Non aux licenciements à la Redoute

Non aux licenciements à la Redoute

 

Depuis plus d’une semaine, la lutte des ouvrier-ères de la Redoute s’intensifie. Après les premiers débrayages et les manifestations qui ont suivi l’annonce du PSE (plan de suppression des emplois et non de « sauvegarde ») début janvier , les actions tendent à se radicaliser comme lors du blocage du site logistique de la Martinoire à Wattrelos, lundi dernier. Les « Redoutables » comme s’appellent eux-mêmes les salarié-es luttent contre la suppression de 1 178 emplois d’ici 4 ans. Jadis premier employeur de la région lilloise, la Redoute fait les frais du virage internet et de « l’amazonification » de la vente par correspondance. L’entreprise reste néanmoins première dans le secteur de l’habillement et de la maison mais au nom de la compétitivité, ce plan imposé par le milliardaire Pinault et la nouvelle direction se veut inéluctable comme la progression de la fortune personnelle de la famille Pinault 1. Mais certain-es refusent cette résignation et se battent contre la misère annoncée.

Pinault, un mauvais cru !

La route est longue depuis 1837 et la création des Filatures de la famille Pollet, rue de la Redoute à Roubaix. La ville est alors la capitale industrielle du textile, des grandes familles bourgeoises y font fortune tandis qu’une main d’œuvre nombreuse afflue dans cet ancien bourg qui voit sa population exploser. A Roubaix-Tourcoing,tout tourne autour de ces usines et de leur patron, les quartiers ont été construits en fonction de l’implantation et des besoins des filatures. En 1922, pour faire face aux débuts de la crise du textile et pour écouler les stocks, la Redoute comme d’autres (les 3 Suisses, Phildar) décide de vendre directement au consommateur. Bientôt sort le premier catalogue, la vente par correspondance est née. Dès lors, la Redoute veut s’adapter aux nouveaux modes de consommation : la vente par crédit en 1969, le minitel en 1984 et enfin internet et l’émergence du e-commerce depuis 1994. Pendant ce temps, les dernières usines ferment et laissent la place à des friches qui balafrent des quartiers et des populations comme celle de la Lainière à Roubaix, fermée en 2000.

En 1992, François Pinault prend le contrôle de l’entreprise et fonde le groupe PPR (Pinault-Printemps-La Redoute) présidé par son fils François-Henri. En bon capitaliste, Pinault fait fructifier ses avoirs en organisant les premières restructurations à la FNAC, Conforama, Vertbaudet, etc. Mais la vente ne rapporte plus assez et il décide d’investir dans ce qui ne connaît jamais la crise : le luxe et le lifestyle (Gucci, Yves Saint Laurent,Puma, etc). Pour symboliser ce changement, le groupe PPR change d’identité et devient Kering en 2011. Aussi, les cessions débutent :Le Printemps, Conforama, une partie de la Fnac, Verbaudet et maintenant la Redoute. Déjà en 2008, un premier gros plan de licenciements est organisé, 672 personnes se retrouvent sur le carreau, à cela s’ajoute une politique de départ volontaire à la retraite. Résultat : en 1998,il y avait 6 304 salarié-es ; aujourd’hui il y a 2 432 employé-es, et demain avec le PSE, il ne restera plus que la moitié de cet effectif.

Pendant ce temps, 2013 a été une année record depuis 10 ans pour le titre en bourse PPR-Kering2. Hausse possible par le transfert de la plus-value de la Redoute dans le secteur du luxe. Un rapport d’expertise 3 commandé par le comité d’entreprise de La Redoute à un cabinet extérieur déclare « La Redoute a fortement contribué à la croissance de PPR  qui comptabilise 256 millions d’euros de dividendes et 113 millions d’euros de redevance de marques versées par La Redoute à PPR, puis Kering, entre 1997 et 2012. » De quoi développer le pôle luxe du groupe tandis que les investissements commerciaux pour la Redoute ont diminué de 10 millions d’euros…

Evolution du cours de l’action Kering de 2008 à 2013

 

Plan de reprise …. du chômage

Depuis plusieurs mois, les syndicats préparaient les salarié-es à la nouvelle et tentaient de mobiliser. L’annonce de la vente est faite en octobre 2013 avec déjà à la clé la suppression de 700 postes pour « céder une entreprise saine aux repreneurs » dixit Kering. La reprise est signée début décembre,le futur patron est … l’actuelle patronne de la Redoute : Nathalie Balla associée à un directeur financier du groupe Éric Courteille. On prend les mêmes et on recommence à discuter d’un « plan social » renommé « business plan » pour l’occasion. Le début d’année 2014 est amer, il ne s’agit plus de 700 mais de 1 178 suppressions d’emplois réparties sur 4 ans dont plus de la moitié seront des licenciements secs. A cela s’ajoute 172 licenciements sur 569 salariés à Relais Colis, filiale de la Redoute chargée de livrer les commandes aux clients.

Tous les secteurs sont touchés, la logistique avec les sites de la Martinoire à Wattrelos et ceux de Tourcoing (Tourcoing 2 et 5) seront les premiers à trinquer mais aussi le service clientèle et commande au siège de Roubaix. Pour ceux qui restent, ce plan de reprise signifie l’aggravation des conditions de travail. Le site de Tourcoing 5 spécialisé dans les meubles va être externalisé à Anzin près de Valenciennes. La logistique va être filialisée ce qui entraînera un changement de la convention collective qui passe de celle de la vente par correspondance à celle des transports, une des pires en terme de droits sociaux. Enfin le site de la Martinoire à Wattrelos doit être reconstruit et modernisé, comprenez automatisé ce qui augure encore des mauvaises nouvelles pour les travailleur-es. Dos au mur, les salarié-es n’ont plus qu’à essayer de se défendre.

« Nous sommes des REDOUTABLES et on va le leur montrer »


C’est sur ce mot d’ordre lancé par un gréviste que lundi dernier (3 février) la Martinoire a été bloquée toute la journée (de 5h à 22h) par une bonne centaine de salarié-es. La mobilisation semble marquer le pas à mesure que l’on s’approche de l’échéance fixée par la direction qui table sur mi-avril pour finaliser la cession. Si aucun accord patrons/syndicats n’est trouvé d’ici là, Nathalie Balla menace de jeter l’éponge … tactique habituelle à en croire ce qui se passe à Mory Ducros ou ailleurs. Les syndicats sont dans tous les cas au centre des enjeux. A la Redoute, la CFDT est majoritaire puis vient Sud, la CGT et la CFE-CGC (le syndicat des cadres). Chacun essaye d’agir en intersyndicale mais après les premières indignations, les frontières et les contradictions se marquent en fonction de la marge de compromis offert à la direction. La CFE-CGC espère minimiser les pertes tout en voulant « rendre l’entreprise profitable », la CFDT propose « que la direction fasse partir entre 500 et 600 personnes en pré-retraite à 55 ans et si ce n’est pas entendu, nous monterons au créneau »  enfin la CGT appelle « à entrer dans le dur en se mobilisant pour faire pression et qu’il y ait le moins de salariés sur le carreau »4. De tous, la CGT est la plus combative, c’est aussi le syndicat le plus politisé avec quelques membres chez Lutte Ouvrière.

Sur le terrain, les revendications des grévistes sont claires : prendre le maximum. Actuellement, la prime de départ est fixée à un demi mois de salaire par année travaillée + 3 mois de salaire brut. « C’est léger » résume Ali qui comptabilise plus de 25 ans de boîte. « Et pour ceux qui restent, il faut garder les acquis c’est-à-dire le 13ème mois, la prime d’ancienneté, les tickets resto et la participation aux bénéfices ». Des queues de cerise en comparaison des bénéfices qu’a tiré Pinault de la Redoute (voir rapport d’expertise cité plus haut). Mais même si la détermination de certains est intacte, force est de constater qu’il faut se compter pour mener des actions: « il y a environ 150 motivés sur les barrages, sur plus de 2000 salarié-es c’est léger ! Finalement, c’est toujours les mêmes» conclut Ali.

