Le SCOT ou comment nous endormir

Le SCOT ou comment nous endormir

 

La mondialisation impose à ses exécutants politiques une concentration des pouvoirs de plus en plus importante au niveau des territoires. Ainsi la France oblige les communes à se regrouper en communauté d’agglomération ou de communes. Le Boulonnais n’est pas un mauvais élève dans ce regroupement à tout crin. Chacun connaît la Communauté d’Agglomération du Boulonnais (CAB) et ses 22 communes. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin alors que nous sommes à l’heure des eurorégions. Les décideurs politiques, guidés en cela par leurs partenaires privés privilégiés, ont ainsi imaginé le futur du boulonnais : le SCOT ou Schéma de Cohérence Territoriale[1]. Celui-ci regroupe la CAB et la Communauté de Communes de Desvres – Samer (CCDS). Le SCOT est élaboré par les deux intercommunalités. L’animation technique est assurée par Boulogne Développement Côte d’Opale[2].

 

Partant d’un constat, on nous imagine un futur

Pour ce qui est de l’état des lieux du Boulonnais au niveau économique, démographique, etc. difficile de faire preuve d’imagination. Il est en effet impossible d’ignorer des faits avérés : la population sur le territoire ne cesse de baisser, le chômage augmente, les boîtes ferment les unes après les autres, etc. Partant de ce constat, les initiateurs du SCOT ont choisi pour toute la population un futur qui semble, à les écouter, fleurer bon les temps meilleurs le tout agrémenté d’une bonne dose de développement durable ! Mais qu’en est-il au juste de ce scénario qu’on nous a concocté et duquel nous serons les acteurs forcés ? Afin d’éviter à chacun une lecture longue et soporifique voici ce que nous avons retenu du script.

Différents sujets sont abordés et déclinés en trois objectifs dans le Projet d’Aménagement et de Développement Durable du SCOT, document qui donne la vision des politiques pour les 10 prochaines années. Ces trois pans concernent l’économie, la démographie et le positionnement du territoire à l’échelle régionale et internationale.

 

1 – Une économie durable et solidaire

 

Ça paraît tout beau dit comme ça. Une économie qui serait à la fois durable et solidaire. On peut toujours rêver, même s’il y a effectivement quelques velléités « durabilistes » concernant le secteur primaire. Son emprise foncière reste très importante dans le boulonnais même si le nombre d’actifs est de plus en plus bas (1 % des actifs dans l’arrondissement de Boulogne). Le SCOT préconise en effet de favoriser une agriculture raisonnée voire biologique sur son territoire. Au delà de cela il souhaite mettre en place un maximum de circuits courts pour la consommation : on produit ici on consomme ici. Cette volonté concerne tous les pans de l’agriculture : production de matières premières pouvant servir d’énergies renouvelables, produits maraîchers vendus dans les commerces des intercommunalités, etc.

Effectivement le fait de consommer sur place ce qui est produit dénote un aspect durable de la gestion des ressources ; mais rien de solidaire dans tout cela. De plus, les tendances de ces dernières années conduisent de plus en plus les décideurs à se positionner pour des circuits courts. Quant aux principaux concernés, les paysans, cela fait bien longtemps que certains d’entre eux ont fait le choix de vendre directement aux consommateurs sans passer par les centrales d’achat.

 

Pour le durable et le solidaire les préconisations s’arrêtent là. Pour ce qui est des secteurs secondaires et tertiaires, on est dans le nettement moins durable et le vraiment moins solidaire.

Le syndicat mixte à l’origine du SCOT ne peut nier le fait que de nombreuses boîtes ferment et ce notamment dans la filière halieutique. La faute à une économie qui depuis toujours s’est spécialisée à outrance. Que faire face à cela ? Changer d’orientation ? Continuer dans la même veine ? Un peu des deux ? C’est la troisième solution qui a été retenue. En effet, les décideurs n’ont pu faire abstraction de la présence de la mer pour imaginer le futur des travailleurs. Ils veulent donc continuer dans la filière halieutique mais en accompagnant sa mutation. Qu’entendent-ils par là ? Le développement des activités d’élevages et notamment hors sol est un axe qui sera privilégié[3]. En outre, des équipements visant l’amélioration de l’innovation dans la filière aquacole (avec Aquimer notamment seront mis en place (notamment dans le domaine de la valorisation nutritionnelle des produits marins et aquatiques). Pour cela il faut de la place. Qu’à cela ne tienne, des boîtes ferment, flambent, ça fait du terrain. D’autant que les décideurs n’ont toujours pas abandonné leur volonté de voir Boulogne se transformer en base logistique pour l’Europe, relançons donc le hub-port fret[4]. On reprend les vieilles mauvaises idées et on les rhabille pour les ressortir.

 

La mer, ce n’est pas que des poissons. La mer amène des touristes. Heureusement pour les Boulonnais. En effet, le chômage n’ayant cessé d’augmenter ces dernières années il va bien falloir retrouver du travail pour tous les licenciés. C’est donc dans le tourisme qu’ils travailleront demain. Mais pas n’importe quel tourisme : le haut de gamme. La volonté est ici d’attirer une autre clientèle qui dépensera encore plus pour ses activités : thalassothérapie, résidences secondaires, hôtels, marina, etc. Tous ces axes seront orientés vers les seniors nantis. L’or gris sera désormais le futur du tourisme boulonnais. Ceci n’est pas sans conséquence sur la main d’œuvre locale : obligation de se recycler dans des emplois de domesticité au service des nouveaux clients riches des hôtels ou résidences. Mais rien de grave là dedans comme le dit le SCOT en parlant du niveau de qualification requis pour ces emplois : « cette économie est bien adaptée à la population boulonnaise peu qualifiée »[5]. Chômeurs chômeuses ne vous inquiétez pas, grâce au tourisme vous aurez un emploi sous-payé et à temps partiel.

 

 

Mais les touristes n’amèneront pas une manne financière pérenne et constante pour le territoire. Un deuxième objectif et donc d’avoir une population qui dépense plus sur le territoire.

 

 

2 – Équilibre interne du territoire et territoire solidaire

 

On pourrait se dire que la façon la plus simple d’avoir une population qui dépense plus sur le territoire afin de maintenir une économie résidentielle élevée est de faire en sorte que celle qui y réside gagne sa vie décemment. Il serait donc plus simple d’augmenter les salaires des résidents sur le territoire ou déjà faire en sorte que chacun gagne décemment sa vie qu’il travaille ou non. La simplicité n’est pas ici la solution retenue. Suivant l’exemple de sa grande sœur lilloise, avec 20 ans de retard, le Boulonnais souhaite attirer des nouvelles populations avec un revenu supérieur à celui de la moyenne de la population locale. Leur point de vue est le suivant : les Lillois ne peuvent plus se loger à moindre frais dans la métropole attirons les sur la côte. Ce sont bien les turbo-cadres que les politiques cherchent ici à attirer en leur vantant la qualité de la vie en bord de mer, une ville à seulement une heure de TGV de leur lieu de travail. Les communes de la petite couronne de Boulogne risquent de se transformer en cités dortoirs pour cadres pressés.

