Projection-débat « Au pays d’Usinor »

Projection-débat « Au pays d’Usinor »

 

Image SLT-Usinor.

 

Quelles formes et quels contenus pour la lutte de classe aujourd’hui ?

 Régulièrement, universitaires, journalistes et autres “spécialistes” se donnent le petit doigt afin de nous persuader que dans nos sociétés démocratiques et libérales, la lutte entre les classes n’a plus cours. Selon eux, quelques formes de conflictualité perdurent ça et là mais tout au plus de manière résiduelle, comme les derniers soubresauts d’un archaïsme que la post-modernité achèvera de dissoudre.

D’ailleurs, pour qu’il y ait lutte, ne faut-il pas que deux acteurs s’affrontent ? Et nos experts d’achever leur démonstration en concluant à la disparition pure et simple de l’un des protagonistes et non du moindre : la classe ouvrière. Naturellement, nous savons qu’il n’en n’est rien puisqu’à l’heure actuelle six millions d’ouvriers hantent toujours le ports, les usines, les chantiers, les voies ferrées… Les restructurations industrielles ont certes modifié l’organisation du travail et la composition de la classe mais elles ont d’abord servi à imposer à l’ensemble des travailleurs de chaque secteur des conditions d’exploitation combinant : précarité, flexibilité et bas salaires. En fait de disparition des classes, on assiste à la prolétarisation rampante de l’ensemble du salariat. La vraie fausse classe moyenne, la préférée des faiseurs d’opinion en est aujourd’hui pour ses frais.

 

Nous, travailleurs, chômeurs, précaires, lycéens ou étudiants qui régulièrement nous retrouvons dans la lutte ne doutons pas de l’existence d’une communauté d’intérêts que nous opposons à celle des patrons et de l’Etat réunis. Mais la longue suite de reculs et de défaites que nous essuyons depuis plusieurs années nous invitent aujourd’hui à réfléchir sur les stratégies qui nous y ont conduit à plusieurs reprises. Nous savons que bientôt d’autres rendez-vous nous attendent et quela crise qui n’est en fait que le mode de régulation sociale qu’impose le capital dans la période aiguise les contradictions. Mais alors, quelle voie emprunter afin d’éviter les chausse-trappes d’un syndicalisme définitivement intégré à l’appareil d’Etat ou du mythe historiquement funeste pour les travailleurs d’un retour d’une majorité de gauche au pouvoir.

 

Nous n’avons pas de réponse définitive à apporter mais nous avons le fruit d’expériences partagées avec d’autres à soumettre à la discussion. Pour cela il nous a semblé intéressant d’introduire le débat par la projection d’un film qui retrace une expérience de lutte originale et régionale, celle des ouvriers d’Usinor-Dunkerque organisés au sein d’un syndicat qu’ils eux même crée dans ce but : le Syndicat de Lutte des Travailleurs d’Usinor Dunkerque.

Au pays d’Usinor.

Au Pays d’Usinor. Réalisateur, Richard Prost. 1983. 20 minutes.

Au pays d’Usinor raconte une partie de l’histoire du SLT, Syndicat de Lutte des Travailleurs, à l’usine sidérurgique d’Usinor Dunkerque. En 1983 un grave accident a lieu à la coulée continue, à l’aciérie. Pourtant le syndicat avait mis en garde la direction contre la modification des podiums où se trouvent les ouvriers pendant leur travail.

La plupart des militants provenaient de sections CFDT et furent exclus en 1979 pour cause de combativité excessive. Ils quittèrent plus tard la CGT n’arrivant toujours pas à faire entendre leurs voix.

Au moment de l’arrivée de la gauche au pouvoir, il n’est pas bon de s’opposer aux grandes centrales syndicales et de parler du SLT. Le film fut interdit de diffusion au Festival « Cinéma et monde ouvrier » à Saint Nazaire en 1985 et 1986.

Au Pays d’Usinor a été tourné grâce à l’Ecole Nationale Louis Lumière, puis il a été monté et terminé par la production aujourd’hui disparue Les Films des Millaudes. Il sort en salles en 1984 pendant trois semaines en avant programme du film d’Arthur Mac Caig « Euskadi Hors d’Etat ». 

Lieux et dates de la projection et du débat seront bientôt communiqués publiquement. En attendant, vous pouvez vous en informer à l’adresse électronique de la mouette : la mouette.enragee@wanadoo.fr mouette.enragee@wanadoo.fr

 

Extrait ici

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“L’école entre domination et émancipation” – Courant Alternatif, Hors-série n° 16

“L’école entre domination et émancipation” – Courant Alternatif, Hors-série n° 16

 

 

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Cliquez pour une présentation de ce numéro spécial éducation

 

   L’histoire de l’éducation et de l’école, c’est une suite sans fin de tentatives pour faire passer les codes et les messages dont les nouvelles formes de pouvoir ont besoin, tout en faisant croire qu’ils ont une valeur universelle. L’éducation de masse fut mise en place à la fin du XIXe siècle pour contribuer à la paix sociale en évitant les conflits de classe et en « civilisant  » le peuple des villes, perçu comme un danger, et celui des campagnes, vu encore alors comme l’une des figures marquantes des Lumières, Voltaire, le considérait comme: « Des rustres vivant dans des cabanes avec leurs femelles et quelques animaux (…), parlant un jargon qu’on n’entend pas dans les villes.  »

    L’école s’est construite en niant les cultures populaires au nom de la citoyenneté et de la nation, et elle continue de le faire à travers toutes les réformes que le Capital réclame. Instrument de domination, donc, c’est certain !

    Le mouvement ouvrier est né à la même époque et, sans qu’il y ait la moindre filiation entre lui et l’institution scolaire, il a donné naissance à des courants qui ont œuvré à saper la domination pour promouvoir l’émancipation à travers de multiples expériences dans et en dehors de l’école de la République. Cela dure encore. Et comme les institutions à 100 % totalitaires n’existent pas plus que celles qui seraient à 100 % émancipatrices, on peut avoir la certitude qu’une certaine schizophrénie se perpétuera.

