Maltraitance dans la sous-traitance

Maltraitance dans la sous-traitance

 

Depuis les années 2000, les luttes se multiplient dans le secteur de la sous-traitance. Les sociétés privées chargées de la propreté pour les passeurs d’ordres – qu’ils soient privés ou publics – ont des pratiques des plus contestables en termes de respect des conditions de travail. En 2002, la lutte des femmes de ménages travaillant pour le groupe Accor avait fait grand bruit. Un documentaire en avait même été tiré (1) et plus récemment, la lutte à la gare d’Austerlitz. Aujourd’hui ce sont les personnels d’entretien intervenant à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) qui nous intéressent. Les années passent, mais les pratiques restent les mêmes.
Onet malhonnêtes » ! (2)

Comme pour les précédents combats, le problème vient de la sous-traitance en tant que telle. En 2013, le marché du ménage dans la grande bibliothèque est ré-ouvert à la concurrence mais les budgets restent stables alors que les tarifs des entreprises de nettoyage augmentent. Même si les responsables affirment que la note technique attribuée aux concurrents lors de l‘analyse des offres pèse autant que la note financière, nous ne sommes pas dupes. En ces temps de « rigueur budgétaire », c’est le moins disant qui remporte le marché. Et c’est comme ça que l’équipe affectée à la BNF par l’entreprise Onet est passée de 63 personnes à 44; en gardant bien sûr les mêmes surfaces à entretenir. L’expérience d’une employée est édifiante à ce sujet (3): elle travaille sur 12 étages, 6 jours par semaine et ce pendant 5h00 d’affilées. S’ajoutent à cela les remplacements à l’interne. Tout ça pour un salaire de 850€ par mois! On ne s’étonnera pas dans ces conditions de l’augmentation de la fatigue à la fois physique et nerveuse et de la multiplication des accidents du travail ;

Les travailleurs ont alerté leur société depuis bien longtemps, ainsi que la direction de la BNF. Les premiers ne réagissent pas, évidemment. Les seconds ne s’en mêlent pas car ils ne sont pas les employeurs directs. Cette allégation est exacte sur le papier mais ils sont bien responsables de cette situation de par le fait qu’ils ont fait le choix il y a des années de l’externalisation. Les grévistes ne s’y trompent d’ailleurs pas. Au-delà des revendications de base: passage de certaines personnes en CDI, 13ème mois, augmentation des heures supplémentaires pour pouvoir faire leur travail; ils demandent surtout la ré-internalisation du ménage à la BNF. Ils sont en cela soutenu par le syndicat SUD Culture BNF qui, à l’inverse d’autres, ne fait pas de différences entre les salariés travaillant à la BNF – qu’ils soient employés directement par celle-ci ou non, ils ont les mêmes droits.

La grève commencée le 9 avril s’est arrêtée le 21 sur décision des personnels. 42 des 44 employés d’Onet étaient en grève. Afin de cacher au mieux ce mouvement, la direction de l’entreprise a envoyé des cadres nettoyer les halls et les toilettes (!), quant à la BNF elle a demandé à son personnel de recharger en rouleau de PQ les WC (!) (4). L’indifférence par rapport à ce mouvement était d’ailleurs assez générale parmi les publics fréquentant l’établissement. Alors qu’ils croisaient chaque jour les grévistes les étudiants travaillant dans les locaux de la BNF n’avaient cure de la lutte qui se menait à quelques mètres de leur table de travail et de leurs manuels.
Néanmoins cette lutte ne fut pas totalement vaine. Les employés ont réussi à arracher quelques avancées : paiement de 3 jours de grèves (!), embauche de 3 salariés en CDI, attribution de 100h supplémentaires et engagement de la BNF de mettre en place une charte sociale avec son « partenaire » pour maintenir les droits des salariés.
Cette lutte est bien une dénonciation de plus de la sous-traitance qui permet à nombre de donneurs d’ordres de se dédouaner des conditions de travail imposées aux salariés sous prétexte qu’ils ne sont pas les employeurs directs. La ré-internalisation de ces services ne résoudra certes pas tous les problèmes mais permettra peut-être à ces travailleurs exploités de mieux faire entendre leurs revendications.

(1) Remue ménage dans la sous-traitance un film d’Ivora Cusack
(2) Un des slogans des personnels en grève sur le site Tolbiac
(3) Témoignage d’une employée à lire sur le site de Streetpress ici: http://www.streetpress.com/sujet/1429270313-greve-bnf-agents-entretiens-onet
(4) écoutez à ce propos l’émission de sons en lutte ici : http://www.sonsenluttes.net/spip.php?article816

 

 

This entry was posted in Luttes dans les boîtes. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire