982 ) !  A contrario il n’est pas rare qu’une loi soit mise en chantier à la suite d’un fait divers. C’est précisément le contexte-alibi de la décision locale de Cuvillier.
(6) Conçu par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham, l’objectif de la structure panoptique est de permettre à un gardien, logé dans une tour centrale, d’observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci puissent savoir s’ils sont observés. Ce dispositifdevait ainsi donner aux détenus le sentiment d’être surveillés constamment et ce, sans le savoir véritablement, c’est-à-dire à tout moment.
(7) http://lesilencequiparle.unblog.fr/2009/03/07/controle-et-devenir-gilles-deleuze-entretien-avec-toni-negri/
(8) Voir à ce propos http://1libertaire.free.fr/Biopolitique12.html : La « société de contrôle » désigne ainsi un monde où la domination capitaliste devient totalement diffuse au sein des relations sociales, du fait qu’elle est d’abord intégrée par les personnes contrôlées elles-mêmes ; sous la forme (pourrait-on dire) d’une idéologie ou d’une multitude d’idéologies, dominantes et omniprésentes.
(9)« La caméra c’est une extension de mon œil, c’est une partie de moi, j’arrive à un niveau où je me promène dans le magasin comme si je me promène à pieds (…) tu vas suivre la personne comme si tu marchais à coté d’elle et que tu étais debout, tu te rends même plus compte que tu es derrière un écran, c’est comme si tu marchais dans le magasin, il y a plus de différence » (Agent de surveillance/28 ans). in Murielle Ory, « La vidéosurveillance: une technologie inédite de gestion des risques urbains ? », Revue des Sciences Sociales de la France de l’Est, Strasbourg, n° 38, 2007, pp. 76-84
(10)Interview de Muchielli dans Libération en ligne : https://www.liberation.fr/france/2018/03/23/laurent-mucchielli-la-videosurveillance-conduit-souvent-a-un-simple-deplacement-de-la-delinquance_1638345
(11)  Pourtant, Nice, la ville la plus surveillée de France ( 1950 caméras et une application qui permet de dénoncer des délits ) , n’a pu empêcher la course criminelle d’un camion le 14 juillet 2016.
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Prochainement, un nouveau centre de coopération entre polices anglaise et française sur le littoral

Prochainement, un nouveau centre de coopération

entre polices anglaise et française sur le littoral

S’il est un terrain sur lequel les affres du Brexit ne semblent avoir de prise, c’est bien celui des relations entre services de police. Depuis peu, un “Centre Conjoint d’Information et de Coordination franco-britannique (CCIC)” vient de s’ajouter à la longue liste des instruments de contrôle et de répression qui au fil des années ont transformé la ville de Calais et sa périphérie en un véritable camp retranché. 

C’est à l’académie militaire royale de Sandhurst lors du 35e sommet franco-britannique que la décision de construire ce nouveau centre a été arrêtée. Le projet résulte des discussions menées à l’époque entre le socialiste Bernard Cazeneuve et Theresa May. Comme d’ordinaire, l’objectif vise à améliorer la coordination entre services de polices des deux côtés de la Manche par la “transmission d’informations plus rapides et la gestion de crise traitée directement sur place.

C’est au sein du CCIC que sera désormais transféré le centre de coordination du port de Calais. Les entreprises de transport Trans-Manche et leurs services de sécurité seront également associées à son activité.

Au coeur de la zone commerciale

Comme le centre de rétention à son époque, c’est en plein coeur de la zone commerciale “Cité-Europe”, dissimulé derrière les enseignes rutilantes et au milieu des éoliennes, que le nouveau bâtiment de 360 mètres carrés se construit. Tout un symbole …

Plusieurs décennies de politique répressive et criminelle menée par les Etats français et anglais sur le littoral ne sont jamais parvenues à endiguer les déplacements de populations victimes des désordres de ce monde et déterminées à survivre malgré tout. L’arsenal invraisemblable auquel recourent ces deux états a certes rendu les passages plus difficiles au fil du temps, et surtout plus dangereux, mais ne les a jamais empêché totalement et ne les empêchera jamais. 

Des fortunes englouties contre les populations, ici et ailleurs

Le coût de ce chantier s’élève déjà à la somme de 1 844 166 euros hors taxes et il n’est pas encore achevé. Depuis une vingtaine d’années, sur le seul littoral de la Côte d’Opale, ce sont des centaines de millions d’euros qui ont été engloutis dans la chasse aux étrangers. Qu’on ne s’y trompe pas, chaque nouvel édifice érigé par les Etats afin de restreindre la liberté de circulation sur leur sol, n’est que l’antichambre des mesures à venir contre la fraction la plus étrillée de la population : les travailleurs, les chômeurs, les retraités et les jeunes. La solidarité internationale et de classe est plus que jamais à l’ordre du jour.

Boulogne-sur-mer, le 25/10/2018

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Une page se tourne …

Nous publions ci-dessous le tract que nous distribuerons à la manifestation du 9 octobre 2018 à Boulogne-sur-mer, en lien avec l’appel lancé par plusieurs syndicats à une grève interprofessionnelle de 24 heures. 

 

Une page se tourne …

Les défaites accumulées ces dernières années devraient nous conduire à nous interroger, si ce n’est à réagir … 

Que ce soit sur les régimes de retraites ou contre la Loi Travail, face aux ordonnances Macron ou dernièrement à la SNCF, la répétition jusqu’à épuisement de stratégies perdantes signent définitivement la fin d’une période. Le cycle entamé en 1995, pour la défense des “acquis” et des “services publics”, avec pour arrière fond une idéologie citoyenniste, catégorielle et inter-classiste a vécu. La récente défaite des cheminots en a ratifié l’acte de décès. 

Malgré cela, nous voilà réunis, une fois encore, pour une de ces journées sans perspective autre qu’un simulacre de contestation que l’Etat et les patrons ne feignent même plus de prendre au sérieux. 

Loin de nous la velléité de trouver des coupables. Certains pointeront du doigt la responsabilité des bureaucraties syndicales. Il est vrai, qu’elles se montrent plus préoccupées de retrouver grâce aux yeux de l’Etat qui désormais les dédaigne, que d’appuyer les luttes en cours. A fortiori à la veille d’élections professionnelles où elle espèrent chacune dans leur coin gratter quelques places. Mais ce serait trop simple. D’autres dénoncent la résignation et le repli sur soi, l’individualisme des travailleurs et la dépolitisation ambiante … Certes, chaque jour au boulot, ou à Pôle Emploi, nous sommes confrontés à des attitudes et des réactions de collègues qui ne nous portent pas à espérer grand-chose de la période. Et pourtant ! Ce serait sous-estimer la profonde exaspération qui transpire partout dans les boîtes et dans la société en général. 

Dans tous les secteurs d’activité, plusieurs décennies de restructurations ininterrompues ont modifié en profondeur le processus de production. Les nouvelles formes d’exploitation de la force de travail, toujours plus violentes et encadrées par un management criminel nous ont progressivement isolé les uns des autres, brisant nos solidarités. 

Malgré cela, de nombreuses luttes se mènent et bien souvent dans les secteurs où on les attendait le moins : dans la livraison ou le commerce, dans le nettoyage ou les Ehpad … Il n’y a donc pas à désespérer mais à élaborer les nouveaux outils de la période. Des outils au service, non pas de tel ou tel intérêt corporatiste, mais de la classe à laquelle nous appartenons.

Tout est à refaire et il n’y a pas de temps à perdre !

 

Boulogne-sur-mer le 08/10/2018

 

 

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Contribution à la discussion au sujet de l’enquête ouvrière

Contribution à la discussion au sujet de l’enquête ouvrière 

Nous publions ce texte que vient de nous faire parvenir Henri Simon qui anime avec d’autres camarades la revue Echanges et Mouvement (1). Nous ferons de même avec  d’éventuelles contributions qui se proposeraient d’alimenter et enrichir la discussion. 

 

Sur l’enquête ouvrière

A propos du numéro spécial de La Mouette enragée (n° 35, premier semestre 2018) 

Une enquête ouvrière digne de ce nom contraindrait de répondre à quatre critères bien précis : son champ de recherche, son contenu, comment elle est menée, et pourquoi on l’entreprend, ces trois points étant interdépendants et la réponse à l’un de ces points expliquant la réponse donnée aux autres points.