     Mais c’est précisément au cœur de cette ambiguïté que les questions de la transmission des connaissances et du savoir-être progresseront, avec la mise à l’écart de cette idée saugrenue (qui servit de conducteur aux idéologies dites progressistes) selon laquelle éduquer serait « éclairer le peuple par le haut ».

     Enterrons aussi définitivement l’idée qu’une élévation du niveau scolaire rendrait les êtres humains… plus humains. Combien d’intellectuels, de savants, de médecins furent les supports du nazisme, servirent avec zèle le régime de Staline ou celui de Mao et de tant d’autres dictatures ? Ni Dieu ni maître d’école, il n’est pas de sauveur suprême !

Pour toute Commande :

40 pages, 4 euros (port compris)

EGREGORE – BP 1213 – 51058 Reims cedex


Chèque à l’ordre de La Galère.

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Évaluation des enseignants du premier degré : sanctions et clientélisme

Évaluation des enseignants du premier degré : sanctions et clientélisme

 

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Les cadres de l’éducation nationale – le corps des inspecteurs – tentent de garantir sur le terrain l’application de réformes gouvernementales qui peinent à s’imposer. Après plusieurs décennies de prêche pédagogiste, la base sociale de la direction s’est depuis peu convertie aux nouvelles vérités libérales. Une mue apparemment indolore puisque négociée aux meilleures conditions entre le sien-UNSA et l’Etat. En passant peu ou prou sous le contrôle direct des recteurs d’académie, l’encadrement décuple le poids d’une hiérarchie qui recoure sans détour à l’arbitraire et à l’autoritarisme afin d’imposer des méthodes de gestion d’entreprise au sein du secteur.

 

Depuis mai 2009, une circulaire a redéfini les lignes à partir desquelles les enseignants du premier degré seront désormais évalués. La mission des inspecteurs de circonscription repose dorénavant sur deux priorités : “le pilotage pédagogique” et le “management du personnel”. Le pivot de cette nouvelle orientation, “le socle commun de compétences” se présente sous la forme d’une liste de quelques aptitudes dressée par la commission européenne et que les élèves se doivent d’acquérir avant de quitter le collège. Ce viatique promis à la grande majorité d’entre eux, leur permettra d’évoluer à la demande du patronat dans un environnement de travail essentiellement précaire, flexible et ne requérant qu’un minimum de savoir faire concret.

C’est donc autour de ce “socle commun” que se polarisent maintenant l’ensemble des activités scolaires et professionnelles de l’école élémentaire. Les programmes de 2008, les binaires évaluations nationales des classes de CE1 et de CM2 et maintenant l’évaluation du personnel enseignant, tout converge dans une seule et même direction. Ce formatage du travail des enseignants et de l’activité des élèves a naturellement entraîné de vives réactions. Les plus visibles furent celles rendues publiques par les “désobéisseurs” en dehors de toute dynamique syndicale officielle: refus à la carte ou en bloc des programmes, des heures de soutien individualisé, de la déclaration préalable de grève, des évaluations nationales etc … La hiérarchie a réagi immédiatement et de manière brutale sans pour autant parvenir à décourager ces enseignants frondeurs à qui les tribunaux administratifs semblent pour l’instant donner raison. Mais pour la grande majorité, la résistance se vit quotidiennement dans la passivité observée face aux injonctions. Quoi qu’on en dise, cette inertie constitue une force mais qui rapidement trouvera ses limites si elle ne déborde pas hors des murs des salles de classe afin de se donner un cadre collectif.

Pressions et clientélisme.

Entendons nous, l’autoritarisme et un certain penchant à la fatuité ont toujours entaché le costume des inspecteurs. La plupart des enseignants gardent en souvenir qui, des entretiens pour le moins croustillants, qui un rapport bricolé à coups de “copié-collé” et chez la plupart d’entre eux une méconnaissance manifeste, voir l’oubli de la réalité du métier …

Avec la redéfinition de leur mission, l’observation de la pratique tend à disparaître au profit du contrôle des seuls résultats quantifiables : le taux de réussite de l’établissement aux évaluations nationales. Pour bien faire, la circulaire de 2009 énonce clairement que : “Les corps d’inspection ont le devoir (…) d’impulser et d’encourager les “bonnes pratiques“ ; la liberté pédagogique dont bénéficient, pour organiser leur enseignement les personnels enseignants ne sera pas le prétexte de pratiques qui font obstacle à l’acquisition des savoirs”. Sans pour cela se bercer d’illusions pédagogistes, il faut admettre que cette prescription annonce le retour de méthodes éculées, répétitives et mécaniques, d’un bachotage stupide aux finalités purement comptables. Car il faut les écouter ces cadres rabâcher à chacune de leurs interventions, sur le ton culpabilisant du moment, le coût qu’occasionne à la collectivité l’entretien d’un élève. Et aussitôt laisser entendre qu’en retour de résultats escomptés, ils pourraient plaider la cause des établissements et peut être sauver moyens et postes. Pour cela, chacun devra y mettre du sien et appliquer scrupuleusement les recommandations ministérielles : les programmes et rien que les programmes, une bonne dose de fichage et la traque des absentéistes. Actuellement de nombreux témoignages attestent de vagues d’inspections-sanctions. Dans l’intimité de l’entretien se susurrent les récriminations qui parfois prennent le tour de la menace et laissent certains collègues sidérés. Ainsi, avant même la création effective des établissements primaires autonomes, s’installe insidieusement un climat mêlant “chantage aux moyens” et clientélisme. Dans les faits, ce glissement traduit la fin annoncée du paritarisme et du mode de gestion du personnel qui s’y rattache. Les syndicats l’ont compris et assistent impuissants à leur relégation espérant sauver ce qui peut l’être pour eux, c’est à dire quelques bonnes places. Car jusqu’à nouvel ordre, il revient aux inspecteurs de conduire leurs “ interventions directes (…) comme un acte de gestion de la ressource humaine.”

Officiellement le salaire au mérite n’a pas cours. Dans les faits, il prend corps peu à peu avec le versement de primes spéciales aux seuls enseignants qui font passer les évaluations nationales. On le devine ensuite tapi sous les heures supplémentaires offertes aux volontaires qui encadrent les stages de remise à niveau durant les vacances scolaires. D’ailleurs, afin d’intimider les malveillants qui refusent de les proposer à leurs élèves, les inspecteurs n’hésitent pas à brandir les résultats des fumeuses évaluations nationales. Mais la chose pourrait bientôt prendre un tour plus tangible. Le ministre Chatel évoque depuis peu la création d’entretiens d’évaluation individuels réalisés par des personnes extérieures au secteur de l’enseignement. Qu’adviendrait-t-il alors du dévoué corps des inspecteurs ?

Quelle riposte ?

Malgré les oppositions résolues d’une partie de la base, le rapport de force apparaît aujourd’hui fortement dégradé. Les enseignants n’opposent aux attaques qu’ils subissent que les pauvres illusions qu’il continuent d’entretenir sur leur fonction en particulier et sur celle de l’école en général. Illusions lourdes de conséquences quand le fossé entre l’institution qu’ils prétendent défendre et la partie la plus prolétarisée de la société ne cesse de se creuser. La période impose de faire des choix, des choix collectifs qui portent la critique au coeur même du système d’ enseignement. Il est urgent d’ouvrir le débat et de mener l’action non pour la défense d’une école de la reproduction sociale, une école de classe grimée en “service public” mais contre elle. Reprendre la bagarre contre les petits chefs, reposer collectivement la question du refus de l’évaluation pourrait être parmi bien d’autres une de ces pistes.

 

Un travailleur de la reproduction sociale.

Boulogne-sur-mer, le 19/02/11.

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Retraites : Une défaite mais pas la déroute…

Retraites : Une défaite mais pas la déroute…

 

Ce texte a été rédigé durant la période où ont menées les actions contre la nouvelle loi sur les retraites imposée par l’État. Depuis nous avons poursuivi la réflexion sur la nature de ce “mouvement”, le rôle qu’y ont joué les structures syndicales, la forme qu’ont pu revêtir certaines actions, etc …

Un texte qui fait état de nos échanges sur la question sera publié dans le numéro à venir de la Mouette Enragée.

 

 

 

 

    En ne débordant pas le périmètre délimité par les centrales syndicales : des journées de grève espacées combinées à des actions le plus souvent symboliques, ce “mouvement contre la réforme des retraites” ne laissait présager qu’une défaite supplémentaire annoncée de longue date.

Pour autant, il serait facile de s’en tenir à ce seul constat et passer sous silence tout ce qui dans le cadre imposé aussi bien qu’à sa marge, le plus souvent au sein des deux à la fois, révéla une volonté, certes minoritaire, mais bien réelle de lutter. C’est en cela, peut être, que cette défaite n’en n’est pas définitivement une…

Voici quelques éléments éparses qui traduisent cette impression à partir des semaines de protestation telles qu’on a pu les vivre à Boulogne-sur-mer.

 

D’abord, reconnaissons qu’en dehors des syndicats, personne ou presque ne posa dans la forme comme sur le fond la question de la lutte autour des retraites. L’emprise syndicale put donc se déployer sur le seul registre qui vaut pour elle : la destruction d’acquis sociaux en prise avec le rôle gestionnaire qu’exercent certaines confédérations au sein de l’appareil d’État : caisses de retraites, sécurité sociale, mutuelles etc…

 

C’est donc à leur propre reproduction et dans l’attente de la loi sur la représentativité de 2013 que les centrales ont travaillé dans l’unité que l’on sait. De fait, on pouvait craindre que seule une fraction des travailleurs répondrait à l’appel. Celle encore garantie par un statut déjà bien mis à mal ou échappant – pour combien de temps encore – à la précarité; autant dire les salariés de la fonction dite publique. Ce ne fut pas complètement le cas. C’est d’ailleurs un des traits notables de ce mouvement qu’un nombre de travailleurs d’entreprises privées y aient occupé une place et joué un rôle à part entière.

 

 

Le privé dans la grève et dans l’action.

 

Les cheminots répétant que cette fois, ils ne porteraient pas le mouvement, à Boulogne-sur-mer, ce sont deux entreprises de l’industrie alimentaire qui les premières investirent le terrain. Ces boîtes en lutte à l’interne durant les semaines et les mois qui précédèrent la mobilisation en assureront pour une part le déroulement. Elles reconduiront la grève sur plusieurs jours puis multiplieront les arrêts sur des modalités propres à l’organisation du travail posté. A leur tour, d’autres boites saisiront le relais. Pourtant à aucun moment, elles ne se rejoindront sur un temps commun en dehors des journées d’action. La faiblesse des salaires explique cela, comme la précarité mais sans doute aussi la difficulté à se projeter, à esquisser des contours un peu assuré à la lutte. On pourrait également y entendre la manœuvre d’appareils syndicaux passant en revue des troupes potentiellement mobilisables. Mais on ne saurait ignorer que la crise a réactivé dans certains secteurs des réflexes de lutte qu’une mobilisation, même en trompe l’œil comme celle des retraites, a pu confirmé.

 

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Les ouvriers de Capécure, en première ligne sur les barrages avec toutefois le soutien des autres grévistes

 

 

Prendre l’initiative, même si …

 

Le cadre intersyndicale ne s’est imposé ici qu’après une habile reprise en main par l’UL CGT. A deux reprises, et en marge de l’intersyndicale, une assemblée ouverte composée de travailleurs des secteurs privés et publics se réunit à la bourse du travail. Au sein de cet espace s’exprima la critique de la stratégie des journées sans lendemain. On y partagea la nécessité mais aussi l’envie d’un véritable rapport de force inscrit sur le terrain économique. La question de la reconduction et de l’élargissement de la grève fut au cœur des échanges. D’emblée, le blocage s’imposa comme la forme d’action à mettre en œuvre avec un double objectif : porter un coup au patronat local et appeler les travailleurs d’abord occupés à manifester à venir nous rejoindre. Ce ne fut pas totalement un échec. D’abord parce que la tentative de blocage de la zone portuaire où se concentrent les entreprises de transformation de produits de la mer eut lieu. Elle se répétera d’ailleurs avec plus de succès quelques semaines plus tard. Mais il était clair que l’appareil cgtiste jusque là absent du terrain s’empressa de cisailler toute nouvelle tentative en recourant aux bonnes vieilles techniques de manipulation.