Trois p’tits tours et puis s’en vont, ainsi font font font

C’est la petite ritournelle que nous ont offert les politiques au sujet de la Redoute. En novembre, les staffs lancent leur campagne de communication. Martine Aubry déplore dans la presse « avoir été baladée par les dirigeants de la Redoute et de Kering » et elle rajoute « c’est irresponsable d ‘annoncer cela avec une telle brutalité ». De son côté, Pierre de Saintignon, vice-président du Conseil Régional est tout penaud car Nathalie Balla « disait qu’elle nous tiendrait au courant »5. Raté. Or Martine Aubry connaît bien la famille Pinault pour avoir accueilli la fondation d’art de François Pinault en 2007-2008 dans le cadre d’une exposition « Lille 3000 » au Tripostal. Cette exposition avait d’ailleurs un titre prophétique « Passage du Temps ». Forte de cette amitié artistique, Martine Aubry va en grande pompe à la rencontre de François-Henri Pinault le 12 novembre 2013, accompagnée d’élus dont Pierre Dubois, maire PS de Roubaix et Dominique Baert, député maire apparenté PS de Wattrelos. Tout ce petit monde ressort rassuré car « le président Pinault nous a dit clairement et je reprends ses termes : la Redoute a un savoir-faire qui permet sa pérennité industrielle ».

Deux mois plus tard avec le plan de reprise de Balla/Courteille, les suppressions d’emplois doublent quasiment. Les politiques se dépêchent de prendre du recul, le dossier la Redoute est devenu trop brûlant pour les campagnes électorales en cours. La social-démocratie préfère passer des pactes de confiance avec le Medef, elle ne sauvera pas les emplois. Leur ministère du Redressement productif n’a plus qu’à acheter ses marinières sur le site internet de la Redoute. De son côté Kering promet de verser 315 millions pour la « transformation économique et industrielle de l’entreprise », autrement dit pour l’amazonification de l’entreprise. Seule une fiducie (caisse destinée aux mesures sociales) est évoquée pour financer les licenciements et offrir une marge de négociation avec les syndicats.

Exploitation en Amazonie 2.0

Pour justifier les licenciements, Nathalie Balla et Eric Courteille appellent à la nécessaire adaptation de la Redoute face à des concurrents comme Venteprivée.com ou Amazon toujours plus compétitifs car plus rapides pour préparer les commandes et les envoyer. Actuellement à la Redoute, il faut compter environ 1 jour et demi pour ces opérations, la direction veut réduire drastiquement ce temps en remodelant totalement la logistique, en particulier sur le site de la Martinoire qui devrait être modernisé. Il ne faudrait alors plus que 2h pour expédier les colis. Pour les salarié-es, cela signifie des suppressions d’emplois : de 1 250 personnes aujourd’hui à 550 personnes ; et une aggravation des conditions de travail : flexibilité accrue, travail 7j/7, passage à la convention collective des transports beaucoup moins favorable. Comme le résume Fabrice Peeters de la CGT : « ce sera le bagne ».

Le bagne, il en est déjà question chez Amazon. « Les travailleurs chez Amazon sont loin très loin des progrès du XXIesiècle » écrit JB Malet dans son livre-enquête En Amazonie « Les conditions de travail sont dignes du XIXesiècle (au temps de l’exploitation capitaliste la plus brutale). Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n’est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d’Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits. » Et le contrôle des ouvrier-ères par la même occasion. Les préparateurs de commande d’Amazon à Lauwin-Planque près de Douai peuvent en témoigner.

Pour les e-capitalistes, il s’agit de ne pas perdre de temps et certains se repaissent déjà du cadavre fumant de la Redoute. Ainsi Guillaume Delbar, candidat UMP à la mairie de Roubaix, imagine dans les locaux abandonnés par la Redoute, le projet Blanchm@ille qui serait un pôle dédié au e-commerce investi par des start-up6. Ce projet est en réalité piloté par Euratechnologies et la société Picom (spécialisée dans le commerce et les innovations) qui appellent de leurs vœux à la formation d’une « VAD [vente à distance] Valley ». D’ores et déjà, le projet a retenu l’attention de la LMCU (Communauté urbaine lilloise) même si celle-ci n’apprécie pas l’annonce prématurée de Guillaume Delbar. Mais cette dernière est déjà pleinement engagée dans la révolution textile avec l’inauguration en 2012 du Centre européen des textiles innovants (CETI) à Tourcoing où on y travaille les textiles intelligents de demain, tissés avec des fibres optiques.

Lutter pour devenir redouté

On le voit le capitalisme et sa restructuration permanente nous amène à des licenciements ou une exploitation salariale de plus en plus forts. Ne rien faire, c’est laisser libre cours à cet esclavage moderne. Les « Redoutables » l’ont bien compris. La semaine dernière et sans nécessairement l’aval des syndicats, ils se sont organisés et ont mené des actions fortes : lundi 3 février, la Martinoire était totalement bloquée de 5h à 22h, les syndicats ont avoué suivre le mouvement ; Jeudi 6 février malgré la tempête des centaines de redoutables ont manifesté au côté des salarié-es de Stora-Enzo (une imprimerie qui ferme près de Douai) . Dans les semaines à venir, d’autres actions vont être menées et réclament tout notre soutien. Car sur le terrain, la compromission et la résignation sont encore trop étouffantes. Nous ne sommes pas encore redoutables mais il devient urgent de commencer à être redouté.

Notes :

1- 6eme fortune française d’après la revue Challenges. En 2012, sa fortune personnelle est estimée à 6,3 milliards d’euros, en 2013 : 11 milliards d’euros.
2- BFM Business, février 2013
3- Cité dans l’Humanité du 5 décembre 2013.
4- Prises de paroles des différents délégués syndicaux dans la presse (Voix du Nord, janvier 2013)
5- Voix du Nord, 12 et 13 novembre 2013
6- Voix du Nord, 02/02/2014

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur Non aux licenciements à la Redoute

Non à la réforme des rythmes scolaires

Non à la réforme des rythmes scolaires

A lire ci-contre ou pour une lecture plus aisée téléchargez directement le pdf ici

 

p-1.png

p-2.png

p-3.png

p-4.png

Publié dans Education | Commentaires fermés sur Non à la réforme des rythmes scolaires

La Mouette Enragée sur Radio Vosstanie

La Mouette Enragée sur Radio Vosstanie

Samedi 30 novembre, la Mouette Enragée a participé à l’émission de radio Vosstanie qui est un groupe politique révolutionnaire classiste  se réclamant de la Gauche communiste ainsi que des conseils ouvriers.

vosstanie.png

 

Nous avons discuté  des dernières actualités de la Mouette Enragée : la vidéosurveillance à Boulogne sur Mer, la lutte de l’usine  « Calaire Chimie » à Calais avec une reflexion sur la SCOP comme moyen de lutte des ouvriers mais qui trouve aussi ses limites, enfin quelques considérations (à actualiser!) sur le mouvement des « bonnets rouges » bretons qui cache des luttes diverses et antagonistes notamment celle des ouvriers de l’agroalimentaire qui luttent contre le chomage et l’exclusion sociale qu’on leur promet. A ce propos, les ouvriers bretons ont constitué un pôle ouvrier à l’occasion de la manifestation à Carhaix le 30 novembre.

 

Nous vous conseillons aussi vivement l’écoute de toute l’émission et notamment les suites de la discussion sur la Bretagne.

 

L’émission est librement téléchargeable sur le site de Vosstanie : http://vosstanie.blogspot.fr/

Publié dans Société de classes | Commentaires fermés sur La Mouette Enragée sur Radio Vosstanie

Lutte à l’usine “Calaire-chimie” de Calais : « Vous êtes propriétaires mais en attendant, c’est nous les patrons ! »

Lutte à l’usine “Calaire-chimie” de Calais : « Vous êtes propriétaires mais en attendant, c’est nous les patrons ! »

 

Samedi 9 novembre à Calais, nous avons rencontré dans l’enceinte de l’usine occupée de “Calaire-Chimie” des ouvriers en lutte depuis plusieurs semaines. Un échange ouvert s’en est suivi sur les modalités de leur action. Dans le cas précis de cette lutte, comme dans de nombreux autres cas identiques de la période, on retrouve le recours à une combinaison de moyens mêlant actions en justice, rapport de force sur le terrain et hypothétique alternative …
Calaire chimie est une usine classée “Seveso niveau haut” qui produit des composants solides et liquides pour l’industrie pharmaceutique. Jusqu’en 2012 elle employait 250 salariés, avant une première vague de suppression de postes qui a poussé une cinquantaine de personnes vers la sortie. Depuis le 28 mai 2013, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire. Initialement propriété du groupe belge Tessenderlo, elle est passée ensuite sous le contrôle de l’International Chemical Investors Group (ICIG) qui peut de temps après a souhaité s’en débarrasser. Une pratique courante et renouvelée du groupe ICIG selon les dires des travailleurs. Le dernier directeur en date était d’ailleurs un consultant en restructurations d’ entreprises …

Les ouvriers contestent la reprise de l’usine par le groupe Axyntis

Depuis l’annonce de la liquidation de l’entreprise, l’ancienne direction a déserté le site. L’occupation de l’usine par les ouvriers fut donc décidée après que le tribunal de Boulogne-sur-mer ait attribué le 22 octobre la reprise de l’activité au groupe Axyntis, un producteur de chimie fine. Une mesure assortie de la poursuite de l’activité jusqu’au 28 novembre, raison pour laquelle les ouvriers nous ont précisé “qu’ils occupaient l’usine mais n’étaient pas en grève” … Pour autant, cette décision de justice, les ouvriers la contestent et leurs avocats ont déposé un recours afin de la faire annuler.