Un champ de recherche

Le champ de recherche est à la fois géographique et dans une zone géographique définie, les lieux où l’on trouve, quelles qu’en soient les formes et les conditions, l’exploitation de la force de travail. La recherche doit donc considérer sur l’étendue du monde, aussi bien l’exploitation des enfants dans la République Démocratique du Congo ou au Mali que les esclaves de l’élevage de la crevette en Thaïlande aux centaines de milliers d’esclaves de Foxconn en Chine jusqu’aux informaticiens d’Apple dans leur palais du travail de Seattle en passant par techniciens des plateformes pétrolières offshore

Limiter l’enquête au pays capitalistes développés ou à un mode précis de travail ou à un cadre national peut avoir un intérêt documentaire mais un intérêt tout relatif étant donné les imbrications internationales de toutes les formes et conditions d’exploitation mondiale de la force de travail. Un seul exemple de cela dans ce qui fait aujourd’hui la coqueluche de nombre d’économistes et militants, le secteur de la logistique qui ne peut être considérée que sur le plan mondial avec de nombreuses dépendances d’autres secteurs dont le secteur productif et qui a aussi d’énormes possibilités de substitutions permettant de tourner un blocage quelconque y compris celui d’une grève limitée géographiquement

Le contenu de l’enquête ouvrière

Un autre champ de l’enquête concerne la vie de tout travailleur. Elle n’est abordée en général que sur ce qui n’est souvent que la moitié de sa vie, sa présence sur le lieu de travail, là où l’entreprise capitaliste consomme la marchandise « force de travail », l’épuisement partiel et variable de la force physique et/ou intellectuelle du travailleur. L’autre partie de la vie du travailleur, négligée le plus souvent par l’enquête ouvrière qui ne s’intéresse qu’aux comportements sur le lieu de travail, concerne la reconstitution de cette force de travail, la récupération de ses capacités physiques et/ou intellectuelles dans ce qu’on appelle la vie privée mais qui en fait est conditionnée par le rapport capital-travail, non seulement dans le lieu de travail mais hors de ce lieu. Au début du capitalisme, cette intervention du capital dans cette reconstitution de la force de travail était directe, et prenait la forme d’un contrôle social total.  Une partie des prolétaires était logée, nourrie sur le lieu même du travail (on trouve cela encore en Chine notamment). Plus tard, cela prit d’autres formes comme les cités ouvrières par exemple. Aujourd’hui, ce contrôle social de la reconstitution de la force de travail est beaucoup plus subtil et différencié, touchant pratiquement tous les aspects de la vie. Mais elle tout autant négligée par l’enquête ouvrière

Un autre champ de l’enquête ouvrière est tout autant négligé par ceux qui ne voient dans ce qui fait leur objet de choix que les prémisses d’une possible extension vers une explosion généralisée. Toutes les formes de résistance au travail devraient être envisagées, certaines ne l’étant parfois que sous le chapitre théorique « refus du travail ». Pourtant ces formes aussi diverses que généralisées, souvent individuelles mais devenant collective par leur répétition et des formes de complicité sont souvent considérées par les tenants du capital comme beaucoup plus préjudiciables à la productivité du travail que les grèves. Ces formes de résistance concernent la récupération du temps et des objets (outils comme la marchandise ou les deux dans la perruque), le ralentissement discret des cadences ou leur détournement, le sabotage, l’absentéisme, le turnover, la menace et le chantage). Ces pratiques deviennent parfois collectives seulement par leur multiplication non organisée ou la complicité et le silence qui dicte l’omerta dans toute enquête à ce sujet. Une armée de sociologues entend de trouver les remèdes et leurs recherches peuvent être considérées comme à l’origine des orientations actuelles du droit du travail dans la personnalisation de chaque travailleur. Dans ce domaine, l’enquête ouvrière est particulièrement défaillante.

Comment mener l’enquête ouvrière ?

Cela peut être fait soit directement, tout travailleur du rang s’exprimant directement soit par écrit, soit oralement avec quelqu’un qui prend note, soit par un « établi » individuel (journaliste le plus souvent) ou « envoyé spécial » « l’établi » d’un groupe quelconque plus chargé d’agiter le bocal que de témoigner. Cela peut être fait indirectement en recueillant le plus possible d’informations de différentes sources et en les recoupant.

Dans cette quête, tout est relatif, non pas tant parce que tous ces témoignages ne sont pas honnêtes (ils peuvent l’être) mais parce que, comme on peut dire, chacun voit midi à sa porte Dans les témoignages directs, la confiance est de règle. Si elle n’est pas totale, le travailleur, directement ou interviewé ne livrera qu’une partie de ses résistances, ce qui peut lui valoir des sanctions éventuelles de l’employeur. De plus, sans que son honnêteté soit en cause, ce qui est important eu égard à cette connaissance du monde du travail, n’est pas ce que le travailleur pense, ni ce qu’il pense de ce qu’il fait mais ce qu’il fait. Maints exemples montrent que ce que l’on pourrait appeler des contradictions entre ces trois niveaux qui n’en sont pas en réalité, L’enquête ouvrière peut parfois difficilement faire le tri entre ces contradictions car ce que fait réellement le travailleur n’est pas révélé. Ceci est encore plus valable dans le cas d’infractions aux règles dans le quotidien car le risque de sanctions est particulièrement grand, plus que dans le risque de faire grève.

Ce qui peut venir des « établis » ou de travailleurs de base ayant adhéré à une organisation quelconque doit être aussi considéré d’une manière très relative car ces témoignages privilégieront ce qui va dans la ligne de l’organisation dont il est membre, c’est-à-dire sélectivement. J’ai eu l’occasion par exemple de voir dans la relation donnée par les Voix Ouvrières et Lutte Ouvrière de luttes de base combien ils pouvaient distordre la réalité. Cela peut être une des limites de l‘enquête ouvrière si elle est faite – en toute honnêteté par un membre d’un groupe ayant une orientation bien définie. Cette limite est encore plus étroite pour tout ce qui peut venir des médias, les informations sur la condition ouvrière et les luttes devant être particulièrement analysées en fonction de leur source et des impératifs politiques du moment.

Au cours de ma longue période (26 ans) de militant de base dans une boîte importante, ou de tentatives de contacts directs avec des travailleurs de boîtes  en lutte en France et en Belgique, j’ai pu me rendre compte à quel point il était difficile de  cerner la condition ouvrière  tant de l’intérieur et encore plus de l’extérieur Même s’il pouvait confier beaucoup de choses  à un militant de l’intérieur en qui il avait totalement confiance, il était pratiquement impossible de lui faire écrire quoi que ce soit à ce sujet non parce qu’il ne savait pas écrire mais parce qu’il jugeait que cela n’en valait pas la peine  mais aussi parce que s’il le faisait, écrire, ne devait pas reproduire le langage parlé mais devait être « de la littérature ». Toutes mes expériences en ce sens ont été décevantes ; relativement à cette question, les témoignages écrits directs de travailleurs émanent ou de ceux qui ont pu faire des études ou des « établis » .

Le pourquoi de l’enquête ouvrière

C’est sans doute la question la plus importante car elle définit la manière dont cette enquête sera menée et le contenu qu’on lui assigne. Et les groupes qui entendent la mener ont des positions envers leurs propres activités dans la lutte de classe qui reste déterminante dans les orientations de l’enquête. J’ai déjà mentionné ci-dessus le seul intérêt porté la plupart du temps dans ces enquête aux seules relations de travail et aux luttes ouvertes – toutes formes de grève.

Si je considère les groupes que cite le numéro spécial comme menant l’enquête ouvrière force est de constater qu’ils ont en commun une perspective  d’intervenir d’une façon ou d’une autre dans les luttes et que l’enquête ouvrière n’est alors qu’un instrument à visées politiques, ce que résume bien ce que dit le “Collectif de liaison  pour l’autodéfense et la solidarité de classe” dans sa présentation : “diffuser les luttes sociales locales et surtout intervenir pour l’élargissement de ces dernières à tous les prolétaires“. Ce qu’en d’autres termes, les présentations des autres groupes cités reproduisent plus ou moins.

Mais parmi ces groupes une mention spéciale doit être faite au groupe anglais “Angry Workers of the World “ car, contrairement aux autres groupes cités qui n’ont qu’une base nationale, ce groupe, qui n’est pas spécialement britannique appartient, à travers ses animateurs, à la tendance  d’origine italienne, opéraïste, une tendance qui est un des principaux promoteurs de l’enquête ouvrière à des fins précises (Quaderni Rossi, Potere Operaio, etc). Un des éléments les plus actifs de cette tendance, est le groupe allemand Wildcat (et la revue du même nom) auquel se rattachent deux militants professionnels dont l’un anime présentement Angry workers et l’autre actuellement en Pologne autour d’Amazon. Je connais ces militants de longue date et, même si je ne partage pas leur orientation politique (la constitution d’une sorte de parti universel), j’ai toujours eu des contacts fraternels avec eux et me suis servi abondamment des « enquêtes ouvrières » qu’ils menèrent dans les secteurs qu’ils ont considéré, à un moment ou à un autre, comme porteur d’une perspective révolutionnaire. L’enquête ouvrière résidait alors pour eux dans l’approfondissement des conditions de travail et des résistances dans ce milieu spécifique. C’est ainsi que l’intérêt  du groupe Wildcat et de ses militants s’est porté après l’apologie des squats, sur les prolétaires turcs d’Allemagne pour transférer leur centre d’intérêt d’abord sur les centres d’appel ( un bon live fut le résultat de cette expérience militante), puis sur l’Inde et la Chine, considérés d’après le livre de Beverley Silver (Forces of labor,Workers movement and globalisation since 1870) qui, de concert avec l’universitaire italien Giovanni Arrighi sont proches de la tendance operaïste. C’est ainsi que ces deux militants se retrouvèrent après avoir écumé les centres d’appel, l’un en Inde, l’autre en Chine.

Celui qui anime présentement Angry workers à Londres put prendre contact avec un groupe mitant de la banlieue industrielle de Dehli, Kaminist Kranti, faire de fréquents séjours en Inde participer à leurs activités et faire un excellent travail de diffusion des conditions de travail et des luttes en Inde.