 

Attirer ces populations implique néanmoins de renouveler l’habitat ou d’en créer un nouveau. C’est par exemple le cas de l’éco-quartier à proximité de la gare. Conçu pour des cadres, à côté de la gare pour qu’ils puissent aller travailler à Lille (cela rappelle le quartier EuraLille). Concernant les rénovations urbaines, le processus a déjà commencé à Transition ou Damrémont. On déplace des populations résidant depuis de nombreuses années dans des quartiers où une vie communautaire existe. On éclate la population dans d’autres quartiers, on casse les solidarités. Boulogne ne sera pas la seule ville impactée, même si c’est là que ce sera le plus visible. D’autres zones d’aménagement concertées (ZAC) sont dans les cartons depuis quelques années pour certaines : Wimille et la ZAC d’Auvringhen, Outreau et la ZAC Massenet Ravel, etc. Les espaces sont déjà fortement densifiés et on va rajouter du logement dans les villes. Pour les communes encore rurales, ce sont bien entendu les terres agricoles qui diminueront. Ça c’est durable et solidaire.

 

Un dernier axe développé dans le SCOT et ayant un fort côté développement durable : les transports. Les politiques veulent plus de liaisons douces entre les logements et les lieux de travail. Ils veulent développer l’utilisation des transports en commun, du vélo, etc. Bonne idée, si seulement il y avait plus de bus (et donc plus de chauffeurs) et si le ticket de transport était gratuit. Les pistes cyclables, quand elles existent, sont le plus souvent empruntées par des sportifs. On se demande pourquoi, les côtes seraient-elles trop difficiles à monter pour un ouvrier après une journée de travail ? Mais surtout il faut utiliser le train. On ne sait pas comment ils forceront la SNCF, et ses futurs concurrent,s à faire passer plus de trains entre des petites villes alors que la tendance est à la suppression de ces lignes dites non-rentables.

 

 

Le maintien et le développement du ferroviaire n’a pas que des visées durabilistes. En effet, derrière ceci se cache la volonté de rester relier aux grands réseaux européens.

 

 

3 – Affirmer le rayonnement du territoire

 

En effet, rester connecté aux grands pôles régionaux est une première étape dans la reconnaissance en tant que métropole au niveau du territoire. Boulogne souhaite surtout s’inscrire dans la future grande ligne ferroviaire européenne Londres – Calais – Paris – Lyon – Marseille / Perpignan qui se trouve dans deux axes européens entre le nord et le sud. Boulogne veut intégrer le réseau des pôles logistiques tels que Dunkerque, Dourges, etc. Cette situation de nœud ferroviaire, bien qu’encore lointaine, reste pour les décideurs la première pierre à l’amélioration de l’image de marque du Boulonnais dans la région. Le hub-port servira lui à améliorer le rayonnement de la ville à l’international en faisant de Boulogne une plate-forme logistique de grande ampleur, c’est ce qu’ils disent.

 

Cette amélioration de l’image de marque passera aussi par :

– la venue d’une population plus qualifiée (les turbo-cadres lillois entre autres),

– des activités plus valorisantes (tourisme haut de gamme, recherche dans le domaine halieutique),

– la reconnaissance du territoire dans l’eurorégion formée avec le Kent,

– le renforcement de la recherche et de l’innovation (favorisé par l’installation de cadres venus d’ailleurs et la création de filières d’études fortement diplômantes),

– la généralisation sur l’ensemble du territoire de l’accès au haut-débit et la multiplication des services en ligne (encore faudrait-il que tout le monde ait un ordinateur et un accès à internet).

 

L’image de marque de la ville est à ce point importante que, comme toute bonne société privée, la mairie de Boulogne a décidé de créer sa propre marque : « b comme Boulogne-sur-Mer ». Le lancement a eu lieu sous les ors de la mairie le 1er avril 2014. Tout le gratin était présent.

C’est ici bien sûr le tourisme qui est visé en premier par la création de cette marque et de ce logo. Il peut être utilisé par des partenaires de la commune (commerçants ou autres) en faisant une demande à l’office de tourisme. Quand les communes se prennent pour des entreprises cela n’annonce pas que des lendemains qui chantent.

 

 

Ainsi le SCOT planifie l’avenir de milliers de personnes, travailleurs, chômeurs, sans leur demander leur avis bien sûr. Car même si le syndicat mixte se targue de laisser la parole aux premiers intéressés, bien peu d’habitants ont eu l’occasion d’être réellement informés des tenants et aboutissants de ce projet. Ce nouvel aménagement de nos vies par la modification, entre autres, des espaces urbains fait partie d’une longue série de projets qui essaiment à travers le pays et en Europe. L’uniformisation de nos villes est en route. Moins de solidarité entre les voisins, de plus en plus de mesures pseudo sécuritaires, l’économie qui régente de plus en plus nos modes de vie, nos habitats.

 


Notes : 

[1]     L’intégralité du SCOT est consultable ici : http://www.scot-boulonnais.fr/index.php

[2]     Pour plus d’informations : http://www.boulogne-developpement.com/

[3]     Pour plus d’informations voir La Mouette Enragée n°30,

[4]     La Mouette enragée. Fortunes de mer.

[5]     In Projet d’Aménagement et de Développement Durable. p. 34

 

 

Publié dans Production capitaliste de lʼespace | Commentaires fermés sur Le SCOT ou comment nous endormir

La gauche serait malade, nous dit-on !? Mais … qu’elle crève !

La gauche serait malade, nous dit-on !?

Mais … qu’elle crève !

 

Deux années déjà que les Cavaignac de Matignon, s’acharnent à maintenir sous l’eau la tête de millions de prolétaires qui n’en peuvent mais… Deux années de trop, durant lesquelles, des beaux quartiers de Paris aux places de la Bretagne, les petits bourgeois réactionnaires ont pourvu l’espace d’une contestation toute médiatique et exclusive : un jour, les déambulations du patronat affublé de bonnets rouges (1), un autre, les jupes plissées d’un mariage hétéro fort heureusement déliquescent ; idiots (in) utiles et inconscients d’un gouvernement pourtant dévoué corps et âme aux desiderata du Medef. Les ingrats…

Mais depuis deux ans, loin de l’objectif des caméras, un sentiment de colère diffus remonte depuis les profondeurs. Non pas le remugle des névroses lepénistes exhibées à longueurs d’élections, mais, des frémissements épars que des observateurs impliqués savent décrypter. Un premier élément à prendre en compte serait sûrement la durée plus longue des luttes qui s’enchaînent depuis peu. Le rapport de force tendrait désormais à s’inscrire dans le temps.

Non pas sous l’effet d’un pourrissement que le patronat parviendrai à imposer systématiquement avant reddition, mais plutôt au travers de la conscience acquise par les travailleurs qu’ils n’ont désormais plus rien à perdre et donc, qu’ils ne céderont sur rien. Les ouvriers de PSA-Aulnay avaient bloqué la production de l’usine durant plusieurs mois de grève, ceux de Good-Year à Amiens ou de Fralib à Marseille ont maintenu le rapport de force plusieurs années durant.