La raison en est simple, la reprise de l’activité par Axyntis va se solder par la suppression de 112 postes. “Faire tourner une usine classée Seveso, comme celle-là, avec seulement la moitié des effectifs, c’est n’importe quoi…” commente l’un d’entre-eux, “ça revient à terme à fermer l’usine”. Et c’est autant l’État que les ouvriers de Calaire rendent responsable de leur situation. L’État français possédait initialement 26 % des parts du groupe belge Tessenderlo qu’il a cédé au groupe IGIG. Les salariés ont donc réclamé de rencontrer le ministre du travail afin d’obtenir des explications et des engagements. La rencontre avec des représentants du ministère suscita ce commentaire à l’un de nos interlocuteurs “…tu as affaire à des petits jeunes en costards et souliers vernis qui connaissent rien au monde du travail (…) l’un d’eux a passé son temps à taper sur son téléphone portable ! Tu parles …”

Rapport de force sur le terrain : l’usine est occupée, les patrons restent dehors.

Parallèlement à la défense engagée devant les tribunaux dans le but de gagner du temps, les ouvriers ont établi un rapport de force réel sur le terrain. L’accès de l’usine est interdit à toute personne extérieure, et surtout aux nouveaux patrons. Outre la crainte des licenciements annoncés, les travailleurs redoutent également une baisse de 35 % du salaire de ceux qui devraient rester. A deux reprises, les patrons nouvellement désignés par le tribunal de Boulogne-sur-mer ont souhaité entrer dans l’usine prétextant la programmation des travaux de mise aux normes exigés par la Direction régionale de l’environnement. A deux reprises, les ouvriers les ont refoulé précisant que « de toute façon, on connaît notre usine, nous savons comment la faire fonctionner, comment la tenir puisque ça a toujours été nous qui le faisions. Ce n’est pas la direction qui le faisait ». Et pour cause, puisquedepuis que la ICIG avait repris l’entreprise, “c’est la responsable commerciale, nommée directrice de l’usine qui continuait à faire son boulot de commerciale …”

Le groupe Axyntis a donc saisi la justice en référé et exige l’expulsion des ouvriers du site. “On nous réclame pour le moment autour de 4 millions d’euros au titre des journées d’occupation de l’usine” nous précise avec un petit sourire le même ouvrier, “pour le moment on laisse passer le 11 novembre et après on va voir ce que l’on peut de nouveau organiser …”
Il est vrai que jusqu’ici, les salariés ne sont pas restés sans réaction… La voiture de l’ancien patron a été littéralement re-carrossée et des conteneurs de produits chimiques ont été placés à l’entrée du site. L’un des ouvriers précise : “Il y a ici du cyanur, du méthanol, des acides…”. Depuis, deux plaintes ont été déposées, l’une pour séquestration d’un cadre de l’entreprise, l’autre contre la dégradation de la berline de l’ancien directeur.

La Scop au tournant …

Depuis un certain temps, l’éventualité de la création d’une Scop comme alternative à la fermeture de boîte revient de manière récurrente : Sea-France, Fralib, Goodyear Amiens, etc… Nous avons d’ailleurs consacré deux longs articles à ce sujet au moment de la lutte des travailleurs de Sea-France. Ces projets souvent portés par des cabinets d’avocats proches du Front de Gauche n’aboutissent pas systématiquement. En l’espèce, la proposition de Philippe Brun faite aux ouvriers de Calaire, proposition qu’ils avaient retenue après un vote, a été rejetée par le tribunal. Ce dernier a désigné le dossier Axyntis ficelé depuis plusieurs mois. Dans le cas présent, il faut sans doute comprendre le projet de coopérative plutôt comme un moyen de gagner du temps devant les tribunaux afin d’obtenir un véritable dispositif de départs volontaires qui pour le moment ne figure pas au programme …

A suivre …
Boulogne-sur-mer le 10/11/2013.
Pour plus d’informations sur les Scop, vous pouvez lire aussi un article paru dans la dernière Mouette ici

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur Lutte à l’usine “Calaire-chimie” de Calais : « Vous êtes propriétaires mais en attendant, c’est nous les patrons ! »

Vidéo-surveillance à Boulogne-sur-mer: de la proximité des élections municipales, de la petite bourgeoisie social-démocrate locale et de ses caméras de surveillance

Vidéo-surveillance à Boulogne-sur-mer: de la proximité des élections municipales, de la petite bourgeoisie social-démocrate locale et de ses caméras de surveillance

 

 

Nous pressentions qu’il ne s’agissait que d’une question de temps. La période et la proximité des élections municipales ont semble-t-il hâté les choses.

La gauche boulonnaise a donc franchi le pas et s’abandonne depuis peu à la pratique de la vidéo-surveillance. Reconnaissons d’abord que dans la population locale, l’annonce a suscité fort peu de réactions. Les difficultés quotidiennes accaparent une partie grandissante des familles, que la banalisation des multiples formes du contrôle social ont rendu, par ailleurs, fort peu sensibles à la question. (texte aussi disponible en pdf, ici)

 

camouette.jpg

 

Le consensus sécuritaire : des Facistes aux Sociaux-démocrates, une vieille histoire…

 

Il n’en fut pas de même au coeur du sérail politique local. L’espionnage de rue y a déclenché une empoignade verbale entre têtes de liste aux prochaines municipales, sans égard pour le citoyen candide qui escomptait proprement un débat contradictoire. Mais voilà, de débat, il n’y aura pas. Du Front National jusqu’à la femme de paille du ministre des transports, mairesse par intérim, tous ont clamé et revendiqué à l’unisson la paternité du contrôle de la population par les écrans. Signifiante unanimité. Tous, à un bémol près. Le PS, tenant du double discours ordinaire, s’est défaussé sur l’ Office Public de l’Habitat qui prétexta de son côté le “réaménagement des quartiers”. Joli numéro de duettistes … Dans une version citoyenniste, l’égale en tous points de ses soeurs jumelles républicaine de droite ou d’extrême droite, l’adhésion de la gauche à l’idéologie et aux pratiques sécuritaires n’est une surprise que pour les gobe-mouches. Pour qui connaît l’histoire des sociaux-démocrates européens, le bilan en la matière n’est plus à écrire mais inlassablement à exhumer. Petit inventaire non exhaustif : “Va-t-en guerre” des deux côtés de la frontière en 1914; gagnés à l’Union Sacrée en France; bouchers de la commune de Berlin et assassins de Rosa Luxembourg -un petit meurtre entre “camarades”, outre Rhin; ralliés à Pétain en avril 1940 (90 parlementaires de la SFIO); briseurs des grèves de mineurs de 1948; colonialistes de la première heure et “saigneurs d’indigènes” à la demande : Indochine, Algérie … de Gustav Noske à Manuel Valls en passant par Mitterand1, la social-démocratie se compose depuis plus d’un siècle d’une petite bourgeoisie arriviste prompte à tout ralliement aux pouvoirs forts, invariablement du côté du manche, au seul service des intérêts du capital.

 

Qu’est ce que la politique sécuritaire ?