 

 

Un coquille intersyndicale sans réel mouvement.

 

Si la CGT put s’imposer aussi facilement durant ces deux mois, c’est qu’à contrario de 2003 bien peu de travailleurs étaient en grève. Rappelons qu’ il y a sept ans, ce furent essentiellement des grévistes non syndiqués qui portèrent le mouvement à bout de bras. Cette fois, la CGT eu beau jeu d’ enserrer ses partenaires tout en jouant la partition du “je t’aime moi non plus” avec un Solidaires empêtré dans ses propres contradictions.

Maintenant, quel sens donner au programme d’actions concocté par la CGT et ratifié par ses consœurs durant trois semaines. En martelant qu’il ne fallait pas brader le capital de sympathie engrangé auprès de l’opinion, on ne pouvait pas s’attendre à grand chose. Et en effet, il ne se passa rien, ou … presque. Les actions ont put se déployer car pour la plupart elles ne frappaient pas directement les intérêts du patronat. Et lorsqu’à la marge, elles y parvenaient partiellement par un débordement de circonstance, le grand frère syndical admonestait contre “la mise en danger d’activités déjà fragilisées”.

Les actions de terrain ont d’abord servi de soupape à une base syndicale un peu déboussolée par une mobilisation qui n’en n’était pas vraiment une. Elles permirent ainsi d’entretenir le spectacle entre deux dates nationales. La plupart du temps négociées avec la police, elles prenaient fin à l’heure dite. Si bien que la formule de la CGT : “Nous n’avons pas poursuivi mais sachez que cela est remonté en haut lieu…” ne laissait planer aucun doute sur le sens de toutes ces mises en scènes.

 

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La gauche syndicale dans cette histoire

 

La minorité syndicale organisée localement dans et autour de Solidaires offrit un espace à partir duquel il fut parfois possible de desserrer l’étau, de modifier le sens et la portée de certaines actions. En soi ce n’est pas négligeable. Mais enfin, tout cela est resté relativement anecdotique. Les limites sont d’ailleurs apparues rapidement. Ensuite, la position partagée localement par l’ensemble des Sud en opposition avec celle de Solidaires national rendait la situation certes intéressante, mais confinait à l’impuissance en l’absence d’une véritable dynamique portée par les travailleurs. Un peu partout dans les défilés, les cortèges Solidaires sont apparus comme pourvus et offensifs, pour autant, ces manifestants là n’ont pas dans leur grande majorité investi d’avantage le terrain que leur homologues cégétistes ou autres. Faut-il comprendre que même “sudiste” un manifestant demeure pour le moment un manifestant et rien de plus ? C’est un fait, où alors comment expliquer que sur la dizaine de milliers d’adhérents de Solidaires-Nord-pas-de-Calais, une fois encore, seule une minorité ait franchi le pas. Par ailleurs, dans leur grande majorité, là où elles sont structurées, les sections de la gauche syndicale n’échappent pas à l’influence du jeu traditionnel ni à celui des vassalités en cascade. Une réalité qui même lorsque l’on sort du strict champ de sa boîte continue de peser et d’influer sur la manière d’aborder la construction d’un mouvement.

 

 

Boulogne-sur-mer. 19/11/2010.

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La Mouette publie ! Fortunes de mer, lignes maritimes à grande vitesse : les illusions bleues d’un « capitalisme vert »

La Mouette publie ! Fortunes de mer, lignes maritimes à grande vitesse : les illusions bleues d’un « capitalisme vert »

Le Groupe Communiste Anarchiste de Boulogne-sur-mer fait paraître aux éditions Acratie :

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

Plus de quatre-vingt-dix pour cent du trafic mondial de marchandises s’effectue sur les mers…

 

A l’heure où ils caressent l’espoir d’une croissance adossée aux « marchés verts », les capitalistes entendent faire de l’espace maritime leur nouvel alibi écologique.

En Europe, l’engorgement des voies rapides ralentit les flux de marchandises et engloutit une part de la plus-value. A eux seuls les prochains couloirs à grande vitesse ne suffiront pas à combler ce manque à gagner. A fortiori quand les populations des régions concernées comme les salariés impliqués dans ces projets en ont déjà saisi l’imposture. De multiples actions de résistance se font jour au fil de ces tracés, que ces derniers soient hypothétiques ou avérés. C’est donc vers la mer, redevenue un territoire à conquérir, que se tournent aujourd’hui les instances de l’Union européenne. La commission de Bruxelles présente les autoroutes de la mer et autres bateaux à grande vitesse comme les prochains outils d’un « transport écologique au service du développement durable ».

Mais, par-delà les annonces, que dissimulent en réalité ces projets auxquels souscrivent avec enthousiasme nombre d’écologistes officiels ? C’est ce que les auteurs de ce texte ont tenté de comprendre, en pointant du doigt quelques-unes des fausses alternatives et des vraies illusions particulières à la période qui s’ouvre devant nous.

 

Ouvrage disponible localement à l’adresse la Mouette enragée

Groupe Communiste Anarchiste de Boulogne-sur-mer

La mouette enragée

B.P 403

62 206 Boulogne-sur-mer cedex.

ou auprès des Editions Acratie, l’Essart, 86310 La Bussière. Par mail : editions.acratie@orange.fr

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Retraites : la stratégie volontairement démobilisatrice des bureaucraties syndicales.

Retraites : la stratégie volontairement démobilisatrice des bureaucraties syndicales.