Le mouvement qui secoue actuellement la Poste s’inscrit lui aussi dans cette tendance et témoigne d’une détermination tenace. Dans le département des Hauts-de- Seine, une grève offensive engagée par des postiers pour la plupart en contrat précaire a duré 173 jours (2). La direction qui avait juré de faire plier les grévistes, a recouru systématiquement à la répression et en a appelé à la collaboration des services de police afin d’y parvenir. A l’interne, quatorze mesures disciplinaires ont été engagées contre des grévistes et des syndicalistes solidaires. Malgré cela, ce sont les travailleurs qui ont obtenu gain de cause et prouvé, s’il le fallait encore, que ce n’est que par la lutte que l’on peut gagner : titularisation de 3 des 4 précaires de Rueil (la quatrième personne a trouvé un travail ailleurs et ne souhaitait plus travailler à La Poste), la réduction du nombre de suppressions d’emplois, le report de 8 à 12 mois des restructurations prévues etune amélioration des conditions de travail et de rémunération des facteurs remplaçants. Depuis le mouvement a fait tache d’huile et s’est répandu dans l’Essonne et au delà : à Saint-Nazaire, à Peyrehorade (40), à Tourcoing, à Brest, à Remiremont (Vosges), dans au moins trois communes (Ducos, Rivière-Salée et Saint-Esprit) de la Martinique, dans tout le département du Cher…

Les hôpitaux connaissent aussi des mobilisations. En réponse, les directions d’établissements recourent également à l’autoritarisme et en appellent à la violence policière. En mai, à Nanterre, s’est tenue à l’initiative des travailleurs en lutte la deuxième « Assemblée générale des hôpitaux confrontés aux restructurations et à l’austérité ». La fédération CGT a incité ses syndicats à ne pas s’y rendre et c’est là, sans doute, le deuxième enseignement notable de la période. Comme l’a montré la dernière lutte en date des cheminots, une certaine base n’entend plus se laisser dicter le calendrier, les modalités d’action et encore moins les finalités de la lutte par des appareils disqualifiés après des années de collaboration de classe.

Le scénario d’une grève « pour la forme » préalablement écrit par la direction de la SNCF et le PS d’un côté, le PCF et la CGT ne s’est pas déroulé comme prévu. Des cheminots, dont pour un certain nombre d’entre eux ce fut le premier mouvement reconductible, ont mené la grève plus de quatorze jours d’affilés déjouant les pièges qu’on leur tendait de part et d’autre. Ils ont lancé à la face des petits journalistes, d’une « opinion publique » fantasmée et du clan politicien, la seule position juste en la circonstance, leur détermination (3). Et contrairement à ce qui fut asséné, hormis chez les beaufs, cette grève ne fut pas impopulaire. Certes, le PS et l’Etat sont parvenus à leurs fins. Évidemment, le mouvement est resté sous le contrôle serré des enseignes syndicales soulagées d’y mettre un terme. On pourrait continuer d’énumérer les limites qui ne furent pas dépassées durant cette grève, pour autant, c’est la base qui a donné rythme et les bureaucrates qui ont couru derrière.

Autre exemple d’un jusqu’au-boutisme inévitable car vital : les salarié-es de la SNCM. En grève depuis le 28 juin, occupant un navire de la Méridionale, compagnie qui partage avec la SNCM la délégation de service public sur les lignes entre Marseille et la Corse.

La grève est reconduite à l’unanimité. Dans cette affaire, il n’est rien moins question pour les marins de la SNCM de voir leur compagnie péricliter et leur job disparaître. Une fois de plus le gouvernement, Frédéric Cuvilier en tête, les culpabilise au motif sacro-saint du manque à gagner touristique et de la mise en péril de la compagnie ! Le même, visionnaire, prône le redressement judiciaire. « Le redressement judiciaire, c’est un moyen de démanteler la SNCM, avec plus d’un millier de licenciements. Ce n’est pas acceptable pour nous » dénonce le représentant CGT des marins, Frédéric Alpozzo, au douzième jour de grève de la compagnie. (4)

En résumé nous sommes en présence de travailleurs qui cherchent à sauver leur peau contre l’Europe – Bruxelles exige le remboursement de deux fois 220 millions d’euros d’aides publiques jugées illicites -, l’État, leur autre patron (5), les professionnels du tourisme. Pour le coup, leur appartenance syndicale devrait servir de repoussoir auprès de l’ « opinion publique ». Il faut dire qu’il est un peu difficile pour les appareils de ne pas suivre la base à la veille de la fameuse « conférence sociale ».

Premiers et derniers parias empêcheurs de tourner en rond : les intermittents du spectacle. Inutile de refaire le panégyrique de leurs revendications ni du nombre de fois qu’ils ont roulé dans la farine, victimes sempiternelles des farces à la Comedia del Arte que leur jouent leurs employeurs, publics et privés. Ces mêmes personnels si utiles dans les coulisses des festivals et indispensables à la propagation des ondes.

Leur mouvement est à l’image de ceux des éboueurs : c’est quand ils s’arrêtent qu’on les voit.

En plein été, il faut que l’industrie du tourisme tourne, que la Culture innonde ceux et celles qui peuvent encore partir, celles et ceux qui restent là.

Le fil conducteur de toutes ces grognes, c’est qu’il n’est pas possible de ne pas les médiatiser puisqu’en prise directe avec « le public ». Il en est pourtant partout, ici et ailleurs – au Brésil par exemple – qu’on ne pourra indéfiniment étouffer. Après le stalinien de choc Maurice Thorez, en passant par l’ultradroitier Sarkozy, c’est au Président au socialisme « différent » de jeter l’opprobre sur les mouvements sociaux. (6)

La conférence sociale, bardée de pactes, terme en l’occurrence inadapté ou indécent s’il en est – sous Sarkozy on disait bien « Grenelle ». Il y a quelques 80 ans, les prolétaires dans la rue ont arraché des salaires, des congés payés, des avantages sociaux. Aujourd’hui le MEDEF va pouvoir se faire du beurre, l’État apporter l’argent du beurre et les « centrales » les moins effarouchées, joueront les crémières…

Qu’importe, bien des foyers de lutte, émancipés du monologue social, sont décidés : ils ne lâcheront rien. Et reprendront tout ce qui leur a été volé.