 

La politique sécuritaire est l’appendice idéologique de l’offensive travestie sous le vocable de “Crise” que mène la bourgeoisie contre le prolétariat depuis la fin du compromis fordiste. C’est à dire, depuis le début des années 70. A partir de cette date, le capital est confronté à une crise sans précédent de sa valorisation ; une crise structurelle. Afin d’entraver, au coeur même du procès de la production, la chute du taux de profit, les Etats ont d’abord eu recours à la restructuration et la liquidation de pans entiers de l’industrie jugés obsolètes. Ces restructurations

ne seront qu’une première étape. Les mêmes Etats vont alors se livrer à la déréglementation tous azimuts des marchés du travail et de la finance, puis recourront aux délocalisations et s’attaqueront enfin à tout ce que la bourgeoisie avait un temps concédé aux travailleurs comme contrepartie de leur exploitation, à savoir les différentes formes d’assurances sociales : retraites, système de santé, allocations et salaires indirects, etc … C’est cette politique de la terre brûlée dont on peut constater aujourd’hui les effets en Grèce que les économistes bourgeois nomment le “libéralisme”. Mais surtout, le capitalisme étant un rapport social total et non seulement économique, il détermine également les formes d’existence concrètes des individus. Voilà pourquoi une masse sans cesse croissante de prolétaires devenus surnuméraires a subi la destruction pure et simple de son mode de vie. Toute une culture, des formes de solidarités, de vie sociales et collectives, d’entre-aide et de résistance ont été depuis quarante ans purement et simplement éradiquées, annihilées.

 

 

Un mode de contrôle et de gestion des

populations par temps de “Crise”

 

Depuis, sur les ruines du prolétariat déchu des « trente glorieuses », une foule grandissante de nouveaux déclassés compose une masse diffuse; moins disposée pour les raisons parfois les plus contradictoires à se laisser encadrer. Les émeutes urbaines qui sévissent sur tous les continents, sans exception, nous en rapporte l’écho depuis ces dernières décennies. Partis et syndicats, aujourd’hui inadaptés à contrôler des masses d’individus atomisés, les Etats se tournent vers desexpédients plus directs. L’élaboration d’un discours idéologique criminalisant tout ou partie des prolétaires est un outil parmi d’autres d’un processus global de soutient à l’ordre bourgeois. Ce discours n’est pas seulement l’apanage de la droite et des fascistes. Ces derniers temps, la gauche se l’est approprié à mesure qu’elle allait puiser son fond électoral vers d’autre latitudes. Délaissant une base ouvrière qu’elle avait précédemment mené à l’abattoir, elle fraye dorénavant avec les dites “classes moyennes” parfumées aux essences libéralo-sécuritaires. Mais l’idéologie, à elle seule, ne saurait suffire si elle ne trouvait, sur le terrain, à s’incarner dans des pratiques efficaces de contrôle et de domination des populations. A cet effet, on assiste à la mobilisation de tout un arsenal mêlant méthodes contre-insurectionnelles héritées des guerres coloniales, militarisation des polices, désinformation et déploiement d’outils technologiques des surveillances dernier cri.

 

serrure.jpg

 

Caméras de surveillance et

libertés publiques”

 

Ecartons maintenant tout argumentaire en défense du non-respect des “libertés publiques et des droits de l’homme”. Il y a bien longtemps déjà que les dites “libertés publiques” se réduisent à la seule injonction de se conformer aux règles édictées par et dans l’intérêt exclusif de la bourgeoisie. Et c’est précisément au nom de cet “intérêt général” que cette même minorité masquée par ses écrans surveille du haut d’une légitimité usurpée la masse anonyme des exploités qui la fait vivre et l’entretient. Les écrans ne sont qu’un des outils d’un contrôle social généralisé pour lequel l’Etat a reçu la charge d’établir le cadre juridique taillé à la mesure. Un cadre par ailleurs amplement contourné puisque pour une large part d’entre elles, les caméras sont installées, soit en totale infraction des lois édictées, soit dans le flou juridique. Ces caméras sont avant tout un instrument entre les mains des couches urbaines les mieux loties : commerçants, classes moyennes, et autres alliés objectifs de la bourgeoisie dans le contrôle et le redécoupage à façon des territoires urbains en vue de leur subordination aux lois du capital.

 

 

Le marché très juteux de la surveillance

 

Maintenant, parlons gros sous ! Le coût de l’installation de neuf caméras “pour commencer et à titre expérimental” s’élèverait selon les édiles locaux à un montant de “83 000 euros” et “la moitié de cette somme devrait être subventionnée par le fonds interministériel de la lutte contre la délinquance”. Selon l’Etat lui même, le coût par caméra et par an s’élèverait à 7 400 euros en moyenne. S’il est un marché qui ne connaît pas la crise, c’est bien celui de l’industrie sécuritaire. Actuellement, en France, quinze entreprises principales se partagent un pactole de près d’un milliard d’euros à l’année dont une partie non négligeable provient directement de la poche des contribuables. Et ce n’est qu’un début ! Bientôt, des caméras d’un nouveau genre permettant l’utilisation de logiciels et le recours au système informatique global remplaceront celles actuellement en service. C’est donc l’ensemble du parc que ces entreprises entendent faire renouveler et ainsi pouvoir continuer à se gaver jusqu’à la gueule. Bref, les petites affaires entre amis ont un bel avenir devant elles …

 

 

A l’usine, au bureau et au bistrot : le patron te mâte

 

Que ce soit à l’usine, au bureau, dans l’industrie ou les services, le flicage a toujours fait partie intégrante de la condition du prolétaire. Les dernières affaires en date sous les enseignes des groupes Ikéa, Castorama,etc… ne sont que la partie visible de pratiques très largement répandues sous de multiples formes. La CNIL, cette caution démocratique à l’hystérie sécuritaire dit aujourd’hui s’en inquiéter. Selon elle, entre 2011 et 2013, les plaintes déposées par un salarié contre son patron pour espionnage vidéo ont augmenté de 13 %. En réalité, la seule chose qui a évolué, ce sont les méthodes qu’emploient dorénavant le patronat pour parvenir à ses fins. Le petit chef ou le mouchard cède progressivement la place à un arsenal dont la vidéo n’est qu’un instrument parmi d’autres. Mais ce processus se double d’un autre, plus pervers encore. Celui là s’introduit partout et se montre d’autant plus redoutable qu’il bénéficie de l’adhésion, en partie au moins, indispensable à toute forme de domination pour qu’elle puisse se déployer et assujettir à sa guise. Les nouveaux outils de la communication placent dorénavant l’objectif des caméras au centre de pratiques consuméristes régressives assez inédites. Leurs utilisateurs n’hésitent plus à se mettre en scène sur les réseaux dit “sociaux”, là où la désinhibition domestique et mercantile s’incarne ostensiblement au travers d’un exhibitionnisme débridé. La fascination/soumission envers l’ordonnancement capitaliste de la technique et des technologies atteint chaque jour de nouveaux sommets …

 

 

camover.jpg

 

Dieu pardonne … Pas le prolétariat !

 

Maintenant, que faire ? Nous sommes bien sûr solidaires des luttes en cours contre l’ordre sécuritaire et qui s’expriment au travers des actions de collectifs locaux. Nous le sommes tout autant de celles menées plus spécifiquement contre les caméras de vidéosurveillance : campagnes, débats, destructions de caméras, etc… Tout ce qui est gagné, même à une échelle réduite, de manière partielle et temporaire prouve, s’il le faut encore que, la domination du capital n’est et ne sera jamais totale ni définitive. Mais, il est parfaitement évident que ce n’est qu’à partir du moment où les exploité-es se mettront en mouvement, qu’ils commenceront à s’organiser par leurs propres moyens afin de défendre les seuls intérêts qui sont les leurs, que la peur commencera à changer de camp. Pour cela, il n’y a pas de recette, ni d’homme ou de femme providentiel-le à attendre. Il n’y a que la nécessité de commencer à se regrouper, discuter, réfléchir, échanger sur nos lieux de travail, nos lieux de vie… Et c’est ce qui est le plus difficile à réaliser en ce moment, nous en sommes bien conscients. Sur plusieurs continents des mouvements populaires contestent dans la rue l’ordre existant et sa logique qui nous conduit à tombeau ouvert vers la barbarie. En Europe, c’est également le cas dans des pays comme la Grèce, par exemple. Il n’y a donc pas de “reprise” ou de “relance” à attendre, le capital entend simplement nous faire la peau et compte au surplus sur notre collaboration afin d’y parvenir. A nous tous, travailleurs, chômeurs, retraités, étudiants, lycéens… avec ou sans papiers(!) de lui faire quitter la scène de l’histoire au plus vite et de la seule manière qu’il se doit : les deux pieds devant ! Une révolution reste à faire !

 

 

Petite galerie de portraits Sociaux-démocrates avec citations à l’appui :

 

Gustav Noske : (1868-1946). Artisan, puis journaliste. Elu du SPD, il assure la collaboration du parti avec l’état major de l’armée dont il bénéficie de la totale confiance durant toute la durée de la première guerre mondiale. Lors de la commune de Berlin, Noske donne plein pouvoir aux “corps francs”, des troupes de mercenaires qui préfigurent les milices nazis, afin de réprimer les ouvriers insurgés. Lors de ces événements, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht seront assassinés. Citation : « Il faut que quelqu’un fasse le chien sanguinaire: je n’ai pas peur des responsabilités ».

 

François Mitterand : (1916-1996). Ministre de l’intérieur en 1954, opposé à l’indépendance de l’Algérie. A couvert les exactions en tous genres de l’armée française contre les indépendantistes. Citation : “Nous ne frappons donc pas d’une manière collective. Nous éviterons tout ce qui pourrait apparaître comme une sorte d’état de guerre dont nous ne voulons pas mais nous châtierons d’une manière implacable les responsables.”

 

Manuel Valls : (1962). Ministre de l’intérieur de F.Hollande. N’atteint pas encore le palmares des deux précédents mais se montre prometteur. Citations : “Tu me mets des Whites, des Blancos … hi hi hi!” ou encore : «Oui, il faut dire la vérité aux Français: ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation avec les populations locales.»

 

 

Comptez vous êtes filmés

Quand la cour des comptes dénonce les caméras de surveillance

 

Pour nous, la Cour des Comptes n’est non seulement pas une référence, mais bien plutôt un instrument politique au service de l’Etat et de la Bourgeoisie. Nous noterons toutefois que, l’Etat lui-même lorsqu’il se préoccupe de nos sous, pointe ses propres contradictions. En conclusion de son rapport sur l’usage des « forces de sécurité » en France, on pouvait lire : « …Encouragé par l’Etat, le recours croissant à la vidéosurveillance de la voie publique ne peut se substituer à l’action des forces de sécurité étatiques ; il s’y ajoute. La charge financière et la gestion des dispositifs incombent, pour l’essentiel, aux communes. Le déploiement et l’utilisation de ces dispositifs s’opèrent dans des conditions de régularité mal contrôlées par l’Etat et parfois en infraction à la loi. L’absence, en France, de toute évaluation rigoureuse de l’efficacité de la vidéosurveillance de la voie publique est une lacune dommageable, notamment au regard du montant des dépenses publiques engagées… »1 La cour reprochait entre autre au gouvernement de ne pas donner les moyens aux commissions de contrôle départementales de la vidéoprotection de faire son travail à savoir éviter les abus : « son rôle est exclusivement formel », « …en l’absence de moyens matériel et humain, les commission départementales ne peuvent exercer ce pouvoir de contrôle… ». Un autre reproche porte sur l’absence de qualification ou d’habilitation des personnes chargées de l’exploitation des systèmes de vidéosurveillance. Enfin en pointant l’absence d’analyse scientifique sur l’impact sur la criminalité ou la délinquance, la cour note que le nombre d’infractions élucidées par la vidéosurveillance est négligeable.

 

En d’autres termes, on nous fait payer trop cher un outil inutile, utilisé par des incompétents que l’Etat lui-même ne peut pas contrôler…

 

1 – La Cour des Comptes. L’organisation et la gestion des forces de sécurité publique. Juillet 2011

 

Ci-joint, nous mettons à disposition l’affiche réalisée et collée par nos soins contre la vidéo-surveillance à Boulogne-sur-mer.

 

affiche

Publié dans Politique sécuritaire | Commentaires fermés sur Vidéo-surveillance à Boulogne-sur-mer: de la proximité des élections municipales, de la petite bourgeoisie social-démocrate locale et de ses caméras de surveillance

La Scop : tentative de réappropriation collective ou nouvelles formes de dépossession des travailleurs. Seafrance/My Ferrylink.

La Scop : tentative de réappropriation collective ou nouvelles formes de dépossession des travailleurs. Seafrance/My Ferrylink.

 

Confrontés à la fermeture de l’entreprise dans laquelle ils travaillent, des ouvriers, des marins, des techniciens… décident de poursuivre l’activité pour leur propre compte en s’organisant sous le régime de la Scop. Nous n’allons pas relancer le débat mainte fois rebattu entre partisans et adversaires de la coopérative ouvrière, tout a déjà plus ou moins été démontré et quant à nous, nous avons affirmé à plusieurs reprises que nous n’entretenions aucune illusion sur le sujet (1). Pour autant, ces travailleurs ont fait des choix, comme ceux de Seafrance par exemple, qui les placent au coeur de nouvelles contradictions. Ce sont ces nouveaux antagonismes qu’il nous plaît aujourd’hui de sonder dans le long et sinueux cours de la lutte entre les classes.

La scop, le nouveau flambeau d’une certaine gauche

Depuis quelques années, la scop connaît une certain regain d’intérêt. En 2011, on dénombrait plus de 2000 entreprises adhérentes à la Confédération Générale des Scop ainsi que 45 000 salariés travaillant sous ce régime particulier. La santé des scop serait bonne, nous dit-on, voire meilleure que celles de certaines entreprises classiques. Quelques patrons affirment d’ailleurs qu’elles sont l’avenir d’un capitalisme qu’ils rêvent pacifié, plus humain et solidaire(2). Pour une certaine gauche, la philosophie de la scop semble aujourd’hui occuper la place qu’y tenaient il y a quelques décennies encore “l’autogestion” et/ou les “nationalisations”, lorsqu’il s’agissait alors de trouver la voie d’un “socialisme à la française”. Ainsi le Parti de Gauche y entrevoit : “…un outil formidable pour lutter contre les délocalisations.(…) un levier d’espoir pour les salariés et les citoyens de ce pays(3).» En quelque sorte, une piste programmatique supplémentaire aux côtés de l’inusable “défense des services public” et des campagnes mystificatrices contre les “excès du capitalisme financier”; un fanal additionnel dans la recherche d’un nouveau compromis social pour le moins anachronique.
En regard des reculs qu’accuse le mouvement ouvrier et face à l’offensive que mène actuellement le capital, ceux qui encouragent à emprunter cette voie participent d’abord à légitimer des réflexes funestes mêlant protectionnisme économique et discours nationaliste(4). Ils inoculent de la sorte un poison qu’ils disent combattre par ailleurs et persistent à désarmer les travailleurs dans un contexte international qui réclame, pour le moins, d’avoir les idées claires. L’engouement actuel pour la reprise en scop d’entreprises qui ferment leur portes : l’imprimerie Hélio-Corbeil dans l’Essonne ou l’usine Fralib du groupe Unilever pour ne citer que ces seuls exemples, traduit assez nettement ces limites. Il témoigne incontestablement de la combativité de la base, d’une volonté de trouver collectivement une issue, voire de dépasser les limites qui s’imposent aux travailleurs lors d’une fermeture d’entreprise(5). Un choix qui semblerait offrir d’avantage en terme de perspective que la “prime à la valise” même arrachée de haute lutte, qui, en définitif, renvoie chacun à l’isolement et à l’impuissance.
Quand les scop révèlent les limites actuelles du mouvement ouvrier.

Nous ne balayons donc pas d’un revers de manche ces expériences. Elles piquent forcément notre curiosité et ont valeur d’exemple. Particulièrement dans le cas qui nous occupe, celui de l’entrepriseSeaFrance, où s’exposent assez clairement les multiples rapports de force à l’oeuvre dans l’élaboration d’un projet qui, en cherchant d’abord à se prémunir de la concurrence, échappe déjà à ses initiateurs et servira, en définitive, les intérêt d’un groupe capitaliste initialement concurrent.
Ce retour en grâce de la scop, révèle par ailleurs la difficulté actuelle à penser, sur le terrain de la production, le sens que l’on entend donner aux luttes. Ces dernières années, les ouvriers de boîtes condamnées se sont d’abord battus afin d’obtenir de meilleurs indemnités de départ. L’objectif leur apparaissait, si ce n’est à portée de main, du moins accessible à l’issue d’un rapport de force mené parfois de manière désespérée. Faire ce choix, comme aujourd’hui celui de la scop, montre que c’est avant tout la proximité immédiate, celle du lieu de travail, ou en l’occurrence sa disparition prochaine qui borne l’horizon de ceux qui luttent. Le champ des possibles y apparaît fatalement réduit et la direction à prendre s’impose pratiquement d’elle même. Cette réalité se découvre d’autant plus rude à ceux qui se battent, qu’ailleurs, d’autres qu’eux se confrontent dans des conditions comparables aux mêmes difficultés. Néanmoins, ce sentiment bien souvent partagé s’accompagne parfois d’une intuition : c’est en parvenant à s’extraire du cadre imposé que l’on établira avec les patrons et l’Etat un rapport de force notable(6).
L’enjeu de la période engage par conséquent à porter l’affrontement au delà du lieu de production lui même, de travailler à la création d’un rapport de force commun et global en lien avec ceux qui ailleurs subissent le même sort. Une démarche difficile, s’il en est, qui trouvera forcément sur son chemin les opposants résolus à toute initiative autonome de la base, en premier lieu desquels figurent les appareils et bureaucrates syndicaux. Le tour que semble prendre la mobilisation dans le cadre de la fermeture de l’usine d’Aulnay nous en apporte l’exemple une fois encore. (ibid).
Lorsque la raison de la justice croise celle des politiques …