 

La mobilisation de ces dernières années contre la casse du régime de retraites par répartition a été volontairement maintenue par les appareils syndicaux dans le cadre inoffensif de la “bataille de l’opinion”. La défaite de 2010 conclut un scénario dont l’issue était connue par avance. Durant cette période et notamment lors de journées sans lendemain des 22 Mai 2008 et 19 Mars 2009, la Mouette est intervenue par tract et quelque action symbolique afin de dénoncer cette stratégie délibérément perdante pour les travailleurs. En voici un aperçu :

 

22 mai 2008 = 1er tour de chauffe, 1er tract et déjà le pressentiment des balades syndicales de 2010

tract 22 mai 2008

 

On remet ça le 19 mars 2009. A cette occasion, on diffuse un tract lors de la manifestation boulonnaise et on en profite aussi pour éveiller les consciences avec une banderole accrochée sur les remparts

tract 19 mars

manif 19-03-09manif. 19-03-09

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Présentation de Fortunes de Mer

Fortunes de mer, lignes maritimes à grande vitesse : les illusions bleues d’un capitalisme vert

 

ed. Acratie. juin 2010.Collectif.

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

 

 » Plus de quatre-vingt-dix pour cent du trafic mondial de marchandises s’effectue sur les mers… » A l’heure où ils caressent l’espoir d’une croissance adossée aux « marchés verts », les capitalistes entendent faire de l’espace maritime leur nouvel alibi écologique. En Europe, l’engorgement des voies rapides ralentit les flux de marchandises et engloutit une part de la plus-value. A eux seuls les prochains couloirs à grande vitesse ne suffiront pas à combler ce manque à gagner. A fortiori quand les populations des régions concernées comme les salariés impliqués dans ces projets en ont déjà saisi l’imposture. De multiples actions de résistance se font jour au fil de ces tracés, que ces derniers soient hypothétiques ou avérés. C’est donc vers la mer, redevenue un territoire à conquérir, que se tournent aujourd’hui les instances de l’Union européenne. La commission de Bruxelles présente les autoroutes de la mer et autres bateaux à grande vitesse comme les prochains outils d’un  » transport écologique au service du développement durable « . Mais, par-delà les annonces, que dissimulent en réalité ces projets auxquels souscrivent avec enthousiasme nombre d’écologistes officiels ? C’est ce que les auteurs de ce texte ont tenté de comprendre, en pointant du doigt quelques-unes des fausses alternatives et des vraies illusions particulières à la période qui s’ouvre devant nous.

 


 

Sommaire

 

Pourquoi ce livre ? p.5

Avant-propos. p.7

 

I. Le Projet

 

Le transport maritime : évolution et enjeux. p.11

Autoroutes de la mer : késako ? p.13

Grandes lignes et gros travaux. p.15

Ressources énergétiques et réchauffement politique. p.19

Marco Polo à la conquête de l’Europe ! p.20

Quand Boulogne-sur-Mer pense monde… p.22

…et réciproquement ? p.25

 

II. De la marine marchande

Les bâtiments du fret. p.30

Des risques maritimes… p.33

… bien assurés. p.36

Les marins. p.39

 

III. Le contexte : un nœud gordien

 

Inter modalité : des mariages difficiles. p.44

La restructuration des lignes et des flottes. p.45

Le pivot logistique. p.46

Le pan énergétique des autoroutes maritimes. p.50

 

IV. De la mesure du temps à son accélération

 

La mesure du temps : une question de rythme… et d’argent. p.55

Chi va crescendo, va… p.59

 

V. La spécialisation des espaces : une nuisance tangible

 

L’agriculture chimique de l’Andalousie au Maghreb. p.64

Filière halieutique : la fuite en avant du modèle productiviste. p.67

Du « Super-Port » à l’« Eco-Port » : écologie et capital. p.70

 

VI. Le transport maritime dans la crise

 

Une crise « durable » ? p.73

Les vagues du capitalisme financier. p.74

Chantiers navals et transport maritime : les travailleurs payent la crise. p.76

 

VII. Les remous de la crise

 

Les illusions du capitalisme vert. p  81

La quête d’une alternative… p.82

Un projet interclassiste… p.83

Une aubaine pour le capital. p.85

 

VIII. Au-delà du capitalisme

 

Ni capitaliste, ni sauvage… p.88

… une nécessité de classe. p.89

Travailleurs des villes, Travailleurs des champs… p.91

Doubler l’horizon : vers le communisme. p.93

 

Epilogue p.97

 

Annexes

 

-Lutte de classes sur les quais : Des dockers aux portiqueurs : les exemples anglais et français, des années 80 à aujourd’hui p.102

– Paroles de marins. p.113

 

L’ouvrage peut être commandé à l’adresse postale deLa Mouette Enragée B.P 403 62206 Boulogne-sur-mer cedex.

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1999-2005 : la Mouette enragée s’engage dans le Calaisis sur la question des migrants. Brève chronique.

Contexte

    En 1998, c’est la guerre en Yougoslavie.

Au printemps 1999, arrive à Calais un nombre considérable de réfugiés, majoritairement kosovars – adjectif immédiatement péjoratif suite à un règlement de compte mortel entre passeurs et qui deviendra générique, quelle que soit l’origine des migrants des vagues qui s’ensuivront. Entrée en scène des CRS : premières chasses, premier parcage dans un entrepôt de la CCI (Chambre de Commerce et d’Industrie).

Juin 1999 : fermeture de l’entrepôt, susceptible de favoriser, selon la Préfecture, les contacts passeurs/clients au départ en Grande Bretagne. 200 migrants occupent le parc Saint Pierre ; évacuation du quasi-bidonville en août. Les familles sont recasées face à l’hôpital de Calais, les célibataires dans le « fameux » hangar à Sangatte. La médiatisation amorcée avec les premières répressions éclate, avec les retentissements que l’on connaît.La survie des migrants est assurée par C’sur, un collectif d’associations aux réunions duquel participent individuellement des membres de la Mouette enragée.

Le 16 septembre 1999, nous assistons médusés à la foirade de la tentative de réouverture de l’entrepôt initial, propriété de la CCI. C’est l’occasion de constater les dissensions patentes au sein du C’sur, orga et perso. Dysfonctionnement propre aux cartels d’organisations qui le plus souvent trouvent leur point d’équilibre à l’interne en s’accordant sur le plus petit dénominateur commun, en l’occurrence ici, l’aide matérielle et alimentaire.