Notes :

1 – Le mouvement dit des “Bonnets rouges” nous est apparu comme la manifestation inter-classiste des contradictions qui traversent le secteur des transports et de l’agro-business breton en crise. Ni totalement poujadiste, ni singulièrement prolétarien, une composante ouvrière y a défendu pendant quelques semaines ses intérêts propres – et non ceux des patrons comme nous l’avons trop souvent lu ou entendu de part et d’autre. Si certains de nos camarades de la mouvance Libertaire ou Ultra-Gauche ont dressé un procès sans appel de cette mobilisation, ce ne fut pas notre cas. Bien qu’extrêmement septiques et critiques à son endroit, nous ne pensons pas qu’un mouvement de lutte quel qu’il soit, puisse se prévaloir d’être chimiquement pure dans sa composition. Ce n’était bien évidemment pas le cas de cet épisode dit des « Bonnets rouges ». Il s’agit d’être clair sur la question. Le prolétariat lui même est traversé en son sein d’antagonismes qui mettent aux prises les différentes strates qui le composent. Hé oui, il y a de la lutte de classe au sein même de la classe ! Notre position fut donc, comme nous l’avons rappelé lors de l’émission de radio de nos camarades du groupe Vosstanie de soutenir, non pas le patronat, même “petit”, mais les initiatives en direction du pôle ouvrier qui s’était constitué au sein des mobilisations de cet hiver. Les contradictions dans ce genre de situation sont criantes, tant mieux d’ailleurs, et c’est seulement en plongeant les mains dans le cambouis que l’on aidera à les aiguiser au point de les rendre intenables.
2 – http://grevedespostiersdu92.tumblr.com : Et pour aider financièrement les grévistes et leurs familles : chèques à envoyer à : « SUD Poste 92, 51 rue Jean Bonal, 92250 La Garenne-Colombes », ordre : SUD Poste 92, mention « solidarité grévistes » au dos. A noter également le site « Convergence Poste » : http:// convergenceposte.wordpress.com/ Créé par les postiers en lutte, il poursuit l’objectif de recenser l’ensemble des conflits postaux et aider à leur convergence.

3 – Localement l’hebdomadaire « La Semaine dans le boulonnais » a montré toute l’obéissance que l’on était en droit d’attendre de lui en la circonstance. Ce journal à la titraille racoleuse et au contenu très ordinaire en appelait dans son édito du 18 juin intitulé « Il est partout » à soutenir F.Cuvilliers contre les cheminots grévistes, concluant que : « Pour tout le monde, la grève doit cesser. Et vite ». Dans son ouvrage « Les paysans dans la lutte des classes ». B.Lambert rappelait la fonction de la presse de province : « Leur travail consiste à rapporter des nouvelles « faciles » qui ne menacent aucun tabou, aucune idée reçue, aucune autorité en place (…) Ces rédactions doivent nécessairement entretenir les meilleurs relations avec les autorités locales, ne serait-ce que pour ne pas tarir leurs ressources ultérieures d’information (…) Dans les faits, la presse régionale est au service de la bourgeoisie ». On ne peut être plus clair…

4 – Les mêmes s’étaient déjà battus en mai 2012 (et encore antérieurement). Dans le dernier conflit, les grévistes en sont arrivés à refuser de discuter avec le ministre des transport, maire d’un port fuit par toutes les compagnies de ferries qui s’y sont amarrées. Frédéric Cuvillier avait pourtant acquiescé la commande de quatre navires avant de tout bloquer en février. « Si nous n’avions pas porté l’exigence de clarification et de vérité, on nous aurait caché la vérité jusqu’en octobre. C’est un procédé honteux, scandaleux », a ajouté Maurice Perrin, délégué CFE-CGC et représentant des actionnaires salariés au conseil de surveillance.

5 – L’Etat est actionnaire à 25 % de la SNCM aux côtés de Transdev qui détient 66 % et des salariés on ensemble 9 %.

6 – Citations respectives de ces grands hommes : « Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue » : M. Thorez qui réduisait ainsila perspectiverévolutionnaireà une simple grève économique. « Désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit » : N. Sarkozy en 2008 qui tout au long de son règne, pourtant, insultera les grévistes qui bloquent le pays, sabotent l’économie, font fuir les investisseurs (et les touristes), prennent « les Français » (?) en otages… En 2014 :« Il y a un moment où il faut savoir arrêter un mouvement » dixit F. Hollande relayé par M. Valls (à moins que ce ne soit l’inverse) : « Il faut maintenant que la grève s’arrête ». La social-démocratie admet enfin que l’arbitraire du pouvoir se conjugue parfaitement aux intérêts capitalistes et implicitement que si lutte de classe il faut cesser, c’est que lutte de classe il y a.

Publié dans Edito | Commentaires fermés sur La gauche serait malade, nous dit-on !? Mais … qu’elle crève !

Affichage sauvage dans le centre-ville de Boulogne-sur-mer. Quand les négociants négocient…

Affichage sauvage dans le centre-ville de Boulogne-sur-mer. Quand les négociants négocient…

 

affiche-2.

La Mouette enragée a été contactée par l’Union commerciale inquiète de voir ses affiches maculer les devantures livides de boutiques sinistrées, celle de l’ex-enseigne chaPitre en particulier. Une réponse de notre part leur a été adressée.

 

Nous produisons ci-dessous in extenso ce courriel et à sa suite la réflexion que ce message nous a inspiré.

 

Union commerciale de Boulogne-sur-mer.

 

«  Bonjour

Vous êtes certainement une force de communication intéressante et nous vous en félicitons. Néanmoins, nos commerce boulonnais, que vous défendrez certainement ont besoin d’appuis et de soutient. Nous vous remercions de transmettre à vos fidèles adhérents que l’affichage peut être   évité sur des supports de notoriété commerciale du centre ville de Boulogne. Vos affiches sur les panneaux de devanture de l’ancien magasin Chapitre, rue Thiers en est un exemple malheureux. Ces panneaux ne sont en aucun cas de la publicité, mais un support vantant le commerce de proximité de Boulogne. Merci d’en aviser vos colleurs d’affiche, car cela détruit, en plus du support présent, à la fois une image de volonté commerciale locale.

Nous pensons que vous avez des idées et objectifs plus sérieux et respectueux.

Bien à vous.

Boulogne et ses commerçants  »

 

 

Au-delà du comique de situation, se font jour quelques questions autrement politiques : d’abord celle de l’appropriation de l’espace urbain et de son ordonnancement a des fins exclusivement marchandes, ensuite, celle de la libre circulation de positions critiques à l’encontre des décisions unilatérales des classes dominantes publiques ou privées, adroitement élues ou stratégiquement lucratives (ou l’inverse, on ne sait plus).