Aux propositions émanant de l’alliance DFDS/Louis Dreyfus et du suédois Sténa-Lines, le tribunal de commerce de Paris a finalement préféré le projet porté par le groupe Eurotunnel. Jacques Gounon, son président a ainsi racheté trois navires de l’ex-société SeaFrance, les stocks et la marque pour un montant de 65 millions d’euros(7). La société ferroviaire devient ainsi armateur et loue depuis les navires à la coopérative par le truchement d’un montage financier reposant sur six filiales dont le capital est ouvert aux collectivités locales.
La question de l’emploi aurait été déterminante nous affirme-t-on, dans la décision que le tribunal a été amené à rendre. La promesse faite par l’ancien secrétaire de la CFDT de créer à terme 560 postes aurait somme toute permis à la Scop de voir le jour après de multiples péripéties. Mais c’est d’abord l’effacement d’une créance d’un montant de 180 millions d’euros au profit du principal débiteur, la SNCF, qui dans le climat électoral du moment a plus sûrement fait pencher la balance du côté d’Eurotunnel(8).
… l’opportunisme électoral n’est jamais loin.


Si la CFDT a recherché l’appui des politiques locaux afin de mener à bien son projet, force est de constater que, dès le départ, l’affaire semblait bien mal engagée. Eric Vercoutre, le secrétaire du comité d’entreprise SeaFrance rappelait à ce titre : “On connaît tous les détails de cette histoire et les positions des deux gouvernements n’ont jamais été claires. Des deux côtés, on nous a mis des bâtons dans les roues”. Il est sûr qu’avant les élections présidentielles, ni la droite ni le Parti Socialiste ne soutenait le projet. A la tête de la région, le socialiste Daniel Percheron ne cachait d’ailleurs pas sa défiance à l’égard de la coopérative ouvrière. Plus généralement, le P.S s’en tenait comme à son habitude à produire un double langage et à jouer un double jeu. Ainsi, devant les caméras et la presse, il entretenait le simulacre d’un appui à la Scop tandis que “dans l’ombre, le vice président de la région Nord-Pas-de-Calais, Pierre de Saintignon, usait de persuasion auprès de l’avocat de la CFDT afin qu’il convainc ses leaders de rencontrer le consortium Dreyfus/DFDS”(9).

Avant sa nomination au poste de ministre des Transport, Frederic Cuvillier, alors maire de Boulogne-sur-mer, s’était lui aussi abstenu de prendre parti pour le plan porté par la CFDT. Il en était au sein de sa formation politique l’ un des opposants déclaré : “ Je pense que la suite à donner dans cette affaire, qui est entre les mains du liquidateur, doit prendre en compte à la fois la plus-value sociale des offres ainsi que leur crédibilité dans un marché tendu. On ne doit ni déstabiliser le marché, ni prendre le risque de se retrouver avec un nouveau SeaFrance dans deux ans. Rien ne serait pire pour la cause de l’économie sociale et solidaire qu’une reprise qui ne se trouve pas, au final, être durable ni pérenne”. A la faveur des échéances électorales, il s’est ravisé s’empressant de dénoncer : “ la façon regrettable dont la SNCF et le gouvernement Fillon avait traité l’affaire (…) les ministres concernés n’ayant pas rempli leur mission”. Puis, une fois assuré de la forme juridique que prendrait l’affaire, une ordinaire société anonyme, il s’est rallié à : « une solution pérenne sur le plan économique et favorable à l’emploi». Enfin, le 7 juin 2012, il s’emparait de l’affaire et proclamait avec détermination : “J’ai informé le président de la République François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault de ma démarche en conseil des ministres, précise-t-il. Je me suis également entretenu de la situation de SeaFrance avec Arnaud Montebourg (ministre du Redressement productif) et Benoît Hamon (ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire). Les choses sont claires : c’est moi qui pilote !”

Cette récupération d’entre deux tours permit un affichage à peu de frais au tout nouveau ministre ainsi qu’à son homologue du “Redressement Productif”. Ainsi à son tour, Arnaud Montebourg se découvrait une humeur coopérative, jugeant le dessein :“ intéressant, humain, performant et non délocalisable”, concluant que : “les coopératives ont une place importante car c’est un capitalisme à visage humain … » . Il est vrai que se précipiter au chevet d’une filiale agonisante de la SNCF n’implique pas la même détermination que d’affronter un groupe industriel de taille international. Les travailleurs d’Aulnay et de Florange jugeront sur pièce…

La comédie fut à son comble lorsqu’à son tour, le PCF, par la voix de l’ancien maire de Calais remercia “publiquement le groupe Eurotunnel et particulièrement son PDG Jacques Gounon de l’implication positive qu’ils auront eu dans ce dossier», qualifiant dans le même temps “d’ignoble le comportement de la SNCF”. Les derniers laudateurs des secteurs étatisés du capital en cherchent encore leur latin …

Sous l’oeil inquisiteur des mécènes …

L’équilibre de la trésorerie sera d’évidence le point névralgique de la scop si elle parvient à maintenir son activité. A son lancement, la coopérative ne disposait que des fonds investis par les 850 sociétaires. Parmi ceux là, figurent les 400 salariés ayant apporté avec eux 5 000 euros chacun au titre de leur indemnité de licenciement. Au total, le capital de départ s’élevait à 2 millions d’euros. A notre connaissance, les 25 000 euros promis par la SNCF à chaque employé qui les investirait dans le projet ne leur ont toujours pas été versés et feraient, encore à cette date, l’objet d’un litige. Conscientes de ces difficultés, certaines collectivités territoriales ont apporté leur contribution au projet porté par des marins qui, par ailleurs, sont également des électeurs. La ville de Calais a donc versé un million d’euros, de même que la ville de Gravelines et celle de Grande-Synthe. La pratique est monnaie courante puisqu’il s’agit selon la formule consacrée de “soutenir le tissu économique local” en versant des aides publiques à des entreprises privées, la plupart du temps sans contrôle ou contre partie aucune. Cette fois, le scénario apparaît un peu nouveau et le contrôle des mécènes ouvertement intéressé. En plus de l’autorité du groupe pour lequel elle soustraite, la scop aura vraisemblablement à supporter les menées et les rivalités des potentats locaux.
Prenons pour exemple le président de la Région Nord-Pas-de-Calais, Daniel Percheron. En promettant une aide d’un montant de 10 millions d’euros à la scop il réclamait en retour la réouverture d’une ligne trans-Manche au départ du port de Boulogne-sur-mer(10). Un moyen comme un autre de rentabiliser le Hub-port, ce caprice du patronat local financé pour un montant de 45 millions d’euros par les fonds public et aujourd’hui sans activité. Est ce à dire qu’il y aurait deux poids deux mesures dans la manière de distribuer l’argent public ? On serait amener à le supposer. Les mêmes, d’habitude si peu regardant admonestent cette fois, comme le doctoral Frédéric Cuvillier qui prévient:” la qualité de service, la régularité, le sérieux seront des gages de crédibilité. Il y a toujours des leçons à retenir du passé. Il y a parfois des actes courageux à accomplir, dans la vie d’une société. (…) My Ferry Link doit trouver sa vitesse de croisière, si j’ose dire. Elle doit adopter une stratégie commerciale qui assure sa pérennité. Elle devra se rendre attractive, notamment par une qualité de service irréprochable.”

… et entre les mains d’Eurotunnel.

Avec désormais quatre enseignes exerçant une même activité sur le détroit, les anciens de Seafrance se retrouvent livrés in naturabilus entre les mains et au service de la stratégie d’une ordinaire entreprise capitaliste. Le supplément d’âme dont, d’ordinaire, on aime à parer l’ économie dite “solidaire” risque en la circonstance de se diluer dans les combinaisons du groupe Eurotunnel. En rachetant les actifs de SeaFrance, Jacques Gounon entend avant tout consolider une position dominante sur le marché et se prémunir face à une concurrence qui dernièrement s’est diversifiée(11). L’acquisition des navires de la SNCF pour une somme inférieure à leur valeur réelle permettra au groupe d’asseoir sa position tout en imposant le contrôle des tarifs pratiqués sur et dessous la Manche. L’équilibre financier serait obtenu à partir de 6 % à 9 % du marché global d’ici deux ans.
Il n’échappe donc à personne que les gains de productivité escomptés par les uns et les autres ne pourront se réaliser qu’à la condition d’une exploitation accrue de la force de travail, voire au prix de la disparition à terme d’une ou plusieurs unités de production. Les patrons de P&O n’ont pas tardé à réagir, d’abord en laissant entendre qu’ils attaqueraient Eurotunnel auprès de la commission européenne pour “Abus de position dominante”, puis en déclarant qu’à l’issue“d’une étude détaillée”, ils réduiraient leurs coûts d’exploitation. Se voulant rassurante, la directrice de la société anglaise a affirmé qu’il ne s’agit pas pour le moment de supprimer des postes mais : d’analyser toutes les activités pour voir celles où l’on pourrait baisser les coûts, gagner en rentabilité. »Il semble pourtant que pour le capital, la gamme des moyens lui permettant d’y parvenir demeure invariablement la même : attaques sur des conditions de travail, réduction des salaires. concentration de l’activité, diminution des effectifs. Dès lors, la scop se borne à n’ être plus qu’un simple instrument au service d’une politique dont les travailleurs, quelque soit l’enseigne sous laquelle ils se font exploiter, seront les premières victimes.
Le contrôle par les travailleurs …

Historiquement, les coopératives ouvrières sont nées au XIX° siècle de la réaction des ouvriers de métiers issus des corporations, à l’encontre de l’industrialisation accélérée de la production. Aujourd’hui, une scop mobilise, comme dans n’importe quelle autre entreprise, différentes catégories de travailleurs ce qui pose de fait la question de la hiérarchie des tâches et de l’organisation du travail. Dans le meilleur des cas, celui où la structure du travail sera repensée collectivement, on tentera malgré des contraintes incontournables -l’existence d’un marché reposant sur la loi de la valeur- d’organiser autrement l’activité : éviter autant que faire se peut la spécialisation, organiser la rotation des rôles, repenser les gestes et les façons de produire, les horaires, etc… Toutes choses difficilement imaginables dans un secteur d’activité comme celui où exerce la scop Seafrance marqué justement par une très forte spécialisation et séparation des fonctions. A notre connaissance, les Ferries d’Eurotunnel naviguent avec des officiers mis à leur poste par la direction et de toutes les façons inamovibles. Et il en va de même à chaque échelon de la hiérarchie sur les navires. On touche ici à l’une des limites évidentes des scop. Si elles peuvent offrir parfois et de manière très marginale des espaces d’initiative, il apparaît in-envisageable qu’elle puisse s’extraire de l’organisation capitaliste du travail.

… ou le contrôle des travailleurs !?

Maintenant, regardons les choses en face. Sur un marché concurrentiel comme celui du ferry trans-Manche, quel rôle va être amenée à jouer l’ex-bureaucratie syndicale de la CFDT ? Organisera-t-elle la riposte ou encadrera-t-elle la main d’oeuvre afin de l’amener à accepter des baisses de salaires, des modifications d’horaires et la dégradation de ses conditions de travail ; en bref, la contraindra-t-elle à l’auto-exploitation afin une fois encore de “sauver l’emploi”, entendez, convenir aux seuls intérêts du patronat du détroit ?

La question mérite d’être posée à au moins deux titres. Le premier car la scop Seafrance est assez représentative des coopératives créées et portées à bout de bras par une équipe syndicale quand survient une cessation d’activité. Dans ce cas précis, le syndicat occupe une place prédominante ainsi qu’une fonction tutélaire qui, sans trop de surprises, laisse présager de la suite des événements. Précédemment considéré comme le principal, si ce n’est le seul, interlocuteur de la direction il s’y substitue dorénavant auprès de la base. C’est une évolution plusieurs fois observée dans l’histoire de scops. Une séparation s’opère alors entre d’un côté les producteurs et de l’autre un groupe issu ou reconnu par la base elle-même comme “le plus apte” à conduire les affaires de l’entreprise. On assiste alors au retour sous une autre forme de la séparation entre les spécialistes de la gestion et les assujettis à l’exécution… Nous n’éplucherons pas les mécanismes à l’oeuvre dans ce glissement vers de nouvelles formes de dominations, la plupart du temps à l’oeuvre antérieurement…

Le deuxième tient tout bonnement à l’annonce faite par le PDG d’Eurotunnel à propos des salaires. Le salaire mensuel moyen perçu à Seafrance était à l’époque de 3 600 euros brut. Jacques Gounon a dans une de ses déclarations été on ne peut plus catégorique :“ … le meilleur standard sur le détroit c’est P&O je pense (…) le coefficient de SeaFrance ne permettra pas à l’entreprise de survivre (…) La scop devra baisser les coûts salariaux de moitié”.A bon entendeur …

Et maintenant …

Lors de ces derniers mois, les marins de Seafrance ont démontré une réelle détermination dans la lutte, tant à l’encontre de leur ancienne direction que contre l’appareil de la CFDT. Ils ont par ailleurs résisté sans fléchir à l’une des pires campagnes de dénigrement orchestrée par les médias à l’encontre de travailleurs en lutte. Nous aimerions imaginer qu’ils pourront à l’avenir se consacrer exclusivement à l’élaboration de nouvelles manières de penser et vivre leur activité. En réalité, nous croyons qu’à terme ils seront appelés à reprendre le chemin de la lutte, tout comme leurs camarades des autres compagnies condamnés, comme eux, à subir la guerre que se livrent sur la Manche les patrons du secteur…


Notes :

(1) Voir article précédent : “La liquidation de SeaFrance : le grand bal des faux culs”. Courant Alternatif n° 218. Mars 2012.
(2) Gilles Mougenot, associé du groupe de capital-investissement Argos Soditic déclare dans la presse; “L’économie libérale s’honorerait selon moi d’encourager les Scop, une excellente façon de réunir le travail et le capital.”
(3) L’avocat Philippe Brun, proche du Front de Gauche et spécialiste des plans sociaux ne manque jamais une occasion de promouvoir la reprise en scop des entreprise dont il gère le dossier. Jusqu’au sein du P.S où Benoît Hamont annonce que “le gouvernement veut contribuer au doublement des Scop et à un passage de 40 000 à 100 000 salariés dans ce secteur dans les 5 années qui viennent ».
(4) En quelque sorte une version réactualisée du “Produisons Français” entonné par le Parti Communiste Français lors des présidentielles de 1981.
(5) Pour autant, les Scop issues de la reprise d’entreprise en difficulté ne comptent que pour 5 % du total des entreprises coopératives.
(6) ”…Il manque une perspective. Et on ne voit pas comment elle pourrait être donnée sans dépasser le cadre de Citroën seul. Elle ne pourra l’être que si nous nous tournons vers l’extérieur, si nous trouvons le moyen d’ajouter nos forces à celles de tous ceux qui aujourd’hui font face aux mêmes problèmes et aux mêmes ennemis ; de toutes ces boîtes qui ferment, licencient, ou toutes ces entreprises du secteur privé comme public où les conditions de vie et de travail empirent(…) dès que des contacts se concrétisent, les mentalités changent vite..”. in : http://onsbouge.unblog.fr/2012/10/29/meeting-du-npa-intervention-d’un-camarade-chez-psa.
(ibid). A lire également: “…Finalement, le plus positif de la journée aura été le déplacement d’une soixantaine de camarades (de PSA Aulnay – ndlr) à Faurecia Méru (Oise) où ils ont envahi l’usine équipementier de PSA. Grosse ambiance, accueil enthousiaste par les ouvrières lors de cette rencontre, qui montre le potentiel de solidarité qui pourrait exister si des objectifs clairs, combatifs et communs étaient portés au premier plan..” http://ouvalacgt.over-blog.com/article-psa-aulnay-nouvelle-etape-le-8-novembre-112119181.html
(7) Les trois bateaux étaient initialement estimés à une valeur de 150 à 200 millions d’euros. L’offre de la société Louis Dreyfus s’élevait à 50 millions d’euros, celle de la société Sténa-Lines à 30 millions d’euros. Rappelons que LD-lines a embauché lors de son arrivée à Calais plus de 200 ex-marins SeaFrance. A l’issue de la vente, Eurotunnel a en outre acquis le portefeuille clients (283 adresses e-mail réparties sur douze pays), le portefeuille autocaristes (1 107 noms répartis sur quatre pays) ainsi que le portefeuille clients-fret (1 000 clients et plus de 2 000 contacts).
(8) Le tribunal de commerce de Paris a cédé les actifs de feue SeaFrance sous réserve qu’ Eurotunnel s’engage à respecter trois conditions : – Les trois navires sont inaliénables pendant cinq ans (ils sont affectés sur Calais-Douvres), MFL ne peut accorder, sur les tarifs de transport ferroviaire transmanche de fret, de remise subordonnée à l’offre de transport maritime et ne peut traiter de façon discriminatoire, les clients qui n’utiliseraient pas MFL pour leur transport maritime transmanche de fret ».
(9) https://lamouetteenragee.noblogs.org/post/2012/02/15/la-liquidation-de-sea-france-ou-le-grand-bal-des-faux-culs/
Rappelons que le Conseil Régional détient la propriété et la responsabilité de décision du port de Boulogne-sur-mer.
Pour l’année 2012, le groupe est passé de 38 à 43 % du contrôle du trafic camions et de 46 à 55 % de celui des automobiles.


