Non à l’enrôlement militariste de la jeunesse !
Quand le pouvoir municipal entend mettre la jeunesse au garde-à-vous …
En flânant au cœur de la ville, une banderole pendue aux grilles d’une école élémentaire accroche aussitôt le regard du passant. Son graphisme, ses couleurs racoleuses, la physionomie juvénile des protagonistes, l’endroit même où elle s’exhibe, tout ce qui en émane procure au premier coup d’œil un sentiment d’étrangeté, voire de malaise. Des garçons et des filles d’âge délibérément indéterminé et campés dans le style manga, affublés de tenues militaires sourient à l’horizon dans une mise en scène évocatrice(1)…
Comme celui des femmes, le corps des jeunes et des enfants a très tôt été investi par la propagande, que celle-ci serve des intérêts marchands, politiques ou religieux, ou les trois à la fois, peu importe, pourvu que le contrôle et le pouvoir qui s’exercent sur eux s’en trouvent légitimés et accrus.
Dans le cas qui nous occupe, une « Préparation Militaire Marine », il ne s’agit rien moins que d’enrôler des mineurs et de jeunes adultes entre l’âge de 16 et 21 ans dans un programme comprenant entre autres activités : « le port de l’uniforme, le maniement des armes, la participation à des cérémonies militaires, la découverte de l’organisation de la Défense, la visite de bâtiment de guerre, l’apprentissage de l’ordre serré… »
Rendre désirable aux yeux de la jeunesse ce qui relève d’une entreprise de subordination aux intérêts exclusifs de la bourgeoisie, voilà le tour de passe-passe auquel s’associe la gauche locale, sous l’enseigne de la ville de Boulogne-sur-mer. La signalétique apposée au bas de la banderole en question et la diffusion de la campagne de recrutement sur le site internet de la municipalité ne laissent planer le moindre doute(2).
« Le militarisme, champ d’action du capital »
Un vent militariste balaie l’Europe. Au prétexte du conflit en Ukraine et de l’instabilité internationale, la bourgeoise européenne, en perte de vitesse, nous rejoue la sainte alliance des industriels, des politiciens et des militaires. En France, la dernière loi de programmation votée par les députés sert sur un plateau 436 milliards d’euros aux patrons du secteurs, tandis que Macron réintroduit le service militaire(3). De l’autre côté du Rhin, la coalition des conservateurs allemands et des socialistes n’est pas en reste, 377 milliards d’euros sont destinés au réarmement, et l’Etat tente également d’y réintroduire une conscription obligatoire contre la volonté d’une majorité de la population(4). A la veille du premier conflit mondial, R.Luxemburg affirmait que pour la classe capitaliste le militarisme est devenu indispensable à un triple point de vue : « 1° défendre des intérêts nationaux, (…) 2° constituer un domaine d’investissement privilégié tant pour le capital financier que pour le capital industriel(…) 3° assurer sa domination de classe sur le peuple travailleur… »(5)
Comme nous l’évoquions dans un précédent article, l’hypothèse de la guerre ne doit jamais être considérée avec légèreté. Pour le capitalisme, celle-ci a une fonction précise : détruire du capital en excès et relancer un nouveau cycle d’accumulation. Pour autant, nous nous garderons d’affirmer catégoriquement comme certains le font que nous sommes à la veille d’une nouvelle déflagration mondiale. Pour l’heure, tâchons d’agir là où nous vivons contre toutes les formes de militarisme et ceux qui les véhiculent.…
La gauche, le militarisme…
Contrairement à la fiction entretenue par certains, la relation de la gauche à l’institution militaire a toujours été sans ambiguïté et pour ce qui concerne le Parti Socialiste son inclination ne s’est jamais démentie. L’acte fondateur de son ralliement fut le vote à l’unanimité en août 1914 par le groupe parlementaire socialiste des crédits de guerre et de l’état de siège restreignant les libertés. A partir de cette date, et bien avant cela pour ce qui tient à la question coloniale, les socialistes n’auront de cesse de soutenir les menées guerrières de la bourgeoisie.
Quant à l’alibi citoyenniste d’une armée républicaine garante des valeurs de la démocratie, il se dissout face à l’Histoire(6). Cette armée, à la solde des industriels et des financiers, s’est rendue coupable des pires exactions coloniales et impérialistes depuis le 19° siècle jusqu’à nos jours, tandis qu’en métropole elle fusillait les ouvriers à Fourmies en 1891, tirait contre les mineurs en 1948, et « sera appelée à ouvrir le feu si nécessaire » contre les Gilets jaunes par le gouverneur de Paris en 2019…
… et l’école
Qui a gardé en mémoire « l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 », sait qu’à peine installé à l’Elysée, Mitterand s’est empressé de rassurer son homologue américain de l’époque, Ronald Reagan, sur ses réelles intentions… Bien vite, les ministres communistes apprendront à leurs dépens le rôle qu’ont leur a fait tenir dans cette mascarade. C’est ainsi que, dès 1982, alors que les fameuses « 110 propositions pour la France » postulaient le « Désarmement progressif et simultané en vue de la dissolution des blocs militaires… », les socialistes Charles Hernu pour La Défense et Alain Savary pour L’Éducation Nationale signent d’un commun accord le premier « Protocole Armée-Ecole ». En 1989, c’est au tour de Chevènement d’en présenter une nouvelle mouture, et le 11 avril 1995, la droite revenue aux affaires s’inscrit naturellement dans les traces réactionnaires du PS. Les deux François, Bayroux pour l’Education Nationale, et Léotard pour l’armée, entendent une nouvelle fois redonner « aux jeunes en manque de repères les clés nécessaires pour s’orienter dans un monde en crise »(7). Depuis lors, tous les gouvernements, sans exception, s’emploient à faire coucher dans le même lit l’école et l’armée.
La riposte de la jeunesse sans jamais oublier la question de classe !
Sous le régime du belliqueux Macron, cette politique d’enrégimentement de la jeunesse a encore franchi un cap. Le fiasco du SNU n’a pas refroidi les ardeurs de son administration qui s’obstine à faire entrer coûte que coûte l’armée dans les programmes et les établissements scolaires. Les « Classes de défense globale », l’intervention de gradés dans les écoles, la diffusion de la propagande militariste financée par les industriels de l’armement, l’organisation de « projets » prétendument « pédagogiques » en lien direct avec le ministère de la défense, la mention sur le diplôme du baccalauréat… Tout un arsenal de mesures concourt désormais à conformer l’esprit et le corps des jeunes aux mœurs de la soldatesque.
Parmi ces jeunes, le public ciblé demeure avant tout celui des enfants des milieux populaires. Se faire trouer la peau pour les industriels et les financiers, même à l’heure de la prétendue guerre technologique, demeure le privilège des prolétaires. Celles et ceux pour qui le système scolaire a déjà opéré son travail de sélection et de reproduction sociale, celles et ceux qui galèrent dans la précarité des formations cul-de-sac et des jobs de merde, et à qui l’institution militaire tend aujourd’hui une main miséricordieuse.
En Allemagne, la jeunesse est particulièrement mobilisée contre le service militaire qu’on voudrait lui imposer, des manifestations se déroulent régulièrement qui regroupent des milliers de lycéens et d’étudiants. En France, des blocages d’établissements et des actions se sont déroulés dans plusieurs villes, comme à Saint-Nazaire où un millier de manifestants y ont défilé dans les rues et où le collectif « A bas la guerre ! » entend créer un « Front anti-militariste et populaire ». En Italie, des actions de masse et de classe contre la guerre et le militarisme ont foulé au pied l’image d’une société prétendument tombée sous le charme de l’extrême droite.
Contre le capital et son militarisme, débattons ensemble, organisons-nous, agissons !
Boulogne-sur-mer, le 09/05/2026
(1) Un support de propagande qui transpire l’IA par tous le pores …
(2) https://www.ville-boulogne-sur-mer.fr/actualite/inscrivez-vous-a-la-preparation-militaire-marine-commandant-ducuing/
Par ailleurs, les locaux des écoles élémentaires appartiennent aux municipalités, elles seules décident de les mettre à disposition, s’il y a lieu…
(3) Il est piquant d’apprendre que les belliqueux Macron et Trump n’ont ni l’un, ni l’autre, effectué de service militaire.
(4) Une enquête commandée par le magazine Stern indique que 61 % des allemands ne se battraient pas pour l’Allemagne. Seuls 17 pour cent seraient prêts à une «défense» armée dans le scénario supposé d’une «attaque militaire contre l’Allemagne». Un article de loi imposerait, en outre, à tout homme en âge de combattre d’obtenir une autorisation militaire pour quitter l’Allemagne plus de trois mois !
(5) L’économie de guerre selon Macron, ou produire au son des canons : https://lamouetteenragee.noblogs.org/post/2024/05/10/leconomie-de-guerre-selon-macron-ou-produire-au-son-des-canons/
• Pour rappel : R.Luxemburg sera assassinée par des militaires agissant sous les ordres de la social-démocratie allemande au pouvoir.
(6) En France, tout au long du 19° siècle et sous tous les régimes, l’armée a fusillé les ouvriers. Citons Diana Cooper Richet : « Quel que soit le régime, monarchique, impérial ou républicain, les hommes de troupe tirent sur les foules en colère à différentes reprises, même lorsque s’y mêlent des femmes et des enfants. » In : La foule en colère : les mineurs et la grève au XIXe siècle. Revue d’histoire du XIXe siècle, Tome 17, 1998/2. Les foules au XIXe siècle.
(7) Signature du protocole Défense Education nationale le 11 avril 1995 à l’Hôtel de Brienne.