Ce bulletin en anglais « Gurgaon Workers News, a eu 64 numéros mais cessa d’être publié en novembre 2015 ce qui est fort regrettable car ce fut une source inestimable sur la condition ouvrière et les luttes en Inde.

Le camarade de la tendance qui avait jeté son dévolu sur la Chine ne pouvait, et pour cause, avoir une activité aussi ouverte et il dut se contenter, après de longs séjours en Chine et avoir appris le chinois d’obtenir des informations sur les luttes en Chine que par les canaux clandestins aboutissant tous à Hong Kong. Mais néanmoins, lui aussi fit un excellent travail pour  ce qu’on aurait pu appeler l’enquête ouvrière en Chine.

Dans ces deux cas, étant donné ce que je considérais comme très important pour la connaissance du mouvement ouvrier mondial, j’ai cherché à comprendre pourquoi ces deux camarades avaient ainsi abandonné des recherches militantes sur deux pays aussi importants dans la compétition capitaliste mondiale.

Tous deux avaient quitté leur orientation d’activité pour retourner en Europe et se consacrer à la logistique. J’ai compris ce bouleversement quand j’ai lu ce texte de Sergio Bologna, une tête pensante du mouvement opéraîste

De l’usine au conteneur 2016

Vous me demandez si la logistique est importante dans le monde capitaliste d’aujourd’hui : eh oui, il suffit de dire qu’on appelle la logistique « the physical Internet ». Sans logistique il n’y a pas de mondialisation, c’est son support matériel, tandis que les techniques digitales sont son support immatériel. Mais la logistique, l’organisation de la supply chain, est un univers d’exploitation très forte du travail. L’International Labour Organisation (ILO) estime qu’au niveau mondial il y a 450 millions de personnes qui travaillent dans ce qu’on appelle « the Global Supply Chain ». Ces dernières années, la conflictualité a augmenté dans ce domaine. Peu à peu, cette force de travail commence à revendiquer de meilleures conditions. Il y a eu des luttes extraordinaires dans les ports par exemple (Los Angeles, Long Beach en décembre 2012 et pas encore terminée deux ans après ; en 2013 à Hong Kong, là où sont entrés en grève des dockers qui n’avaient ni syndicat ni expérience de lutte ; janvier 2016 Rotterdam….). En Italie nous avons une expérience formidable chez les manutentionnaires des plateformes de la Grande Distribution, composés à 99% d’immigrés, organisés longtemps en fausses coopératives souvent contrôlées par la mafia, sans contrat, sans droits. Tout ça a sauté quand après 2010 des organisations de base, comme AdL Cobas de Padoue ou Slai Cobas de Bologne, ont commencé à organiser ces travailleurs, à bloquer avec de piquets «durs » les centres de la Grande Distribution et à imposer des négociations aux patrons, résistant à une répression violente de la part de l’establishment, qui avait toléré une situation d’illégalité et de violation des droits des travailleurs pendant vingt ans. Je retrouve parmi ces nouveaux syndicalistes des anciens militants sortis du grand ventre de l’Autonomie Ouvrière que j’avais connu à Padoue et qui à l’époque avaient lu avec beaucoup d’attention le « Dossier transport » de Primo Maggio…

Ainsi, ces deux camarades abandonnant qui l’Inde, qui la Chine, obéissaient en fait à des orientations politiques des penseurs du mouvement auquel ils se reliaient.

A la lumière de ce que je viens d’exposer il apparaît que l’on se trouve devant une sorte d’organisation internationale diffuse mais dont les éléments actifs suivent les directives des penseurs du mouvement operaïste dont la base de recherche est de trouver dans le monde “le sujet révolutionnaire”. Ce qui, au-delà des inestimables informations que leurs recherches peuvent apporter dans un secteur défini, relativise quand même leur apport qui, du fait de leur saut d’un sujet à l’autre, prend peu à peu, avec l’évolution du monde un caractère plus historique qu’actuel. 

Je crois devoir ajouter pour illustrer cette relativité que le camarade oeuvrant en Inde avait diffusé alors qu’il collaborait avec Komunist Kranti un texte appelant à la formation d’un nouveau type de parti qui soit à la fois politique et syndical. Pour sa part, le camarade officiant en Inde appelait à la formation d’un réseau mondial de soutien aux militants professionnels de l’autonomie capable de leur offrir l’hospitalité dans tout pays lieu de leur activité militante.

Tout ceci est seulement pour tenter de cerner la réalité d’activités sur lesquelles je n’ai aucun droit à me prononcer et dont je reconnais avoir profité pour mes propres activités. . Et reposer la question : Quid de l’enquête ouvrière ?

Texte reçu à Boulogne-sur-mer, le 6 septembre 2018.  

(1) Pour prendre connaissance du bulletin édité par le réseau Echanges et Mouvement, écrire à l’adresse suivante : Echanges et Mouvement BP 241 , 75866 Paris cedex 18, France. Le site : http://www.echangesetmouvement.fr/  L’adresse mail : echanges.mouvement@laposte.net

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«  Le Street Art, ce n’est pas de la simple décoration  »

«Le Street Art, ce n’est pas de la simple décoration»

 

En effet, comme l’a rappelé le chargé à la culture de la municipalité de Boulogne-sur-mer “le Street Art ce n’est pas de la simple décoration”(1). La récupération par les pouvoirs locaux d’une pratique initialement illégale et au contenu souvent subversif met ici en lumière un phénomène qui tend à se généraliser. Depuis quelques années, au même titre que les caméras de vidéo-surveillance, les graffs fleurissent aux quatre coins de la cité. Le Street Art compte désormais au nombre des procédures qui concourent à la production capitaliste de l’espace urbain. A sa façon, le Street Art s’associe et contribue au contrôle de cet espace, à sa privatisation ainsi qu’à sa marchandisation. 

Au premier abord, l’idée d’apporter quelques touches de couleur dans la grisaille ambiante paraît plutôt judicieuse. On se demande d’ailleurs pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? Simplement parce qu’on n’imagine pas la population d’un immeuble ou d’un quartier prendre en charge collectivement ce qui, de fait, relève de son initiative sans qu’immédiatement les pouvoirs locaux n’interviennent pour rappeler à l’ordre les contrevenants(2). Il existe des exemples célèbres de collectifs d’habitants qui imposèrent leurs décisions aux pouvoirs en place, mais localement, nous n’en sommes pas là aujourd’hui. La situation sociale est préoccupante, elle favorise le repli sur soi, et l’atomisation de la population rend pour le moment peu vraisemblable tout projet vaguement collectif. C’est de ce climat ambiant dont les pouvoirs locaux tirent parti, ici ou ailleurs. Le Street Art à la mode boulonnaise poursuit donc deux objectifs qui s’enchevêtrent jusqu’à se confondre. D’abord, celui de cacher la misère dans tous les sens du terme par une habile mise en scène et ensuite, celui de valoriser la politique d’aménagement urbain en cours. 

 

Récupérer et aseptiser

On sait la disposition du capitalisme à intégrer en vue de sa reproduction les expériences qui, à première vue, semblent éloignées et parfois même attentatoires à sa dynamique. Le Street Art n’échappe pas à cette règle. Ses auteurs à succès ont désormais commerce avec les officiels du milieu de l’art et de son marché. Est-ce à dire que les graffeurs font désormais cause commune avec les tenants de l’ordre social et politique existant ? Indéniablement, certains ont trouvé où nicher. Pour d’autres, il arrive que les rouages du système et le cynisme des politiques parviennent jusqu’à désamorcer le contenu subversif de leur message. Ainsi, on se rappelle que la maire de Calais a protégé les fresques de Bansky peintes sur les murs de la ville, pendant que dans le même temps elle menait une politique acharnée contre les exilés errant sur le littoral. Loin d’indisposer Natacha Bouchard, le soutien affiché du graffeur aux étrangers a été reçu par celle-ci comme “une chance pour Calais”(3). Assurément, la chance de réaliser une plus-value supplémentaire sur le dos des réprouvés. Valeur d’échange VS valeurs de solidarité diraient certains ? Nullement, puisque dans cette affaire seule la figure de l’artiste monopolisera l’attention des médias, le dernier mot revenant au spectacle, comme il se doit. 

A Boulogne-sur-mer, le Street Art est une marchandise importée à dessein. Il y est de facture officielle et commerciale, étranger aux pratiques réprouvées car considérées comme illégales dans les cités où le phénomène a vu le jour. Pour les édiles, il s’agit avant tout de donner à voir. Donner à voir que la ville n’est pas restée plantée là, sur le quai de l’Histoire, mais plutôt qu’elle a pris bonne place dans le train en marche d’une modernité prétendument post-industrielle. 