 

République et petite bourgeoisie

 

En France et depuis la IIIeme république, les commerçants, gros ou petits, indépendants ou franchisés sont une cible de choix de la « classe politique » ; aujourd’hui, bien évidemment, pour des raisons et dans des conditions économiques et politiques bien différentes de celles de 1870 (1). Hier la petite bourgeoisie -commerçants, artisans, agriculteurs, professions libérales, travailleurs indépendants- formait l’essentiel du corps politique de cette république. Clientéliste et protectrice jusqu’à l’immobilisme, la Troisième retarda autant qu’elle le put la disparition d’activités qu’un capitalisme en expansion rendait de fait inéluctable. Il suffira pour le plaisir de relire le roman de Zola publié en 1883, Au bonheur des dames, pour s’en faire une idée. Après la deuxième guerre mondiale, le rôle prégnant de l’Etat dans la modernisation de l’économie entraîna un changement dans la composition sociale du personnel politique. En tête d’affiche, le technocrate remplaçait désormais le négociant ou le médecin. Economiquement, ce rattrapage impliquait le passage de la plupart des secteurs d’activités traditionnelles sous la coupe du capital et pour les plus archaïques d’entre eux il signait leur disparition pure et simple. Cette transformation en profondeur ne fut rendue possible qu’avec le concours des corps intermédiaires et notamment de certaines enseignes syndicales telle la Fnsea dans le secteur agricole. Sous l’impulsion et le contrôle de l’Etat, le déclassement et l’élimination des couches subalternes de cette petite bourgeoisie conféra en retour à ses strates supérieures une position hégémonique et par conséquent un statut d’interlocuteur privilégié auprès du pouvoir.

 

C’est ainsi que dans le secteur du commerce, le nombre d’indépendants, autrement dit de « petits commerçants » est passé de 1 253 000 en 1954 à moins de 500 000 aujourd’hui ne comptant plus que pour 25 % de l’emploi dans le commerce de détail alors qu’il en représentait 60 % au milieu des années 60.

 

Tout au long du XXeme siècle, la marginalisation croissante de ces couches sociales s’accompagna de la crispation de leur expression politique qui schématiquement glissa du radicalisme vers le gaullisme voire l’extrême-droite. A l’époque où les médias s’intéressaient encore à lui, le dirigeant du Cidunati conspuait autant le “capitalisme” que représentait à ses yeux la concurrence de la grande distribution que le “socialisme” incarné par l’Etat Pompidolien d’alors (2). Blousés par ceux là mêmes qui disaient défendre leurs intérêts, leur inscription dans le cours de la lutte des classes se fit le plus souvent de manière sporadique, déchaînée et sans lendemain(3). Sous certains de ses aspects, l’épisode des « Bonnets Rouges » de l’hiver 2013 en fut une résurgence.

 

Petits” ou “gros” mais toujours contre les prolétaires !

petits-coms.jpg

 

Les derniers soubresauts de cette bataille à l’interne entre les “petits” et les “gros” ne saurait nous faire oublier la lutte acharnée que mènent depuis toujours les uns et les autres contre les ouvriers et les ouvrières qui les font vivre(4). En de nombreux points du globe, nombres d’enseignes du prêt-à-porter ou de la grande distribution contribuent à l’exploitation de quasi-esclaves qui meurent par milliers, à la destruction systématique de sites naturels comme de cultures vivrières et participent de fait à la course au profit immédiat des groupes capitalistes auxquels elles sont inféodées. Les employé-e-s de ces commerces ne portent aucune responsabilité dans ces affaires, ils en sont eux aussi et dans des conditions parfois très semblables les instruments ; le salariat du vieux continent demeure une variable au maintien du taux de profit et ne cherche qu’à « gagner sa vie ». Emmanuel Macron, ministre de l’économie de l’actuel gouvernement socialiste vient d’ailleurs de répondre favorablement aux pressions du patronat en annonçant la généralisation du travail le dimanche dans les magasins non alimentaires. Enfin, que le business soit délocalisable ou “dématérialisable” et c’est pour la travailleuse ou le travailleur la porte et le chômage. C’est précisément ce qui s’est produit chez l’enseigne chaPitre(5)dont les actionnaires ont choisi de supprimer l’existence physique des points de vente.

 

« L’affichage d’opinion »

 

Voyons maintenant l’aspect esthétique du malentendu : nos affiches seraient apposées sur des supports non appropriés ? Fumeux ! Quel espace d’expression collectif reste-t-il dans les centres urbains, dès lors que l’affichage sauvage (comprendre libre) est répréhensible, que les vitrines des magasins hantés restent des éléments intégraux de la vivacité du centre ville, que les panneaux dit « d’expression libre » (6)cèdent la place aux caméras de surveillance et à la démesure propagandiste des écrans publicitaires accrochés ça et là sur les boulevards ? Rien ! Inutile de se demander pourquoi. La réponse serait quelque-part dans la question. L’expression de positions politiques qui échappent, entre en dysharmonie avec le ronronnement de l’entre-soi des partis ou des “partenaires sociaux”, avec l’image positive d’une ville où l’élite et le partenariat public/privé s’occupent de tout et contrôlent chacun-e… Dès lors, en dehors ou durant les périodes de campagnes électorales, tout ce qui ne s’insère pas dans les éléments de langage de la doxa politicienne doit être le moins visible possible et nettoyé à la première heure …

D’où l’absence organisée de toute possibilité d’expression fondamentalement antagoniste à l’imposture de la démocratie clientéliste, de la parole politique confisquée. Et l’affichage de La Mouette d’être tant importun, qu’inopportun …

Un peu comme la seule vision de ces gens assis dans les rues du centre-ville insupporte à ce point qu’elle nuirait au commerce et à l’économie, à l’esthétisme et à la tranquillité …

 

Que l’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas de quémander, à qui d’ailleurs ? des espaces d’expression policés mais simplement de se ré-approprier les moyens de diffuser une parole libre qui travaille patiemment à la constitution d’un pôle de classe en rupture avec le capitalisme et l’ensemble de ses représentations, ici et maintenant.

 

————————————————————-

Notes : 

(1) Lire sur cette thématique le texte de Jean-Pierre Duteuil : “De la petite bourgeoisie aux classes moyennes” paru dans le n° 35 du journal Offensive Sociale et Libertaire de septembre 2012. Nous pouvons vous faire parvenir une copie sur demande.

(2) A la suite de l’Udca de Poujade dans les années 50, le Cidunati : Confédération intersyndicale de défense et d’union nationale des travailleurs indépendants, rassemble vingt ans plus tard des commerçants, des artisans, des “petits patrons” …

(3) On compte de nombreuses lois édictées depuis cette période et censées protéger l’exercice du petit commerce depuis la loi d’orientation du commerce et de l’artisanat de 1973 en pleine agitation du Cidunati, à celle du 5 juillet 1996 qui vise à limiter la prolifération des grandes surfaces jusqu’à la dernière en date, la loi Pinel qui réforme les baux commerciaux.

(4) Existe-t-il des « petits coms » qui ne s’identifient pas à leur fonction dans les rapports sociaux capitalistes, qui ont une conscience de classe héritée d’ expériences antérieures ou alors liée à ce que vit le conjoint ou la famille en général, dans le salariat, bref, qui sont politiquement en rupture avec leur milieu social, celui de la petite bourgeoisie ? On en croise parfois, on en connaît quelques-uns, mais ils sont l’exception, il faut bien le reconnaître …

(5) “Chapitre ferme à Boulogne-sur-mer : émoi, émoi, émoi …” in : lamouetteenragee.over-blog.com/article-chapitre-ferme-a-boulogne-sur-mer– emoi-emoi-emoi-117221821.html

(6) Dans un document intitulé “Règlement zone de publicité restreinte de Boulogne-sur-mer” en date de 2012, nous apprenons à l’article 8 ZPR2 intitulé “affichage d’opinion” que “…plusieurs emplacements destinés à l’affichage d’opinion ainsi qu’à la publicité relative aux associations sans but lucratif sont aménagés par la ville de Boulognes-sur-mer avec un minimum de 4 m2 par zone et un minimum de 22 m2 pour l’ensemble de la commune”. Cela donne une idée assez précise de l’importance que se font les politiciens de profession de “l’affichage d’opinion. Le nombre de ces panneaux n’a d’ailleurs cessé de diminuer au fil des années ils ont même totalement disparu de certains quartiers de la ville …

Publié dans Société de classes | Commentaires fermés sur Affichage sauvage dans le centre-ville de Boulogne-sur-mer. Quand les négociants négocient…

Le numéro 32 de la Mouette enragée est en kiosques !

Le nouveau numéro de la Mouette enragée, le journal des luttes de classes dans le boulonnais est en kiosques !

 

Un numéro spécial consacré aux différents plans et projets d’aménagements urbains envisagés dans l’agglomération boulonnaise. Vous trouverez ci-dessous les différents points de vente du journal.

 

    Si vous n’habitez pas le boulonnais, vous pouvez nous contacter pour que l’on vous envoie le numéro dans les plus brefs délais.

 

    Bonne lecture et n’hésitez pas à nous faire part de vos critiques (bonnes ou mauvaises)

 

promo-mouette.jpg

En cliquant sur les images, vous pouvez télécharger le fichier .pdf

pour lecture ou diffusion

ou-trouver-la-mouette.jpg

Publié dans Dans vos agendas | Commentaires fermés sur Le numéro 32 de la Mouette enragée est en kiosques !

Radio Zapzalap – Retour sur la lutte des Redoutables

Radio Zapzalap – Retour sur la lutte des Redoutables

L’émission de radio Zapzalap consacrée aux luttes et à la critique sociale vient de consacrer une interview-reportage sur la lutte des Redoutables (pour plus d’infos, voir plus bas dans le blog).

L’occasion durant cette période estivale de revenir sur cette lutte, ses forces et ses limites. En espérant voir des luttes similaires émerger à la rentrée. Bonne écoute en cliquant ici

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur Radio Zapzalap – Retour sur la lutte des Redoutables

Une affiche à télécharger et à coller là où bon vous semble : boulot, bistrot, quartier …

Une affiche à télécharger et à coller là où bon vous semble : boulot, bistrot, quartier …

 

patrons-capitalistes.jpgPour l’affiche en pdf et l’imprimer, cliquez sur l’image ci-dessus

 

Ne parlons pas le langage de ceux qui nous exploitent et nous dominent!

 

 

La gauche est au pouvoir en France, et comme depuis plus d’un siècle en Europe, lorsqu’elle accède aux postes de commande de l’Etat, elle s’applique à protéger aux mieux les intérêts du capital contre ceux des prolétaires. Qui s’en étonne encore ? Personne, ou plus grand monde, fort heureusement. D’ailleurs, les petits maîtres à penser de ces crétins parlementaristes, ne leur conseillent-ils pas désormais d’abandonner, après les références, toute accointance avec un prolétariat devenu si “mauvais genre” ? Coupable qu’il est à leurs yeux, de ne pas goûter aux plaisirs et avantages d’une modernité pourtant si libérale (1).

 

Une chose est certaine : le prolétariat, cette “rude race païenne, sans foi, ni loi, ni idéal” comme s’est plu à la dépeindre Mario Tronti (2) est en train, de son côté, de régler en partie la question. L’abstention dans les quartiers populaires aux dernières élections municipales, pour ambivalente qu’elle soit, est un signe tangible d’une rupture entamée … Il en faudra bien d’autres et d’une autre nature, nous en convenons …

 

Pour l’heure, prolétaires avec ou sans travail, c’est encore et toujours la loi du plus fort qui nous est imposée et avec elle, son langage. Entendez, dans les réunions de service au bureau, derrière les directives du contremaître, à Pôle Emploi, dans les médias et la presse syndicale, cette même phraséologie qui ne poursuit qu’un objectif : celui de nous soumettre, de nous forcer à agir et penser contre nos propres intérêts. Celui de parler la langue des maîtres du moment, de penser avec leurs mots. Il ne s’agit en fait que de l’organisation d’un contrôle qui poursuit l’objectif de désagréger le lien social dans toutes ses composantes, d’avorter toute conflictualité, toute perspective de lutte collective …

 

Parce que le capitalisme est un rapport social total qui forge tout autant le langage que l’acier, il nous apparaît fondamental dans une période de grèves parcellaires et souvent défensives de réagir par nos propres moyens aux agressions que nous subissons, tant dans notre chair que contre notre conscience individuelle et collective. Les politiciens se définissent eux-mêmes comme « classe politique », les patrons comme « entrepreneurs » exclusifs et les syndicats comme garants de la paix et de l’équité sociale. Ceux-là même qui nous mènent la guerre de classe à outrance tout en criminalisant toute réponse prolétarienne.

 

La langue des capitalistes n’est pas la nôtre car les intérêts des capitalistes ne sont pas les nôtres. Nous ne partageons aucun intérêt commun. Nous n’aspirons qu’à nous libérer du travail qu’ils nous imposent et de la société mortifère qu’ils ont engendrée et qui conduit l’humanité à la barbarie.

 

Ne soyons plus soumis à la loi de la négociation entre les appareils patronaux, syndicaux, étatiques. L’acceptation de toute hiérarchie professionnelle, avec un boulot ou pas, cautionne la hiérarchie sociale qui régit l’organisation sociétale.

 

 

Cette affiche est la vôtre. Diffusons-la… et battons nous !

 

 

(1)Sur le site de terra nova : Gauche quelle majorité électorale pour 2012.

http://www.tnova.fr/essai/gauche-quelle-majorit-lectorale-pour-2012

 

(2) in “Nous opéraïstes” Mario Tronti. Ed. d’en bas. 2013.

Publié dans Société de classes | Commentaires fermés sur Une affiche à télécharger et à coller là où bon vous semble : boulot, bistrot, quartier …

La lutte des Redoutables, une brochure à télécharger et à diffuser

La lutte des Redoutables, une brochure à télécharger et à diffuser

 

Ci joint, une compilation des textes écrits lors de la lutte des Redoutables contre les suppressions de postes à la Redoute et les dégradations des conditions de travail. Pour télécharger le pdf, cliquez sur la premère page (soyez patient, le téléchargement prend plusieurs minutes).

 

p-1.jpg

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur La lutte des Redoutables, une brochure à télécharger et à diffuser

La Mouette Enragée sur Radio Vosstanie

La Mouette Enragée sur Radio Vosstanie

 

radio_vosstanie_le_26_04_2014.png

 

Samedi 26 avril, la Mouette Enragée a été  invitée par radio Vosstanie à parler de son actualité. L’occasion d’évoquer la lutte des Redoutables contre les licenciements à la Redoute et d’échanger quelques analyses à ce sujet.

 

L’émission est disponible à l’adresse suivante :

http://vosstanie.blogspot.fr/2014/04/emission-du-26-avril-2014-radio.html

 

Nous vous conseillons également l’écoute de la suite de l’émission avec comme invités : Zones Subversives, la Médiapilation ainsi que plein d’autres discussions.

 

 

Publié dans Société de classes | Commentaires fermés sur La Mouette Enragée sur Radio Vosstanie

A la redoute, on brûle les cartes syndicales de la CFDT

A la redoute, on brûle les cartes syndicales de la CFDT

 

Depuis le lundi 24 mars et la signature de l’accord de plan social par la CFDT à la Redoute, le boulot a repris sur le site de la Martinoire. Le lendemain en assemblée générale, la résignation était de mise et chacun avait encore du mal à digérer la trahison (habituelle) de la CFDT. La CGT a décidé de mettre fin au mouvement, Sud a suivi. Les Redoutables de plus en plus isolé-es n’étaient plus assez nombreux pour espérer reprendre quelque chose. Mais c’est la tête haute, qu’ils ont « regagné leur poste », convaincus d’avoir mener la lutte jusqu’au bout.

 


Dans la semaine, la base de la CFDT a pris acte de l’attitude de leur direction. Les délégués syndicaux, en majorité en désaccord avec leur fédération ont décidé de quitter le syndicat. Lundi 31 mars, une quarantaine de personnes se sont réunies devant les portails d’entrée sécurisés. Après la lecture d’un communiqué de presse, 17 délégué-es CFDT ont enflammé leur carte d’adhérent. Les journalistes, pourtant conviés, ont refusé d’assister à cet autodafé. Mais les délégué-es n’abandonnent pas leur mandat dans les différentes instances de l’entreprise et reprennent une autre bannière syndicale : celle de FO …

La lutte des classes est faite de défaites et de victoires…. de plus en plus lointaines. Dans tous les cas, le mouvement des Redoutables a permis à des salarié-es de s’exprimer et de s’organiser contre leur exploitation journalière au profit d’un Pinault multimilliardaire. Pendant des mois, le rapport de classe a été posé de manière claire et il est lourd d’enseignement. La base ouvrière s’est battue contre sa disparition, l’encadrement a continué de soutenir la direction qui n’avait plus qu’à mettre en scène la division et faire jouer ses réseaux politiques et syndicaux pour mettre la pression et obtenir la signature.

La gueule de bois est encore là mais dans les têtes, des choses se sont jouées. Entre Redoutables un réseau s’est créée. Mais face au chômage et à l’aggravation des conditions de travail, il faudra se rebattre et être plus rapide pour déborder les directions. Lutter pour gagner, c’est s’organiser à la base.

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur A la redoute, on brûle les cartes syndicales de la CFDT

A La Redoute, trahison syndicale. La signature du syndicat CFDT prouve une fois encore que la base ouvrière ne doit compter que sur elle même ! Solidarité avec les Redoutables.

A La Redoute, trahison syndicale. La signature du syndicat CFDT prouve une fois encore que la base ouvrière ne doit compter que sur elle même ! Solidarité avec les Redoutables.

 

Ca y est ! La CFDT vient de signer le « plan social » proposé par les repreneurs de la Redoute qui entraîne la suppression de 1200 postes. Une nouvelle fois, ce syndicat à la solde du patronat joue son rôle de liquidateur des luttes en opposition totale avec la base. Aujourdhui, c’est le coup de massue après des semaines de lutte où une certaine autonomie a pu poindre grâce à l’action des « Redoutables ». Retour sur les dernieres semaines.

Le spectacle de la division

Vendredi 21 mars, au siège social de la Redoute à Roubaix, deux camps de salarié-es se sont fait face. D’un côté, une majorité d’ouvrier-es venant de la Martinoire, le site de préparation des commandes et de logistique à Wattrelos venus réclamer la non-signature du plan social proposé par la direction ; de l’autre des salarié-es du siège social de Roubaix pour la plupart membres de l’encadrement brandissant des pancartes « Signez pour l’avenir de la Redoute ». Le spectacle de la division peut avoir lieu devant les médias, il a été savamment orchestré par le camp de la direction1. Clou du spectacle, Nathalie Balla et Eric Courteille (les repreneurs) ont tenté une sortie et un discours mais le tumulte et quelques jets de boulettes de papier les ont vite dissuadé. Finalement, après quelques bousculades, les pro-signatures sont repartis au turbin sous les « les moutons sont dans l’enclos, on a fait notre boulot ! » des grévistes.

L’enjeu des négociations : entre mobilisation et division

Depuis janvier et l’annonce de la suppression de 1 178 postes2, la mobilisation n’a pas cessé. Des manifestations ont eu lieu à Roubaix, à Wattrelos, à Tourcoing et à Lille. Le site de la Martinoire a été bloqué plusieurs jours, enfin chaque semaine, au moins deux assemblées générales sont organisées. Forts de ces actions qui ont su créer un collectif de lutte, ce sont des ouvrier-es déterminé-es qui, au son d’une chanson made in Roubaix3, ne veulent rien lâcher de leurs revendications. Pour ceux qui partent, ils réclament : 40 000 euros net de prime de licenciement + 1500 euros net par année d’ancienneté + 36 mois de congé de reclassement. Pour ceux qui restent, il faut la création d’une fiducie (caisse sociale) où Kering devra verser les mêmes sommes que les départs pour offrir une garantie et enfin pour les préretraites à 55 ans, payées à 100% pour tout le monde.

En face, la direction et l’encadrement ont réagi à la mi-mars en créant un collectif de salarié-es qui demande de signer le plan social pour l’avenir de la Redoute. Une pétition circule sur internet tandis que des tracts ont été diffusés grâce au matériel de la CFE-CGC, le syndicat des cadres. Ils sont d’accord avec les propositions de la direction qui propose 20 000 euros de primes de licenciements + 750 à 1.200 euros par année d’ancienneté en fonction des cas + 12 mois de reclassement.

Drame à la CFDT

Entre les deux camps, les représentants syndicaux cherchent leur place et sont tiraillés par les choix à faire. Cela est surtout valable pour la CFDT et à moindre mesure Sud (syndicat peu représentatif) car la CGT et la CFE-CGC ont choisi respectivement le camp des ouvrier-es et celui des cadres. L’enjeu est important car pour que le plan social de la direction soit adopté, il faut une majorité qui est atteinte si la CFE-CGC et la CFDT signent. Mais la base de la CFDT ne l’entend pas de cette manière et a réussi à créer un rapport de force et de persuasion à l’encontre de ses représentants pour qu’ils ne signent pas le plan social en l’état.