 

Analyse et pratiques

Sans nier le réel travail d’urgence des organisations humanitaires, la Mouette enragée en exprimera tôt les limites :

– l' »oubli » que la volonté des Sans-pap’ n’est pas d’être tolérés en France -et d’aller en CADA- mais de passer en Angleterre ;

– le paradoxe confrontation/négociation du C’sur avec les représentants de l’État, alors que ses membres sont régulièrement brutalisés et traînés en justice ;

– l’alibi du « respect et de la dignité dus aux migrants » comme obstacle objectif à l’autonomie de lutte de ceux-ci -et donc à un véritable soutien-, même si le turn over est perpétuel. Preuve s’il en fallait : l’éviction vindicative, dès le départ, du CSP 59 du collectif, l’abbé Boutoille considérant ces derniers comme « des manifesteurs, pas des manifestants« (sic). Exit donc l’aspect politique ;

– l’incapacité, aveugle ou volontaire, à percevoir le traitement des sans-papiers comme un laboratoire sécuritaire et répressif qui, de fait s’étend aujourd’hui à tout le champ social ;

– le manque d’appréciation à cette date – c’est peu de le dire! – de la politique d’enfermement dans les CRA relevant d’un arbitraire qui, là aussi, sera la matrice d’une politique maintenant généralisée.

– Le refus de notre part qui avons des papiers de nous substituer à ceux qui n’en ont pas, travailler avec mais en aucun cas à leur place.

– la volonté de dénoncer un humanitaire qui refuse de dénoncer les véritables responsables d’une situation catastrophique. Position entretenue par la gauche.

– le refus de prendre pour argent comptant les déclarations bien pensantes des autorités locales

Nos positions et nos actes, axés sur les enjeux sociaux et politiques – ceux de la lutte des classes – détermineront durant cinq ans nos relations locales, nationales voire internationales (avec des groupes britanniques et belges notamment) et les actions de terrain mises en œuvre, avec plus ou moins de bonheur mais toujours sujettes à réaction.

La Mouette enragée n’intègrera pas le C’sur.

     Français, étrangers, même patron, même État : même combat. Au delà du slogan les actions de la Mouette auront tendu à replacer la question des flux migratoires dans leur réalité : oppression, misère, guerres… autant d’avatars d’un capitalisme mondialisé que fuient ses principales victimes mais qui se trouvent en fait bel et bien utilisées sur le grand monopoly de la main d’œuvre.

 

 

Chronologie

     Durant ces années d’implication en Calaisis (et ailleurs), nous aurons multiplié les tentatives de convergence des luttes, au travers d’interventions multiformes s’inscrivant dans l’évolution de la situation.

En voici une trame non exhaustive de la période la plus intense :

 

2001

 

– Le 20 octobre, week-end d’action de solidarité avec les migrants, dont une marche de nuit jusqu’au tunnel trans-manche. Seront présents des membres du CSP 59, du CAE (collectif anti expulsions), de la CNT, des militants bruxellois contre les expulsions et de… C’sur en opposition avec le bureau de l’époque. C’est l’occasion d’une prise de contact effective avec lesmigrants présents.

– Préparation dans la foulée d’une manif avec des afghans pour le 30. Annulée : 200 d’entre eux passeront la Manche miraculeusement le… 29 !

– Décembre, tract d’appel : « Sans-papiers, coup d’État sécuritaire et néocolonialisme« .

 

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2002

    En 2002, les militants britanniques seront à l’origine et/ou répondront à des initiatives communes aux deux côtés de la Manche.

– En février, ils obtiennent la fermeture du centre de Campsfield, près d’Oxford. Mais celui de Douvres est mis en service dans la foulée et le combat ne fera que commencer.

– Avril, participation à la manif contre le CRA de Douvres (GB).

– Mai, le 4 : manif contre l’extension du CRA de Coquelles ; parution du numéro 23 (spécial immigration) de la « Mouette enragée« .

manifestation contre le centre de r-tention de Coquelles. M

in la presse bourgeoise « la Voix du Nord »

 

– Juin, manif à Londres pour l’accueil des « réfugiés » en Angleterre.

Ces trois actions se sont enchaînées dans le cadre de la lutte en réponse à la politique de « chasse à l’étranger » menée communément par les États français et britanniques. Notre partenaire d’outre manche étant le NCADC. Nous ferons parallèlement une diffusion « toutes boîtes » d’un tract d’information sur la réalité des CRA à Coquelles même.

– Juillet : campement No Border à Strasbourg.

– Octobre : rassemblement devant le CRA de Coquelles avec la volonté de faire savoir aux prisonniers qu’ils sont soutenus à l’extérieur. Qu’ils soient le but des itinéraires des manifs ou le lieu direct de rassemblements, cette motivation sera constante et la police n’aura de cesse d’interdire le contact.

– Novembre-décembre : fermeture du site de Sangatte. Participation des militants de la Mouette enragée aux manifs.

2003

– Janvier : La Mouette enragée n° 24 est dans les kiosques. Nous organisons à Calais, dans le cadre de la lutte contre tous les CRA, une conférence-débat sur la politique migratoire et les répressions en Europe (avec la participation d’Alain Morice, anthrologue impliqué dans la question des phénomènes migratoires et contributeur de la publication Vacarme, ainsi que du CSP 59).

Cette rencontre fait suite à une manifestation à Coquelles « sabotée » par ce qu’il faut bien considérer comme une contre-manif organisée par le C’sur, lequel affirmant dans la presse locale n’être pas foncièrement contre les CRA.

 

tract janv 2003

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In la presse bourgeoise « la Voix du Nord »

  Au cours de la manifestation, un texte est lu et diffusé devant les grilles du CRA de Coquelles. Ci-joint, le recto-verso

 Texte-lu-devant-le-CRA-de-Coquelles.Recto-.jpgTexte-lu-devant-le-CRA-de-Coquelles.-Verso.jpg

 – Févier : nous publions un texte à destination des boîtes aux lettres des Coquelois, toujours aveugles ou indifférents à la prison pour étrangers implantée sur leur commune.

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– Mai : des moutons noirs des assos humanitaires ou des quidams qui ont apporté leur aide aux migrants (accueil chez eux…) sont (à nouveau) traînés en justice; nous organisons une soirée de soutien à ces victimes du « délit de solidarité ». Pour l’occasion, la Mouette fait un tract de bilan.

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 – Juin : le 28, le C’sur organise sa soirée de soutien. Malgré les pressions toujours plus lourdes de l’État, le cartel d’assos résistera et notre solidarité sera constante.

      À partir de l’automne, dans la dynamique de la lutte contre les CRA et dans un contexte de harcèlement de l’État envers les militants, La Mouette enragée, cherche des relais nationaux avec lesquels organiser une mobilisation élargie. C’est dans cette perspective que nous rejoindrons la « Coordination nationale contre les centres de rétention » envisagée par le CAE.

 2004

    Tout au long de cette année, notre collaboration à la coordination nous aura amené à Paris et sa banlieue – sur des chantiers de construction de CRA, avec l’appui des riverains, notamment à Palaiseau -, à Lyon – au CRA de Lyon Satolas et à l’OMI pour une occupation (foireuse car mal préparée) ou à des actions d’ agit-prop. », contre les boîtes de BTP ou cabinets d’architectes complices intéressés de la politique d’État d’enfermement.

 – Février : nous parvenons lors d’une manifestation à un contact direct avec les « retenus » ce qui permet d’obtenir de l’info vérifiée sur leurs conditions d’enfermement, dont la dureté est alors niée par les autorités. Lors d’actions ultérieures, la police s’assurera de l’impossibilité d’un contact aux grilles des cellules ou ailleurs entre migrants et militants solidaires à l’extérieur… Un tractage à destination des Coquellois est organisé.

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 – Mai : le 15, C’sur, Inter-lutte, le CAE de Paris, les sans-papiers amiénois et La Mouette enragée se rencontrent dans la perspective d’étudier de nouvelles pistes d’actions en phase avec des positions politiques cohérentes, notamment sur l’aspect classiste de l’enfermement.

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In la presse bourgeoise « La Voix du Nord »

 – Mai-juin, arrestations en masse de sans-papiers sur la métropole lilloise. Les hommes sont concentrés au CRA de Lesquin, les femmes à celui de Coquelles. Grèves de la faim de ces dernières. Nouvelle campagne d’information à Calais/Coquelles et par Indymédia. S’ensuivront de nouveaux procès …

 – Août : verdict et durcissement des lois sur l’immigration en Europe. En hiver, nouvelle marche sur le CRA de Lesquin.

2005

     Après des années de lutte non-stop aux côtés de militants versant tantôt dans l’humanitaire tout-crin, tantôt dans l’activisme forcené, mais dont la volonté d’agir aura permis de marquer quelques points ou, à tout le moins de gagner du temps, et au regard de l’ensemble des combats à mener, La Mouette enragée décide de revenir sur un champs socio-politique plus large, mais n’excluant pas la lutte avec les sans-papier , de Calais en particulier.Nous quittons aussi la Coordination nationale.

D’autres combats nous ont d’ailleurs occupé sur cette période, en parallèle et pour les mêmes raisons…

 – Novembre : parution de notre analyse de 1999 à 2004 dans une contribution au livre Politiques migratoires, grandes et petites manœuvres aux éditions Carobella ex-natura. A lire dans l’article éponyme !

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Politiques migratoires, grandes et petites manoeuvres

Il semble intéressant de refaire circuler ce texte de la Mouette Enragée, initialement paru dans le bouquin collectif « Politiques migratoires. Grandes et petites manœuvres » (éd. carobella, 2005) pour mieux comprendre la situation politique calaisienne et envisager le retour d’une lutte globale.

Bonne lecture

 

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A propos du camp “No border” de Calais calais no border

calais no border

Du 23 au 29 juin 2009 s’est tenu à Calais un rassemblement se voulant en prise directe avec la réalité endurée par les sans papiers cherchant à gagner la Grande-Bretagne. Une semaine durant, quelques trois cents personnes ont tenté en lien avec le réseau “No border” d’informer, de nouer des contacts et parfois de se dresser face à la répression qui s’abat au quotidien sur les immigré-es. Ayant oscillé entre participation et retrait à ce projet, nous revenons aujourd’hui sur les quelques points qui, dès le départ, nous ont semblé en fixer les limites.

Lorsqu’en novembre 2008, les États français et anglais échouent devant la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme) à expulser par un vol commun des afghans sur Kaboul, ils se heurtent sur le terrain à une forte mobilisation. Des contacts se nouent alors autour du CRA (Centre de Rétention Administratif) de Coquelles où sont détenus les afghans bientôt relâchés. De cette collaboration entre militants français, anglais et belges germera l’attente d’une intervention qui dépasserait enfin le cadre humanitaire stricto sensu sur lequel se polarisent les associations locales. L’intention se veut donc politique et revendique “la liberté de circulation pour les personnes, la fin des frontières et des contrôles migratoires”. Au demeurant, les promoteurs ont une idée assez précise des moyens à mettre en œuvre afin d’y parvenir. Il s’agirait avant tout d’organiser un camp labellisé et autogéré, implanté en périphérie de la ville.

L’objet du camp… le camp lui même.

Rapidement, l’objet du camp deviendra le camp en lui même. Au détriment d’ailleurs de tout débat sur le sens de sa tenue quinze ans après l’arrivée des premiers migrants sur les côtes de la Manche. A ce titre, on peut s’interroger sur les délais extrêmement serrés, quelques mois à peine, que s’étaient fixés les organisateurs afin de tenir le calendrier. De fait, contraints par l’urgence matérielle, le politique fut évacué dès le départ des discussions. L’architecture et la logistique s’imposèrent comme priorités. Il est ainsi impossible de trouver un compte rendu qui fasse état d’une approche politique comparée de la question à l’échelon local et avant tout international. A notre connaissance, les seuls bilans publiés après coup ne mentionnent que les points forts ou faibles en rapport avec l’activité quotidienne au sein du lieu (1). Comme souvent à l’issue de ces rassemblements, on évalue en priorité le rapport des groupes entre eux en relation avec les impératifs de la vie en collectivité. L’autre ligne de partage concerne essentiellement la stratégie à adopter face à l’action policière. Forcément offensive pour les uns, naturellement pacifiste pour les autres. Mais cette fois les opportunités de ressasser le vieux “vrai/faux” débat ne se présenteront pas. Le quadrillage policier confinera durant la semaine les participants aux limites du camp. Toute sortie en groupe se révélera impossible, toute tentative d’action collective se verra immédiatement réprimée.

