Sucrés ces députés !

Sucrés ces députés !

 

D’un côté, l’activité apicole avec ses 75 000* producteurs dont 70 000 exerçant en qualité d’amateurs ; de l’autre, l’un des fleurons de l’agribusiness et du lobby du sucre, le patronat de la betterave. Au centre, les députés, la prétendue représentation nationale, en réalité, les commis du patronat et du capital. 

Entre 2000 et 2010, le nombre d’apiculteurs a diminué en France d’au moins 40 %. Mais comme pour toute activité productive soumise aux règles de la valeur, cette diminution du nombre des exploitants a été compensée par la croissance en taille du cheptel et du rendement des marchandises produites. En clair, l’activité se concentre entre les mains d’un nombre d’entreprises toujours plus restreint, dans un contexte de trafic international et d’altération des qualités de cette denrée. 

Aux pieds des 13 000 tonnes de miel produites dans l’hexagone, pour une valeur approximative de 134 millions d’euros (1), se dresse de toute sa hauteur le premier producteur européen de betterave, qui avec ses 40 millions de tonnes extraites pour l’essentiel des terres du Nord de la France engrange près de 4 milliards de bénéfices. 

Aussi sympathique et indispensable que soit l’activité des abeilles et des apiculteurs, notre propos entend moins défendre dans un jeu de dupes « le petit contre le gros », que de souligner, cette fois encore, la vacuité absolue du discours politicien et de ceux qui le portent. 

Jean Pierre Pont, un député comme les autres

Jean Pierre Pont, député macroniste de la 5è circonscription du Pas-de-Calais a la parole leste et la pensée épaisse. En 2019, il avait particulièrement irrité les travailleurs en grève mobilisés contre la casse des retraites. Les désignant dans les médias locaux de « terroristes », il avait fini par réclamer, à chaque nouvelle manifestation, le secours de sa police républicaine afin de sécuriser son officine plusieurs fois prise pour cible … 

Depuis, Jean Pierre Pont a persévéré dans cette voie, démontrant que si le business agricole rapporte gros, la parole des professionnels de la politique ne vaut décidément pas grand chose(2) … 

Comme sa collègue Lepen, élue dans la 11è circonscription du Pas-de-Calais, ce député a opportunément négocié un tournant « écologiste ». Sur son site, il proclame dorénavant apporter son « soutien à l’agriculture durable, à la filière bio, aux circuits courts pour revenir au local et à une alimentation saine »(3). Le Rassemblement National ne dit rien de moins et se targue même sur le sien d’avoir été « Parmi les premiers à exiger l’interdiction de ces insecticides … »(4)

la charlatanesque transition écologique  

Mais voilà que le 6 octobre, tous ces politiciens de métier, abjuraient d’un simple vote leur récente conversion à l’une des dernières productions idéologiques en date, « la transition écologique ». En autorisant le recours massif aux pesticides, ils prouvaient, s’il en était encore besoin, leur subordination aux intérêts exclusifs du capital. 

Les néonicotinoïdes tuent le abeilles, certes, mais imaginons durant l’espace d’un instant que la production à l’échelle industrielle de plantes mellifères aient pesé d’un poids économiquement supérieur à celui de la betterave, qu’elle ait rapporté autant, si ce n’est plus, alors et à cette seule condition patrons et politiciens auraient légiféré pour sauver les insectes. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison qu’ils travaillent depuis un certain temps à la concentration de ce secteur, à l’augmentation de sa production et par conséquent à la baisse de sa qualité. 

De son côté, le patronat de la betterave que l’on disait inquiet, et qu’il s’agissait d’épauler dans un contexte de crise, aurait, dit-on, bénéficié d’une entorse ne contrevenant que temporairement aux engagements pris pour « sauver la biodiversité ». Dans ce cas, admettons que sur ce terrain comme sur d’autres, l’exception est en passe de s’instituer comme la règle. Dans les temps à venir, les crises s’enchaîneront à un rythme toujours plus soutenu et cette petite musique de la « transition écologique » ne s’entend que comme l’énième tentative de nous faire accepter l’inacceptable. Seule une rupture rapide et définitive avec la logique de l’accumulation capitaliste et les catastrophes qu’elle engendre nous apportera la respiration indispensable pour tenter de reconstruire autre chose et autrement. 

Boulogne-sur-mer, le 14/10/2020

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*Chiffres du recensement de l’année 2012. 

https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/Pri282/primeur282.pdf

(1) In : https://www.apiservices.biz/documents/articles-fr/audit_economique_de_la_filiere_apicole_francaise_2012.pdf 

(2) Que la gauche ne pavoise pas, son dossier en la matière comme en bien d’autres est lourdement chargé …

(3) Sur le site de Jean Pierre Pont, le 20 septembre, on peut lire : https://www.jeanpierrepont.fr/blog/articles/france-relance-pour-construire-la-france-de-2030

(4) Le 18 mai 2018, sur le site du Rassemblement National, on peut lire : https://rassemblementnational.fr/communiques/lunion-europeenne-interdit-enfin-les-pesticides-tueurs-dabeilles-apres-30-ans-de-massacre/

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