 

Créer une ambiance

Nous avons déjà eu l’occasion de le dire, les projets d’aménagements que portent les politiciens locaux sont identiques à ceux de n’importe quelle autre agglomération ou métropole actuellement en chantier(4). La rationalité capitaliste lisse toutes les aspérités et laisse peu de place à l’imagination. La recette se compose invariablement d’une bonne dose d’activité touristique, ici essentiellement en lien avec le milieu maritime et patrimonial, d’une autre de construction immobilière, la dernière étant généralement dévolue aux secteurs dits de l’innovation et du numérique. Dans les faits, cela se concrétise par l’agrandissement du centre de la mer(5), l’édification d’immeubles de standing et l’implantation d’entreprises (Sopra Steria) ou la création de “pouponnières de starts up” (espaces de Co-working ; Bouda : Boulogne-Urban-Data, etc.). La ville se doit d’être à la fois une attraction, un musée et un de ces lieux de la modernité technologique. À la culture reviendra la mission de mettre la partition en musique.

Les cibles de l’art urbain sont donc autant les touristes de passage, que les catégories professionnelles dont l’industrie de la communication réclame la compétence(6). Le Street Art participe à créer l’ambiance recherchée, celle d’une ville séduisante qui se met en scène afin d’attirer les couches plutôt jeunes, plutôt diplômées et qui possèdent un certain capital culturel. Ce phénomène de gentrification donne aux villes des allures de parc d’attraction et certains parlent de Dysneylandisation(7). 

Pour les couches de la population qui se sentiraient oubliées par ces projets, qu’elles se ravisent, le Street Art s’adresse à elles également, au titre de “l’accès à l’art”. Et on peut déjà parier que la pratique du Street Art figurera en bonne place dans les prochains programmes des services socio-culturels …

 

Contrôle et hiérarchie

La culture mise au service du développement urbain permet ainsi de renforcer le contrôle du politique sur le territoire. A ce titre, il est révélateur d’observer que l’ensemble des panneaux électoraux ordinairement installés lors des campagnes ont servi de support au festival d’été de Street Art. Et il est tout aussi symptomatique de constater que dans certains quartiers périphériques, le sort réservé aux œuvres exposées fut le même que celui promis rituellement aux affiches des candidats aux élections : Pas de quartier ! 

Le ripolinage de la ville n’épargne rien ni personne, si bien que les codes du vedettariat et la loi du marché s’appliquent ici comme partout ailleurs et reproduisent une stricte hiérarchie. Aux signatures internationales on livre les murs de la cité, aux acteurs locaux on réserve le mobilier urbain. 

 

Quelle réponse ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après le mobilier anti-SDF et les caméras de vidéo-surveillance, le Street Art réglementaire enrichit la panoplie des dispositifs de contrôle et d’appropriation/marchandisation des espaces urbains. Face à cela, la seule réponse que l’on peut apporter est de continuer à s’exprimer politiquement sur les murs de la ville, à le faire le plus collectivement possible et à l’assumer. Les espaces existent, quitte à en reprendre à la culture officielle et subventionnée lorsque les conditions l’exigent. Nous sommes convaincus que nos amis les artistes comprennent que la rue appartient à tous et qu’ils doivent, eux aussi, en partager la jouissance.  

 

 

A vos brosses !

Boulogne-sur-mer, le 18/08/18

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(1) ”Dix œuvres de Street Art s’installent à Boulogne-sur-mer”. La VdN/2018-07-23

(2) En s’ efforçant dans un premier temps de les inclure dans un dispositif officiel quelconque, le genre de pantalonnades telles que les “projets de quartiers à base de démocratie participative”, etc … S’ils s’obstinent, alors, la répression prendra le relais. 

(3) Déclaration de la maire de Calais reprise par de nombreux titres de la presse bourgeoise. 

(4) Se reporter aux numéros 32 et 33 de la Mouette Enragée consacrés à la question ou consulter directement les textes sur ce blog, à la rubrique “Production capitaliste de l’espace”.

(5) À ce sujet, avez-vous remarqué qu’à mesure que la ressource halieutique diminue, Nausicaa s’agrandit … Centre de la mer d’ailleurs posé sur une plage… interdite à la baignade pour cause de pollution !

(6) Sopra Stéria a du faire venir une bonne partie de ses salariés de la métropole lilloise. 

(7) Lire à ce sujet le texte de Alexandre Grondeau et Florence Pondaven : “Le Street Art, outil de valorisation territoriale et touristique : l’exemple de la Galeria de Arte Urbana de Lisbonne”. https://journals.openedition.org/echogeo/15324

 

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Le maire impose la fin des 35 heures aux travailleurs de la commune de Boulogne-sur-mer

Le maire impose la fin des 35 heures

aux travailleurs de la commune de Boulogne-sur-mer

 

Le lundi 25 juin 2018, une journée de grève et un rassemblement devant la mairie ont troublé la quiétude proverbiale de la vie municipale boulonnaise. A cette occasion, nous avons rencontré quelques agents municipaux avec lesquels nous avons longuement discuté de la cinglante et expéditive remise en question de leurs conditions de travail. 

La soudaineté de l’annonce a pris de court les principaux intéressés. C’est lors d’une réunion protocolaire à laquelle l’ensemble des agents avaient été conviés que Frédéric Cuvillier asséna la nouvelle. Brandissant un rapport de la chambre régionale des comptes que nul autre que lui, si ce n’est sa garde rapprochée, n’avait eu le loisir de consulter, il s’érigea du même pas en défenseur des intérêts moraux des salariés et des devoirs du Service Public. Ainsi, comme il le suggéra aux agents, en consentant de bonne grâce au sacrifice, ils échapperaient à l’opprobe. Il fallait oser. Mais comme aurait pu le proclamer un dialoguiste célèbre, “un homme politique, ça ose tout !” 

La preuve, il réitère dans un courrier en date du 29 juin, dans lequel il fait porter la responsabilité de ses décisions sur les épaules de l’actuel gouvernement. Mieux, il y convoque en défense les acquis de la Résistance, une fois de plus mis à mal(1)… Plus c’est énorme et mieux ça passe. Faut-il rappeler à Frédéric Cuvillier qu’il fut aux côtés d’Emmanuel Macron un des acteurs de la politique du Parti Socialiste au pouvoir ? Qu’il y a défendu avec zèle toutes les attaques contre les travailleurs, et notamment la Loi Travail, dite “Loi El Khomri”, dont il fit l’article dans la salle municipale de la Faïencerie aux côtés des jaunes de la CFDT ? 

les mesures prises par la direction de la mairie de la ville de Boulogne-sur-mer

Elles reposent sur deux points : l’augmentation de la durée légale du travail qui passe de 35 h à 37 heures et la suppression de congés exceptionnels. En contrepartie, la direction avance des RTT compensatoires. Elles passeraient à 12 jours dont deux journées imposées, au lieu de 8 actuellement(2). 

Derrière tout cela, s’entremêlent : l’annualisation du temps de travail -la cour des comptes pointerait un temps de service effectif de 1524 heures contre 1607 heures obligatoires(3) ainsi qu’un dispositif de congés exceptionnels qui n’aurait, selon elle, aucun fondement juridique ; les effets de la circulaire de 2002 sur la réforme de la fonction publique, ainsi que la politique de décentralisation. En dernier lieu, l’équipe municipale affirme se plier aux recommandations de l’administration afin de toucher en retour les dotations promises par L’Etat. Un protocole d’accord sur l’aménagement de la durée du temps de travail a donc été avalisé par Force Ouvrière, le syndicat majoritaire. 

avec l’aval du syndicat maison

Force Ouvrière est historiquement le syndicat maison au sein duquel certains ont occupé la double fonction de représentant syndical et de chef du personnel. Il ne faut y voir aucune contradiction mais plutôt la preuve par l’exemple de l’état d’intégration achevé du syndicalisme, de son délitement consommé et la meilleure expression de son clientélisme.

De son côté, la CGT dénonce un passage en force et dans la précipitation. Elle souligne que l’avis de la cour des comptes n’est que consultatif et rappelle à juste titre que la réduction de la masse salariale n’est que le fait du prince et de lui seul. Il y avait sans doute d’autres pistes à explorer conclut-elle dans son tract. Assurément, il y aurait beaucoup à dire et plus encore à écrire. Ne serait-ce que sur l’obsession touristique qui anime l’équipe municipale en place et sur ce qu’elle induit pour les habitants. Quel est le coût réel de la mise en spectacle d’une ville en déshérence économique que ses responsables actuels cherchent à vendre à n’importe quel prix ? Quel est le coût réel des opérations immobilières qui voient le jour aux quatre coins de la cité ? A qui profitent-elles actuellement et à qui profiteront-elles à terme(4) ? Certainement pas à la population locale. 