 

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source : http://www.contre-faits.or/spip.php?article101#photo

 

Quand l’activisme tourne court.

Neutralisés sur place, il ne restait aux participants qu’à patienter jusqu’à la manifestation, autorisée celle-là, en fin de semaine. Une moindre consolation. Certes il y eu bien l’action réussie au CRA de Lesquin, car délocalisée à 120 kilomètres de Calais. Maintenant, on ne peut que s’interroger sur les choix retenus par les organisateurs. Que l’on néglige volontairement les débats de fond afin de rassembler largement est déjà discutable sur le principe. Que l’on dévalue la réalité du terrain sur lequel on entend porter l’action l’est tout autant, si ce n’est davantage.

Depuis plusieurs années, Calais et sa périphérie sont l’objet d’une occupation policière et parfois militaire permanente. La côte, la ville et l’arrière pays sont les lieux d’arrestations et de violences ininterrompues de jour comme de nuit. S’y concentrent en regard de l’activité Trans-Manche par mer et par tunnel un arsenal sécuritaire proprement délirant évoqué déjà à plusieurs reprises. Renforcer le dispositif en place en temps ordinaires afin d’enserrer quelques centaines de manifestants ne fut donc qu’une formalité pour l’État. Or, si l’on admet, à quelques exceptions près, le manque d’ancrage des militants dans cette histoire migratoire “particulière” à Calais autant que dans la réalité sociale et politique locale, si l’on reconnaît le caractère éphémère de l’initiative, on saisit comment la presse locale a réussi aussi aisément à construire et alimenter la peur bien avant l’arrivée des premiers campeurs.

Une presse locale…

La presse nationale a tu l’événement. A peine quelques lignes dans un ou deux titres du matin. Il en fut autrement avec les presses régionale et locale qui savonnèrent grassement la planche préparée par la sous-préfecture et la mairie UMP. C’est sans doute sous cet angle que l’on peut le mieux saisir la distance qui a séparé la détermination affichée par “Les No Border” comme les baptisèrent les journalistes et la réalité calaisienne. Rien n’étonne moins que la prose de “La Voix du Nord” ou de “Nord Littoral”, quand bien même l’accès du camp leur fut interdit, ce qui est heureux. Ce qui surprend, c’est la position des militants en regard de la campagne de criminalisation qu’ils ont subie. Leur obstination à démentir les accusations portées par ces journalistes les a cantonné dans une posture défensive et sans doute paralysante. Certainement parce que l’influence de cette presse dans une ville moyenne comme Calais n’a pas été estimée à sa vrai mesure. En raison peut être de la place qu’occupent aujourd’hui les outils de communications virtuelle au sein des sphères militantes et de la manière dont ils déforment notre approche du monde réel.

.à la toxicité sous estimée.

En règle générale, les éditions locales et régionales se portent mieux que les quotidiens nationaux. La proximité des nouvelles qu’elles colportent leur ouvrent encore aujourd’hui la porte de nombre de foyers. A l’heure du “haut débit”, leur ton immuable et soporatif façonne toujours l’opinion. C’est bien entendu dans leurs colonnes que furent annoncées à la population calaisienne l’annulation des fêtes publiques et des kermesses scolaires, la fermeture des magasins et des centres commerciaux, le bouclage de plusieurs axes de circulation et le quadrillage policier. En réponse à l’orchestration de la psychose, les militants révulsés tentèrent de donner des gages de bonnes intentions. Se privant par la même occasion d’une critique en lien avec le terrain social local. La “Voix du Nord” pour ne citer qu’elle n’est pourtant pas à son coup d’essai en la matière. Il eut été piquant, par exemple, de remémorer en réponse à la calomnie la responsabilité que porte ce titre dans le fiasco judiciaire que fut “l’affaire d’Outreau”. Une sordide offensive de la presse bourgeoise menée elle aussi tambour battant…

Au final

La manifestation de la fin de semaine se déroula aux marges de la ville et réunit entre 2 et 3000 personnes. Comme il a été dit et répété, le dispositif policier était impressionnant au point d’imposer sans résistance la fouille de tout un chacun sortant du camp et désirant rejoindre le cortège.

Que retenir d’autre, si ce n’est malgré tout les contacts établis tant avec les sans papiers qu’avec les habitants du quartier populaire jouxtant le campement. Sur le principe, l’objectif de “créer l’événement” fut atteint. Sur le fond, peu ou pas de réflexion collective, une approche formelle et abstraite de la question, en dehors des rapports de classes et au profit d’un humanisme pourtant si décrié lorsqu’il est porté par les associations calaisiennes.

On peut ainsi regretter que malgré la présence de camarades anglais ne fut saisie l’occasion de comprendre le sens réel des grèves sauvages de la raffinerie de Lindsey où l’on entendit réclamer entre autre « des jobs anglais pour les ouvriers anglais ». On était pourtant là au cœur du sujet.

Depuis, le ministre Besson a commandé la destruction des squats, camps ou refuges des vietnamiens, palestiniens, afghans, irakiens, érythréens … non sans avoir au préalable “ouvert la frontière” afin de ne rafler que ceux qui restaient. Comme après chaque annonce, et avant la suivante…

 


(1) Récits et analyse du camp No border- Aux frontières du réel. http://lille.indymedia.org/article16998.html

Premier point de vue rétrospectif sur le camp No Border. in : http://lille.indymedia.org/article16889.html

 

Boulogne sur mer. Le 22/09/09.

 

Manifestation No Border du 27 juin 2009, filmée par la TV locale :  VOIR VIDEO

 

 

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