Ainsi le comportement du délégué central Jean Claude Blanquart est révélateur de cette tension. Depuis un bon mois, il a totalement disparu du paysage médiatico-militant et il ne vient plus qu’en catimini aux réunions de négociation. Vendredi 21 mars avant l’ultimatum de la direction, sa base syndicale lui a lancé un message clair : « si tu signes, on brûle notre carte ». Or la veille, une représentante nationale du syndicat est venue rappelé à l’ordre les délégués syndicaux sur la ligne politique de leur organisation. Une déléguée CFDT résume la teneur des débats : « notre direction veut qu’on signe l’accord jugé suffisant par Paris, entre la direction et les salarié-es la pression est insoutenable ». Vendredi 21 mars, la base a été la plus forte mais il faut s’attendre à des règlements de compte à la CFDT qui n’hésite pas à virer les sections rebelles comme ça s’est déjà vu à Sea-France ou chez Mory-Ducros.

Les Redoutables à l’initiative

Qui est cette base capable de bousculer le dialogue social ? Ils se font appeler les « Redoutables » : ce sont des syndiqué-es ou non syndiqué-es qui travaillent quasiment tous à la Martinoire. C’est la cheville ouvrière de la Redoute et ce sont eux les premiers touchés par les licenciements et les restructurations à venir4 . Ce groupe est composé de 150-200 personnes qui se connaissent bien car la plupart ont déjà lutté en 2008 lors d’un premier plan social qui a supprimé 672 emplois. Ce mouvement social a laissé des traces et permet d’expliquer la mobilisation actuelle et la méfiance par rapport aux directions syndicales. En effet, à l’époque, ce sont les syndicats Sud et CFDT qui ont trahi la mobilisation. « En AG tout le monde levait la main pour continuer le mouvement mais dans notre dos, Sud puis la CFDT ont signé l’accord contre une contrepartie minime : une hausse de quelques centaines d’euros pour les plus petits salaires » résume amèrement David, un ouvrier militant.

De l’aveu même des délégués CGT, les Redoutables ont réussi à s’imposer dans l’intersyndicale et à bousculer le cours des négociations. Fin février, ils ont su mettre d’accord les syndicats sur les revendications à porter. Car au départ, c’était le grand flou entre les 100 000 euros de primes de licenciement avancés par la CGT et les 20 000 euros portés par la CFDT. « Ils [en parlant des Redoutables] sont venus autour de la table, ils ont présenté la revendication des 40 000 euros et les syndicats se sont alignés. Pour reprendre une image : ils ont mis de l’eau dans le vin de la CGT et du vin dans l’eau de la CFDT et de Sud » confie David.

L’action des Redoutables ne s’arrête pas là. Ils ont rédigé et diffusé leur propre tract grâce au matériel prêté par les syndicats. Ils se réunissent et discutent. Enfin dans les AG, ils ont su maintenir une pression constante sur les chefs syndicaux pour qu’ils ne signent pas dans leur dos.

Seuls contre tous ?

La détermination sans faille des Redoutables ne doit pas occulter les obstacles qui se présentent à ce mouvement encore en devenir. La première des difficultés, c’est qu’il n’y a pas réellement de grèves à la Redoute et les blocages restent occasionnels. « On essaye de proposer plusieurs modalités de lutte aux salarié-es pour mobiliser le plus large possible » confie JC Leroy, délégué CGT et membre de Lutte Ouvrière qui estime que les blocages ne sont pas nécessairement « l’arme la plus efficace , le plus important c’est l’ampleur du mouvement, son impact dans la boîte mais aussi à l’extérieur et dans les médias ». Le débat est là car toutes les pratiques de lutte des classes sont à re-construire dans une entreprise qui a forgé Roubaix-Tourcoing et qui maintenant apporte la misère sociale. Aux Redoutables de s’emparer de ce débat et de choisir les modalités d’action les plus efficaces pour obtenir leur dû.

Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes car la bourgeoisie dans toutes ses déclinaisons met en place sa propagande pour anéantir cet esprit frondeur. Bien entendu, il y a le discours patronal relayé par les cadres qui appelle à la « raison » en organisant de fausse manif devant le siège social et en menaçant de déposer le bilan. Puis, il y a le discours unanime des politiques et notamment de Martine Aubry qui déclare dans la presse5  sur France Bleu Nord, que le plan social de Pinault est « exceptionnel » et qui fait la leçon aux syndicats : «Vous avez obtenu beaucoup… L’essentiel aujourd’hui est de redresser la Redoute. ». Discours repris par l’avocat de l’intersyndicale M. Califano. Reste les médias qui mènent leur guerre idéologique contre la lutte des classes. La Voix du Nord titre le 22 mars: « La Redoute : impasse et confusion » tandis que le Monde6 se fait l’écho d’une campagne de calomnie contre un délégué CGT inscrit sur les listes électorales de Lutte Ouvrière et qui est jugé de « jusqu’au boutiste ». Pourtant dans les mêmes colonnes de ce journal, on a appris en début d’année qu’à Good Year Amiens : « Aucun salarié ne part avec moins de 60.000 euros, même avec un an d’ancienneté et au maximum les salariés partent avec 130.000 euros. »

Lutte des classes et autonomie, le levier de tous les autres changements

A la Redoute, ces slogans souvent pompeux et vides de pratiques commencent à reprendre du sens. Les Redoutables se positionnent clairement comme des prolétaires exploités et volés par un patron multimilliardaire : Pinault 7 et des repreneurs également riches à millions si l’on se réfère à la prime de départ que Nathalie Balla a reçu de son ancien employeur allemand KardstadttQuelle 8. Les ouvrier-es qui pour la plupart ont toujours travaillé à la Redoute et dont la moyenne d’âge est de 47 ans réclament leur dû pour ne pas sombrer dans la misère. A Roubaix, le taux de chômage est de 22%.

Aussi, les Redoutables prouvent par leur initiative que seule la lutte la plus autonome possible paie. Ils ont su se positionner face aux directions syndicales qui ne font plus qu’accompagner les « plans sociaux ».

Enfin, cette lutte permet de soulever les autres rapports de domination. « Nous on a pas de diplômes comme eux (en montrant les cadres) pour se reclasser. L’école ne nous a pas donné cette opportunité» déclare au micro une femme déterminée à aller jusqu’au bout de la lutte.
Le 23/03/2014

Notes :
1-Pour l’anecdote, les cadres « ont été invités » sur leur temps de travail à quitter leur bureau. Et des personnes en congé ont été appelé pour venir supporter leurs nouveaux patrons.
2-Pour plus d’infos, lire le 1er article sur la lutte à la Redoute.
3-On lache rien de HK et les Saltimbanks, un groupe roubaisien
4-Voir 1er article et les conditions de travail chez Amazon
5-France Bleu Nord, le 10 mars 2014
6-Edition du 22 mars 2014
7-Cf, 1er article
8-D’après le journal économique allemand Wirtschafft Woche « Les derniers licenciements, ceux de 4 directeurs dont Nathalie Balla (responsable des affaires internationales) couteront environ 5,7 millions d’euros »

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur A La Redoute, trahison syndicale. La signature du syndicat CFDT prouve une fois encore que la base ouvrière ne doit compter que sur elle même ! Solidarité avec les Redoutables.