La question qui vient immédiatement à l’esprit est la suivante : comment FO a-t-elle vendu cette régression à ses adhérents et qu’est ce que la direction de la mairie a promis à FO en échange ? Pour le moment, il semblerait que les adhérents de base de FO ne soient pas les mieux informés ni du contenu, ni des conséquences de cette attaque contre leurs conditions de travail. Il leur a juste été assuré “qu’ils ne perdraient rien (…), qu’on les soumettait à la réglementation la moins pire”… Aussi regrettable que cela puisse être, en règle générale, les salariés ignorent tout ou presque du simple cadre légal qui régit les conditions de la vente de leur force de travail. La plupart d’entre eux méconnaissent leurs droits les plus élémentaires et comment les revendiquer. Il va sans dire que dans le climat feutré et paternaliste d’une mairie comme celle de Boulogne-sur-mer, le cas est d’école …

Journée de grève et rassemblement devant la mairie, la base se cherche …

Une journée de grève était annoncée pour le lundi 25 juin et un rassemblement s’est tenu devant les portes de la mairie. Quelques personnes, une quinzaine tout au plus prirent l’initiative d’y participer. On comptait parmi elles, essentiellement des adhérents de la CGT et quelques salariés non encartés. Anecdote croustillante, les éclats de voix de la sono syndicale irritèrent au sein de l’enceinte municipale, à tel point qu’une employée excédée et non-gréviste pris l’initiative, ou reçu l’ordre (?) de couper le sifflet à Jean Ferrat ! Pour une première riposte, la déception semblait palpable. Certains sont conscients de se faire pigeonner et il est hors de question pour eux de ne pas réagir. Mais se mobiliser et parvenir à mobiliser autour de soi, parfois pour la première fois, n’est pas chose aisée. A plus forte raison dans une période où les exemples de luttes qui gagnent sont exceptionnelles. Le plus souvent, elles sont victorieuses au prix d’une détermination et d’une mobilisation dans la durée que l’on n’a pas observé dans une boîte boulonnaise depuis bien longtemps(5)… Ceci étant, une première réunion d’information organisée début juin par la CGT-Mairie-et-CCAS avait rassemblé une centaine de personnes.  Lors de la réunion suivante, la vingtaine d’agents présents échangea sur les modalités  d’organisation et les possibilités d’ actions qui s’offraient à eux. Il y a semble-t-il dans l’ensemble des services des personnes qui tâtonnent, qui cherchent mais qui cèdent encore facilement au découragement à l’issu d’une première expérience déçue … D’autres rognonnent dans leur coin, d’autres encore, stigmatisés, demeurent sourds pour le moment à toute nécessité d’organisation collective. Enfin, restent ceux qui attendent de voir avant de s’engager. Comme dans n’importe quelle boîte, la crainte du petit chef, les admonestations et un management qui monte tranquillement en puissance se révèlent être de puissants inhibiteurs. 

Du côté de la CGT, au-delà de la pétition qu’elle a initié, se profilent en arrière plan les prochaines élections professionnelles. Elle ne manquera pas de les agiter comme le débouché le plus sûr au cas où la mobilisation en resterait là. Maigre consolation pour qui n’attend pas grand chose d’une simple redistribution des chaises syndicales. 

D’ores et déjà, Macron a annoncé vouloir en finir avec le cadre actuel de la fonction publique. Après être parvenu à imposer son plan à la SNCF, il ne s’arrêtera plus en si bon chemin. La fin des 35 heures n’est qu’un avant-goût de ce qui attend les municipaux à l’avenir. Il semble donc qu’une page se tourne, reste à savoir maintenant qui écrira la prochaine. 

                                                                                                              

           Boulogne-sur-mer, le 07/07/18

 

(1) Les soit disants “acquis de la résistance” semblent être le dernier des fétiches qu’une gauche moribonde soit encore capable d’agiter aujourd’hui. Ils servent à tout et à n’importe qui. Il est pourtant nécessaire de faire une mise au point sur le sujet. Ces fameux acquis, n’ont été concédés aux travailleurs au lendemain de la seconde guerre mondiale qu’en contre-partie de leur sacrifice physique pour relancer la production capitaliste. Le tout sous le contrôle implacable de la CGT et du PCF. Lorsque les travailleurs refusèrent de continuer à marcher dans cette combine, autrement dit de perdre leur vie à ne même pas la gagner, alors, éclatèrent les grèves de 1947. Ce sont ces grèves, que le socialiste Jules Moch réprima par la violence militaire. Rien que dans les mines, les révocations, les suspensions et les déplacements forcés se comptèrent par centaines.

(2) Huit RTT qui correspondaient aux 36 h de travail hebdomadaire d’un agent avant le 1er juillet 2018. 

(3) 1607 heures obligatoires, soit : une base de 1600 heures annuelles auxquelles sont ajoutées 7 heures au titre de la journée de solidarité.

(4) Se reporter aux textes répertoriés sous la rubrique Production capitaliste de l’espace : https://lamouetteenragee.noblogs.org/post/category/production-capitaliste-de-lʼespace/

(5) Les luttes gagnantes de la période, que ce soient celles des postiers ou des travailleuses du nettoyage, l’ont été car elles ont bénéficié d’un large soutien. Ces luttes dures et longues ont débouché sur des victoires car elles ne sont pas restées cantonnées au sein de la boîte. Elles ont su aller chercher et obtenir à l’extérieur de l’entreprise le soutien actuellement indispensable pour faire plier un patron, quel qu’il soit. A méditer … 


F.Olution à la Mairie

Le temps s’écoule, les têtes changent mais les pratiques, elles, demeurent. Pour illustrer notre propos, nous reproduisons cet article rédigé à l’époque par les animateurs du journal local de contre-information, Le Cri du Boulonnais (1). Comme vous le lirez, en février 1978, à la mairie de Boulogne-sur-mer, l’intégration syndicale à l’appareil municipal était déjà la règle.                                           

(1) Le Cri du boulonnais paraîtra de 1977 à 1978. Durant cette période, sept numéros du journal seront édités. Le Cri regroupait des membres du groupe local de l’Organisation Communiste Libertaire (OCL), des inorganisés, des membres du Parti Socialiste Unifié (PSU) ainsi que des adhérents de l’association “Les Amis de la Terre”. 

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Le numéro 35 du journal local La Mouette Enragée vient de paraître

Le numéro 35 du journal local La Mouette Enragée vient de paraître 

Il est actuellement distribué dans les principaux kiosques de Boulogne-sur-mer et de ses environs. Ce numéro consacré à l’Enquête Ouvrière et à sa pratique est le premier d’une série à venir autour de cette thématique. Nous joignons à la suite la liste des points de ventes où il est possible de se procurer ce numéro dans l’agglomération. Bonne lecture et n’hésitez à pas à nous contacter. 

 

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Une nouvelle affiche réalisée par la Mouette Enragée, à télécharger et à coller où bon vous semble.

Une nouvelle affiche réalisée par la Mouette Enragée, à télécharger et à coller où bon vous semble. 

 

Nous pouvons faire parvenir à celles et ceux qui le désirent quelques exemplaires de l’affiche au format A3 Couleur en contre partie d’une participation financière aux frais d’expédition. Pour cela, il vous suffit de nous écrire à l’adresse postale de la Mouette. 

 

 

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Le point de vue du Collectif Jeunes en Lutte à propos des récents travaux d’agrandissement de Nausicaà

Le point de vue du Collectif Jeunes en Lutte à propos des récents travaux d’agrandissement de Nausicaà

Nous reproduisons ce texte rédigé par le collectif Jeune en Lutte* car nous le jugeons pertinent à double titre. D’abord, car il est à notre connaissance le seul texte qui porte une critique lucide à l’ encontre de ce que d’aucun ont salué, ici, comme une prouesse technique et une promesse d’avenir. Ensuite, et par conséquent, car il enfonce un coin dans l’idéologie du consensus. Les chantiers comme celui de Nausicaa, en plus d’être des mannes pour les magnats du BTP et des dispositifs de restructuration et d’appropriation de l’espace urbain, sont aussi des instruments à fabriquer du consentement. 

Les potentats locaux le savent, en usent et en abusent. L’avenir de la population boulonnaise, dont ils décident, seuls, depuis leurs cabinets privés, il se l’imaginent empruntant la voie rapide du tourisme. Un pari douteux et coûteux, qu’il s’agit de vendre à une population déboussolée  par la désindustrialisation. 

Le développement de comportements mercantiles et d’une mentalité servile

C’est cette réalité que les militants du groupe Hexa, au Pays-Basque, dénonçaient dans les années 80. Ils résistaient alors à ce même phénomène de touristification qui frappait la région où ils vivaient. Nous leur cédons le mot de la fin : “Une population confrontée à un tourisme massif acquiert très vite des comportements mercantiles, c’est à dire un esprit tourné vers l’appât du gain et du profit. Cela résulte du fait que, dépourvue de la moindre conscience de ce que représente réellement le tourisme, une bonne partie de la population s’est convaincue de son utilité et fait en sorte d’en retirer des avantages. 

Par ailleurs, le tourisme étant une activité économique à base de service, cela entraîne et développe bien sûr une mentalité de serviteur.”  

Boulogne-sur-mer, le 14/06/2018

*https://m.facebook.com/jeuneenlutteboulogne/

Hexa : (Herriko Exkertia Abertzaliak). Touristification, procès d’un été ordinaire. Juillet 1983. 

 

 

Nausicaà les raisons de la colère !

Jeunes En Lutte réaffirme ses valeurs écologiques à travers son engagement pour le respect de la planète et de l’animal.

Jeunes En Lutte appelle notamment à soutenir les actions di 17 juin à 14 h devant Nausicaà pour le respect de l’animal à l’initiative de One Voice et de Protection animale de france, notamment sur la question du requin-marteau ou de la raie manta qui n’ont rien à faire dans des espaces aussi réduits (20 raies et 10 requins dans un espace de 60 m de long sur 35 m de large avec une profondeur de 8 m. Il faut savoir qu’une raie manta peut parcourir 1 000 Km par jour, et les requins marteau ont l’habitude de vivre jusqu’à 100 mètres de profondeur).

Jeunes En Lutte dénonce aussi les conditions de travail dans lesquelles ont été réalisées le chantier : un ouvrier est mort suite à ses blessures lors de son empalement sur un bout de ferraille, ce qui n’a pas empêché Vinci d’arborer pendant des mois aux abords du chantier une pancarte : “ Si vous choisissez de travailler en sécurité, travaillez avec    nous ! 

Sur le chantier “Les terrasses de la falaise” accompagnant le chantier du grand Nausicaà, la boîte parisienne en charge de ce projet a embauché des dizaines de travailleurs détachés turcs, le principe du travailleurs détaché est de venir travailler dans un autre pays de l’union européenne au prix auquel il aurait été payé en Turquie. L’entreprise parisienne n’a donc pas les charges sociales à payer, créant un vrai dumping social. 

Des taris qui s’envolent : tarif adulte (13 ans et +) 25,9 € et tarif enfant 19,50 €. Auparavant, ces tarifs étaient de 19 € pour les adultes et 12 € pour les enfants. De plus, ces tarifs en forte augmentation pourraient prendre 3 € de plus quand les travaux prévus seront totalement finis. 

Moins d’espaces verts pour les enfants ! Ce grand Nausicaà ne s’est pas réalisé sans amputer un immense espace vert  ouvert 24h/24 au public (le seul) qui est le parc du Casino. 

Et qui paie pour cette catastrophe ? Ce sont les habitants de la Communauté d’Agglomération du Boulonnais en versant  notamment 1,6 millions d’euros chaque année et 50 millions (19 millions de subventions et 29 millions de prêts) sur les 100 millions que coûte le projet Grand Nausicaà.

Rassemblement devant Nausicaà le dimanche 17 juin à 14 h. 

 

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Manifestation du 22 Mai 2018 à Boulogne-sur-mer : Tous ensemble, moi d’abord !

Manifestation du 22 Mai 2018 à Boulogne-sur-mer : 

Tous ensemble, moi d’abord !

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce 22 mai, la manif des salarié-e-s de la fonction publique – appelons-la comme ça – a été inédite à Boulogne sur Mer.

Habituellement programmée comme une visite touristique pépère de la basse ville, la ballade s’annonçait pourtant « bien » : 200 manifestant-e-s sont sur le départ à la bourse du travail avec drapeaux chatoyants et chants révolutionnaires (ou musique de boîte, on ne saurait dire) dans la camionnette de la CGT. Arrivent, attendu-e-s, les lycéen-ne-s de Mariette et Branly. Ils sont une centaine. Ravissement de la plupart, impression mitigée pour d’autres.

Après que le cortège a démarré, les « Jeunes en Lutte » (1) profitent de la première halte pour… passer devant. Coup de sang à la Cégète qui entend que « sa » manif ne soit pas ouverte par des non-fonctionnaires. Les jeunes ont juste envie que cette manif en soit une avec slogans, coups de gueule, énergie et poilade. Un vieux militant aigri et frustré y va presque jusqu’à l’agression physique sous l’œil des flics. Tout semble rentrer dans l’ordre et la centaine de jeunes reste en tête. La CGT suit derrière avec le corbillard sono. Tour de ville.

En remontant vers la Sous-Préfecture, le même zozo cégétiste en remet une louche, bousculant les militants de Solidaires qui lui bloquent, involontairement au départ, le passage de sa camionnette de location. Voulait-il arriver le premier ? Etait-il très énervé ? Toujours est-il que frein à main serré et pied au plancher, il risque de jouer aux quilles avec les piétons et on évite le drame de peu. Et le véhicule, dégageant une belle fumée et une odeur de brûlé – sans palettes et vieux pneus s’il-vous-plaît ! – risque de marcher beaucoup moins bien, forcément…

Une partie du cortège partira sans écouter les habituels discours redondants des organisateurs à la tribune.

Prochaine production : la convergence des luttes. Avec la CGT locale en tête d’affiche. Évidemment.

(1) Pour rappel : https://m.facebook.com/jeuneenlutteboulogne/

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Tract recto-verso distribué à Boulogne-sur-mer lors de la manifestation du 22 mai 2018.

Tract recto-verso distribué à Boulogne-sur-mer

lors de la manifestation du 22 mai 2018.

 

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« LʼEtat fait la sourde oreille, quʼà cela ne tienne, nous ferons les fortes têtes »

« LʼEtat fait la sourde oreille, quʼà cela ne tienne,
nous ferons les fortes têtes »

Force est de constater que les pouvoirs publics font peu de cas de la détresse voire de la colère des salariés des établissements pour personnes âgées ou des soins à domicile. Pire, ils pratiquent la langue de bois, en promettant quelques miettes pour calmer la faim des travailleurs excédés. Il nous faudra donc mordre à pleines dents cette main qui prétend nous nourrir et sʼen repaître jusquʼà satiété.

Toujours motivés

Le 15 mars dernier, un nouvel appel à la grève était lancé. Devant notre Ehpad à Boulogne sur mer, le nombre de grévistes était plus important que le 30 janvier. Cela nous a valu le privilège de deux réquisitions de la part de la direction signées de la main du préfet. A la prochaine journée de grève, il nous enverra les CRS, qui sait. Le piquet de grève a été organisé et mis en place dès 7h30. Les salariés étaient toujours motivés et n’étaient toujours pas syndiqués. La fête a duré jusque 17h15. Dʼautres collègues sont venus au fur et à mesure gonfler nos rangs.

 

 

La présence de la CGT

Les informations contradictoires publiées dans les colonnes de la presse locale : manifestation ou pas, rassemblement ou pas, etc, nous ont amené à contacter un syndicat afin d’obtenir plus de précisions sur le déroulement de cette journée de grève. Les collègues avaient émis le souhait de rejoindre une possible manifestation locale. C’est donc la CGT Santé CHB (2) qui nous informa du programme de la matinée. En tout et pour tout, un seul rassemblement de retraités devant la sous-préfecture était prévu. Nous avons donc fait le choix de rester devant notre Ehpad et de distribuer un tract aux automobilistes. Celui-ci fut accueilli favorablement par la majorité d’entre eux.

Entre temps, la CGT nous a recontacté. Elle nous proposa de passer nous soutenir sur notre piquet de grève avant de rejoindre le leur. Jʼai soumis la proposition et la plupart d’entre nous lʼont acceptée. Lʼapproche fut amicale, sympathique et bon enfant. Mais à la grande surprise des collègues, une membre des renseignements généraux(3) accompagnait la délégation syndicale… La présence de la police suscita l’étonnement et alimenta la conversation après coup.

Sʼorganiser avec ou sans …

Nous avons entamé une discussion avec les camarades de la CGT-Santé devant notre établissement. Ses membres nous ont expliqué lʼimportance de se syndiquer, de monter une section syndicale dans la boîte et d’établir un rapport de force avec la direction. Le discours est juste et peut s’envisager pour des unités de travail comme les nôtres avec une direction craintive et isolée.

Pour autant, notre seule motivation a permis de nous mobiliser collectivement dans un Ehpad privé/associatif dont les salariés ne sont pas majoritairement syndiqués. Il n’en va pas de même à l’hôpital, par exemple, où malgré la présence syndicale, le personnel en grève a préféré rester chez lui …

Il faut d’abord en discuter !

Il est important de comprendre que sʼinvestir dans l’animation d’une section syndicale réclame de la disponibilité. Il faut imaginer une vie partagée entre ton boulot, ta vie de famille, ce qu’elle implique et le travail syndical. Cela exige de faire des choix, de sʼinvestir personnellement et collectivement. La plupart de mes collègues sont des femmes mères de famille. Après le boulot, cʼest encore du boulot.

Après discussion sur le sujet, il en est ressorti que les collègues nʼétaient pas prêts à s’impliquer plus avant, qu’ils n’en voyaient pas la nécessité pour le moment. C’est à eux que reviendra la décision de se syndiquer ou non et à quel syndicat.

Le 30 janvier et le 15 mars ont démontré qu’à une petite échelle, des salariés même non syndiqués pouvaient à un moment se sentir concernés et prendre conscience de leur condition, ne plus courber les épaules sous le poids du mépris ou de lʼindifférence et traduire cette colère dans la lutte.

Ce qui fut le plus marquant durant ces journées passées ensemble, c’est de voir le visage joyeux et détendu des collègues et de les entendre dire : « ça fait du bien de faire grève ! ».

Une aide soignante. Boulogne-sur-mer, le 11/04/2018

 

Notre tract du 15/04/18 : Dans les Ehpad : Refusons des conditions de travail discount

Notes :
(1) EHPAD : Etablissement dʼHébergement pour Personnes Agées Dépendantes
(2) CHB : Centre Hospitalier de Boulogne sur mer
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Direction_centrale_des_Renseignements_généraux

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Grève dans les Ehpad, il était temps !

Grève dans les Ehpad, il était temps !

Un retour sur la grève dans les Ehpad à travers le récit d’une expérience collective vécue à Boulogne-sur-mer.

Le 30 janvier dernier, un appel national invitait le personnel des Ehpad (1) à se mettre en grève. La principale revendication portait sur l’amélioration des conditions de travail et l’obtention de moyens financiers et humains supplémentaires. Il est intéressant de noter que les salariés du privé ont répondu présent aux côtés de ceux du public. Le soutien de la FNADEPA (2) et de l’AD-PA (3) et de ce fait de certains directeurs d’Ehpad, a peut-être aidé des salariés du privé à sauter le pas. Une sorte d’aval accordé par la hiérarchie. Un tiers des effectifs du secteur de la santé aurait ainsi répondu à cet appel.
Il est sans doute utile de rappeler que les Ehpad du public sont soumis à l’obligation d’un service minimum. Par conséquent, de nombreux salariés qui auraient souhaité faire grève se sont retrouvés réquisitionnés pour assurer la continuité des soins, comme l’exige la loi. La mesure ne s’applique pas encore dans les Ehpad du privé. Il y est donc plus facile de faire une journée de grève et de laisser la direction se débrouiller pour assurer la permanence des services.

Les raisons de la grève

Au fil des treize années passées dans le métier, j’ai pu observer une dégradation croissante des conditions de travail. L’une des raisons principales tient au fait que les personnes âgées entrent de plus en plus tard en Ehpad. Elles y sont admises dans un état de dépendance accrue et atteintes de pathologies multiples. Les directions font le choix délibéré de sélectionner en priorité des personnes avec un GIR (4) élevé. Cette stratégie se résume simplement : plus la personne âgée est dépendante et plus le prix de l’hébergement sera élevé. Les meilleurs candidats sont les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Elles entrent directement dans la catégorie GIR 1 ou GIR 2. Pour les personnels, cela se traduit par une augmentation de la charge de travail sans revalorisation des effectifs. Au fil du temps, les salariés s’épuisent psychiquement et physiquement. Leur corps est brisé.
Selon le rapport établi par la mission « Flash » sur les Ehpad (5), l’indice de fréquence des accidents du travail est « deux fois supérieur à la moyenne nationale toutes activités confondues, supérieur même au monde du bâtiment et des travaux publics ».
Les directions, malgré leur prétendu soutien médiatique, imposent une pression intenable à leur personnel pour maintenir des soins et une image irréprochables. Aux dégradations des conditions d’exercice, s’ajoute de plus en plus souvent le non remplacement du personnel absent. Dans le cas contraire, les patrons recourent à un personnel non qualifié et sans expérience pour pallier aux congés, aux arrêts ou aux accidents du travail. Ce choix de le hiérarchie augmente la charge de travail. Le salarié titulaire doit dans le même temps former ces remplaçants, exécuter ses propres tâches et très souvent prendre les leurs en charge. Une telle organisation du travail occasionne un grand stress car nous sommes responsables si le moindre incident ou accident survient. Un grand nombre des salariés, exerçant dans le milieu de la santé, tiennent grâce à la prise de médicaments (anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères pour dormir,…).

La grève à Boulogne sur mer…

Le 30 janvier 2018, pour la première fois, les collègues se mettaient en grève. Deux semaines auparavant, à ma grande surprise, certaines étaient venues m’annoncer vouloir arrêter le travail. Dans la structure, comme dans la majeure partie des Ehpad privés du Boulonnais, la plupart des salariés ne sont pas syndiqués.
Tout d’abord, il fallait que la grève soit visible de l’extérieur. Nous avons donc décidé avec celles et ceux qui étaient intéressés de tenir un piquet de grève devant l’établissement. Nous avons ensuite réalisé une banderole et des pancartes sachant que nous devions travailler dans l’urgence. Enfin, nous avons rédigé un tract informatif simple et court. En un week-end, pendant nos pauses et le soir après le boulot nous sommes parvenus à réaliser tout ce que nous avions prévu : la banderole, des t-shirts et un tract. L’envie de faire et la motivation étaient plaisantes à voir. Chacun a mis la main à la pâte selon ses possibilités et le temps dont il disposait.
Le 30 janvier à 7h nous nous sommes retrouvés devant l’établissement afin de tout mettre en place pour la journée. Nous avons tenu le piquet jusque 16h30 non stop. D’autres salariés nous ont rejoint tout au long de la journée et en se relayant. Chacun a apporté sa bonne humeur, son dynamisme, sa thermo de café, son pain et sa confiture maison, ses pains au chocolat, ses mignardises. Autour d’un pique-nique improvisé, de trois grévistes que nous étions au départ, nous nous sommes retrouvés à quinze.

Qui s’est mis en grève ?

Le personnel en grève était des AS (6) et des AMP (7), diplômés, et titulaires de leur poste. Le personnel resté en poste comptait : les infirmières, le personnel remplaçant et le personnel non diplômé, et l’administration bien sûr. Ils ont juste indiqué leur solidarité en arborant un brassard « EN GRÈVE ». La plupart des grévistes ne sont pas venus sur le piquet de grève. Il n’était pas question pour eux de revenir sur leur lieu de travail pour quelque raison que ce soit. L’épuisement et la colère étaient les seuls sentiments qui les animaient.

La stratégie de la Direction

Le vendredi avant la grève, la direction organisa une réunion d’urgence. Le but était de recenser le nombre exact de grévistes. Cette requête avait été commandée par courrier par l’ARS (8). À cette occasion, comme la plupart des Directeurs d’Ehpad, celui de notre structure annonça son soutien à la grève, adoptant le choix stratégique de la FNADEPA. Il ne pouvait pas nous empêcher d’arrêter le travail mais il invita insidieusement le personnel à opter pour le brassard « EN GRÈVE » et à maintenir une continuité de soins avec un service minimun. Un collègue lui rétorqua : « le brassard ne sert à rien, faire grève c’est un arrêt total du travail, maintenant l’unique façon de se faire entendre c’est de mettre le feu aux voitures sur le parking ». Cela a fait rire tout le monde, mais on entendait parfaitement ce qu’il voulait dire. C’est ce sentiment que ressentent la plupart des salariés. Tu ne peux plus voir en peinture ni ton lieu de travail ni ton boulot. Tu as juste envie d’une chose, tout foutre en l’air.
Le discours du patron soutien/séduction n’a pas fonctionné. Le 30 janvier, la majorité du personnel en poste le matin et l‘après midi confondu, s’est mis en grève totale.
Mais la Direction n’avait pas dit son dernier mot. En fine stratège, elle profita de l’occasion pour redorer son image devant l’opinion publique. Elle utilisa notre présence devant l’Etablissement pour faire un coup médiatique dans la presse locale.

Faut-il y voir un espoir ?

Cette grève nationale dans les Ehpad est une première du genre. Depuis des années, plusieurs structures ont mené des luttes de façon isolée, chacune dans leur coin mais elles ont été l’élan qui a entraîné cette bataille d’un jour. Le 30 janvier, le ras le bol s’est fait sentir et il s’est exprimé avec force. A Boulogne sur mer et sûrement ailleurs, les salariés se sont mis en grève et se sont organisés malgré l’absence de représentation syndicale dans la structure. Ils ont découvert et ont fait l’expérience de l’action collective et de la solidarité. Un moment de vie formateur et qui restera marquant pour la plupart d’entre-eux.

Une aide soignante. Boulogne-sur-mer, le 15/02/18

(Depuis, l’intersyndical appelle à une nouvelle journée nationale de grève le 15 mars 2018.)

Notes :

(1) Les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) sont des maisons de retraite médicalisées qui proposent un accueil en chambre. Les EHPAD s’adressent à des personnes âgées de plus de 60 ans qui ont besoin d’aide et de soins au quotidien.

(2) La F.N.A.D.E.P.A., Fédération Nationale des Associations de Directeurs d’Etablissements et Services pour Personnes Agées, est une association de loi 1901 créée en 1985. Elle est ainsi la tête de pont d’un réseau de plus d’un millier de professionnels de terrain, rassemblés en associations départementales et régionales. Elle est la seule fédération à regrouper les directeurs d’établissements et de services pour personnes âgées issus des fonction publique hospitalière, fonction publique d’Etat, fonction publique territoriale, secteur associatif, secteur privé commercial.

(3) L’AD-PA, Association des Directeurs au service des Personnes Agées, regroupe des directeurs et directeurs adjoints de coordinations, de services à domicile et d’établissements pour personnes âgées, publics et privés, sur l’ensemble du territoire national, des directeurs retraités, des étudiants en formation de directeur.

(4) Le GIR (groupe iso-ressources) correspond au niveau de perte d’autonomie d’une personne âgée. Le GIR d’une personne est calculé à partir de l’évaluation effectuée à l’aide de la grille AGGIR. Il existe six GIR : le GIR 1 est le niveau de perte d’autonomie le plus fort et le GIR 6 le plus faible. Seules les personnes évaluées en GIR 1 à 4 peuvent bénéficier de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie).

(5) Synthèse des propositions de Mme Monique Iborra, rapporteure de la « mission flash » relative aux Ehpad. À consulter pour info.

http://www2.assemblee-nationale.fr/static/15/commissions/CAffSoc/Mission_flash_EHPAD_communication_rapporteure_20170913.pdf

(6) AS : Aide Soignant
Sous la responsabilité de l’infirmière, l’aide-soignante s’occupe de l’hygiène et veille au confort physique et moral des malades. Elle surveille le malade, prend sa température ou son pouls. Elle aide à la prise des traitements. Elle est responsable de la propreté de l’environnement du malade. Elle refait les lits, nettoie la chambre et procède à la désinfection des lieux. Elle doit respecter des règles d’hygiène très strictes. L’aide-soignante participe également à la distribution des plateaux repas. Elle installe les patients et les aide éventuellement à manger. Le plus souvent debout, elle doit porter ou soutenir les patients. Il est nécessaire d’être en bonne condition physique pour exercer ce métier. L’aide-soignante travaille les week-ends et les jours fériés par roulement. Le travail de nuit est fréquent.

(7) AMP : Aide Médico Psychologique
L’aide médico-psychologique (AMP) intervient auprès de personnes jeunes ou adultes ayant un handicap physique ou mental important. Elle peut s’occuper de personnes âgées dépendantes. Elle les accompagne dans tous les actes de la vie quotidienne. Métier très féminisé. Elle exerce les mêmes tâches que l’AS.

(8) ARS : Agence Régionale de Santé
Elles sont des établissements publics, autonomes moralement et financièrement, placés sous la tutelle des ministères chargés des affaires sociales et de la santé. Elles remplacent depuis avril 2010 les Agences régionales de l’hospitalisation (ARH). Instaurées par la loi Hôpital, patients, santé, territoire (HPST), les ARS regroupent en une seule entité, au niveau régional, plusieurs organismes chargés des politiques de santé : les Directions régionales et départementales des affaires sanitaires et sociales (DRASS et DDASS), les Groupements régionaux de santé publique (GRSP), les Unions régionales des caisses d’assurance maladie (URCAM), les Missions régionales de santé (MRS) et les Caisses régionales d’assurance maladie (CRAM).
Leur champ d’intervention comprend la santé publique (prévention, promotion de la santé, veille sanitaire et sécurité sanitaire) et l’organisation de l’offre de soins (hôpitaux, cliniques, maisons d’accueil pour les personnes âgées et les personnes handicapées).

 

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Syndicat PRP : Pour la Protection et le Respect des Prisonnier(e)s

Syndicat PRP : Pour la Protection et le Respect des Prisonnier(e)s

« Ça ne valait pas la peine mais ça valait le coup ! »

A l’heure où l’on parle de grève des matons, de mutinerie, de création de prisons de haute sécurité avec brouilleurs à la pointe de la technologie, ceci pour plus de répression et d’oppression dans l’enfermement permanent et insoutenable, une bande de camarades qui sont pour quelques un(e)s issu(e)s de « L’Envolée », vient de créer le premier syndicat des prisonniers en France, le syndicat PRP.
A propos du groupe « L’Envolée » qui existe depuis plusieurs années, celui-ci met en relation, par le biais d’une émission de radio, les prisonniers, les proches, avec divers lettres et témoignages, et crée un lien direct entre la vie carcérale et le monde extérieur. L’Envolée est aussi un journal exclusivement dédié à l’enfermement, sans frontières. C’est un travail énorme, de longue haleine, à plein temps, et nous ne pouvons que saluer ces démarches.

C’est ainsi que nous tenions à présenter cette nouvelle action liée à la prison, la création du « syndicat PRP ».
Comme indiqué sur le site, ce syndicat met tout en œuvre pour défendre au mieux les conditions de détention, la vie des personnes emprisonnées, de leurs familles et de leurs proches. Pour aussi lutter afin d’améliorer les points d’accès médicaux, les droits en cas de conflits avec l’administration pénitentiaire, pour l’abolition des petites peines, etc…
Si vous vous sentez isolé(e) face à ce genre de situation, n’hésitez pas à prendre contact, ils seront à votre écoute et feront au mieux pour vous venir en aide et vous soutenir.

Ensemble, rejetons les systèmes qui se fondent sur l’autorité, la répression, l’oppression, et l’exploitation de l’homme par l’homme!

 

Syndicat-PRP
 » Ca ne valait pas la peine mais ca valait le coup  »

https://syndicat-pour-la-protection-et-le-respect-des-prisonnier-e-s.webnode.fr/

Sur Facebook

https://www.facebook.com/Syndicat-PRP-1016502998506548/

L’envolée

Pour en finir avec toutes les prisons
http://lenvolee.net/

Fermeture des parloirs et de l’accueil aux familles, remises de peines bloquées, jugements reportés pour les prévenu.e.s comme les condamné.e.s, pas d’accès …

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De la ZAD aux prétoires : les frappes ciblées de l’État

 

De la ZAD aux prétoires : les frappes ciblées de l’État

Après avoir laminé les droite et gauche « de gouvernement » – ce qui ne saurait nous émouvoir – les obligés de Macron, ministres et autres sous-fifres, ont en charge la résorption de toute opposition pour le coup réellement politique.

Dans un premier temps et dans la tradition, on range toutes les « extrêmes » dans le même sac. Côté droit, l’extrême centriste*, élu par défaut et avec un taux d’abstention de 26 %, estime avoir réglé son compte au FN. Par contre l’extrême gauche, qui commencerait sur l’échiquier politique officiel de la bourgeoisie là… Mélenchon (!), poserait souci.
Parallèlement, il s’agit sur le plan social de limiter les ardeurs des fainéants qui en viennent à foutre le bordel.

Aussi est-il d’usage de déconsidérer les positions politiques radicales et de criminaliser ceux et celles qui les portent. Car pour les gens de pouvoir, la fidélité à ses principes, l’incorruptibilité, l’absence de duplicité qu’entretiennent les militant-e-s est un signe de résistance qu’il faut… éradiquer, en en soulignant, par dérive sémantique et amalgame scandaleux, la dangerosité.

C’est ainsi que l’on ne peut que constater par exemple récent que, concernant l’« évacua-tion » de la ZAD de Notre Dame Des Landes**, ce sont les « éléments les plus radicaux » qui seront touchés. Aucune dé finition n’étant donnée ; c’est quoi, ici, « radical ? Le paysan qui se bat depuis cinquante ans pour garder sa ferme ? Les militants qui contribuent à faire vivre la Zone à défendre depuis 2009 ?
Ce serait nier le fond politique que démontrent les débats permanents qu’entretiennent les diverses composantes du mouvement de la ZAD, en tentant de les trier voire de les opposer en terme de « droit à rester ». L’amplitude du soutien dont les « Zadistes » bénéficient bien loin du site, tempéreront sans doute les menaces délirantes de « nettoy-age » proférées par des ministres inquiets.
Et pour cause, la réalité d’une lutte de paysans et de militants hétéroclites, mais conscients de leurs intérêts communs, pourrait bien confirmer le précédent du Larzac.
Qu’en sera-t-il des opposants au projet de liaison Lyon Turin ? Du canal Seine-Nord ? Une première réponse est peut-être à Bure, où des « nouveaux Zadistes » construisent une cabane à l’emplacement prévu pour l’entrée du site d’enfouissement de déchets nucléaires.***
On sait désormais qu’il est possible de faire échouer les montages politico-financiers du capital.

Dans le contexte législatif cette fois, celui des actions contre la loi anti-travailleurs, le criblage opéré par l’État et les patrons a pour objet les « éléments » les plus politisés. Les inculpés de Poitiers sont en effet exclusivement des militants libertaires ou des travailleurs syndiqués à Solidaires. Procès catégoriquement politique, donc, qui a débouché sur des condamnations. Sanctions qui s’ajoutent à bien d’autres prononcées par la justice.

Cette même justice qui ordonne un non-lieu pour le tueur de Rémi Fraisse.

Boulogne sur mer le 07 février 2018

 

 

 

 

 

 

 

* Article intéressant à lire sur l’analogie avec les positions du Directoire de 1795 et le pouvoir actuel sur : https://blogs.mediapart.fr/pizzicalaluna/blog/031017/l-extreme-centre-de-la-revolution-francaise-macron

** À écouter : 
http://sons-audioblogs.arte.tv/audioblogs/sons/3047541/3085363_20180122_NDDL_
Une_victoire_et_apra_s.mp3

*** Voir info locale :
https://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/des-militants-ecologistes-dijonnais-construisent-une-cabane-pour-la-zad-de-bure-1517761788

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Le Groupe/Journal “La Mouette Enragée” reprend ses activités.

Le Groupe/Journal “La Mouette Enragée”

reprend ses activités.

 

 

Dans les temps à venir, nous consacrerons l’essentiel de notre activité à la réflexion et à la production de textes sur le thème de “l’enquête ouvrière”. Un travail au long cours qui, nous l’espérons, nous offrira l’opportunité de réaliser de nombreuses et fructueuses  ren-contres. Nous ferons état de l’avancée du projet dans notre publication papier que l’on re-trouvera, comme les années précédentes, dans les principaux kiosques de la ville et de ses environs.

Les personnes qui souhaiteraient nous rencontrer afin de discuter de cette initiative ou échanger des points de vues sur la période peuvent nous joindre par mail à l’adresse suivante : lamouette.enragee@wanadoo.fr ou nous écrire par voie postale à : La Mouette Enragée B.P 403 62206 Boulogne-sur-mer, cedex.

 

                                                                                                                                                                                        A bientôt dans les luttes.

                                                                                                                                                                                         Groupe Communiste Anarchiste de Boulogne-sur-mer

 

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