1° Encadré : Qu’est ce qu’une Scop ?

Scop : jusqu’en 2010, Société Coopérative Ouvrière de Production; depuis, Société Coopérative et Participative. Dans sa forme juridique, la Scop ne diffère pas de celle de la SA ou de SARL. Elle s’en distingue essentiellement dans le fait qu’elle y associe un fonctionnement de type coopératif. Les salariés ont qualité de sociétaires. Ils possèdent au moins 51 % du capital de l’entreprise et disposent de 65 % des droits de vote quant au partage des risques et à l’utilisation des bénéfices. Ces derniers sont d’abord redistribués aux salariés et au fond de consolidation de la Scop. Les fonds constituants la réserve ne peuvent être redistribués. Il existe différents niveaux d’adhésion qui ne confèrent pas les mêmes responsabilités ni les mêmes avantages. “Le sociétaire” participe financièrement ainsi qu’aux assemblées générales d’une scop. Il est électeur au Conseil d’Administration. “Le sociétaire extérieur” apporte, lui, un capital mais ne travaille pas à la scop. Enfin, “l’auxiliaire” est un simple travailleur, qui ne participe pas aux décisions, n’est pas sociétaire mais juste un prolétaire qui perçoit un salaire de la scop.

Encadré 2 : Chérèque, la presse et le syndicat maritime nord de la CFDT.

Opposé au projet de scop, François Chérèque lance à l’époque une procédure de radiation contre le syndicat maritime nord pour « accumulation de faits et événements qui portent gravement atteinte à la CFDT prise dans son ensemble, à ses militants et adhérents ». Le 22 mars 2012, le bureau national confédéral de la CFDT radie le Syndicat Maritime Nord. Depuis, L’ex secrétaire général de la CFDT a été mis en examen par un juge d’instruction de Boulogne-sur-mer à la suite d’une plainte déposée en diffamation par le syndicat Maritime Nord. La même plainte a été déposée à l’encontre de plusieurs journaux après qu’ils aient accrédités dans leurs colonnes les propos tenus par F.Chérèque. Sont concernés les titres suivants : Le Parisien, Libération, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, le Journal du Dimanche, France 5 et Nord-Littoral. Un ex député Nouveau Centre du Loir-et-cher Nicolas Perruchot est également visé par cette plainte.

Encadré 3 : Coopérative et mouvement ouvrier : une vieille histoire…

Nous livrons aux lecteurs cet extrait du livre de Michael Löwy : “La théorie de la révolution chez le jeune Marx”. Editions Sociales.1997. On y retrouve énoncé en substance les enjeux qui s’imposent hier comme aujourd’hui au mouvement ouvrier lorsque la Social-démocratie entend le mener dans les impasses de la dépendance à l’Etat. “Dans la Critique du programme de Gotha (1875) Marx écrit : “Au lieu de découler du processus de transformation révolutionnaire de la société, l’organisation socialiste de l’ensemble du travail résulte de “l’aide de l’Etat”, aide que l’Etat fournit aux coopératives de production que lui même (et non le travailleur) a “suscitées”. Croire que l’on peut construire une société nouvelle au moyen de subventions de l’Etat aussi facilement que l’on construit un nouveau chemin de fer, voilà qui est bien digne de la présomption de Lassalle !”(…) d’un côté, l’aide de l’Etat, l’intervention de la royauté prussienne; de l’autre, l’action autonome du mouvement ouvrier réel et la transformation révolutionnaire de la société”.

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur La Scop : tentative de réappropriation collective ou nouvelles formes de dépossession des travailleurs. Seafrance/My Ferrylink.

Les « Fraisnor » en lutte : du gaz contre le chloroforme

Les « Fraisnor » en lutte : du gaz contre le chloroforme

Depuis le mois de février dernier, des ouvrier-es de l’usine agro-alimentaire Fraisnor (près d’Arras) sont en lutte contre la fermeture de leur usine. A ce jour, ils occupent en permanence leur usine depuis un mois mais sans réel espoir de reprise. Cette lutte fait écho à des luttes récentes qui marquent la période : PSA-Aulnay, Florange, les Pétroplus de Petite Couronne, etc. A chaque fois, on croit revivre le même scénario : annonce de la fermeture, mobilisation ouvrière, contre-feu politique avec des annonces de reprise ou de redressement productif et finalement débâcle ouvrière et syndicale. Dans ces scénarios , chacun a ses responsabilités : pour le patronat et l’État elles sont assumées plus ou moins publiquement car il s’agit d’accompagner la crise du Capital mais côté ouvrier, l’analyse reste à faire. En proposant ici un récit de la lutte, la Mouette Enragée (en collaboration avec la Brique, un journal lillois) souhaite avant tout porter ce combat qui n’est pas fini. C’est aussi l’occasion d’en percevoir les enseignements et les limites. L’arrogance de la classe dominante est de plus en plus forte car elle résiste à des luttes longues (plusieurs mois) mais aussi fortes (occupation d’usines, etc). Cette arrogance n’est pas contrebalancée par un rapport de force qui peut s’obtenir que par des convergences. Les seules convergences existantes sont celles avec d’autres secteurs promis à la fermeture. Cette convergence généralisée n’est ni voulue par les syndicats (qui restent trop souvent sectoriels et locaux) ni par des partis politiques qui ne diffusent pas les luttes. Reste un réseau épars de solidarité qui se construit au jour le jour. Parmi ses initiatives, les ouvrier-es de Fraisnor organisent un barbecue-festif le 7 juillet. Tout le monde est invité pour venir soutenir la lutte mais aussi discuter. (adresse : 230 Allée d’Italie, 62223 Feuchy)

Des ouvrier-ères déterminés qui occupent l’usine depuis un mois

« Cette indifférence va nous contraindre d’imaginer des actions plus radicales, pour info, les bouteilles de gaz sont prêtes ! ». C’est sur cet avertissement, qu’une trentaine d’ouvrier-ères de Fraisnor interpellent les pouvoirs publics à Arras, le 26 juin dernier. Les salarié-e-s déposent à la préfecture, à la communauté urbaine d’Arras et au conseil général des CV pour les mettre face à leurs responsabilités. Car depuis février, ces salarié-es sont engagés dans une lutte pour garder leur emploi et ne pas sombrer dans la misère. En face, les pouvoirs publics ont tout fait pour noyer la contestation et fermer l’usine.

Fraisnor est une usine agro-alimentaire spécialisée dans la fabrication des lasagnes, près d’Arras (Feuchy) . Des lasagnes de cheval, oserons les plaisantins ? Pas à Feuchy, mais le scandale Findus/Spanghero (entreprise française qui a acheté la viande de cheval déguisée en viande de bœuf ) finit par faire sombrer la trésorerie déjà fragilisée de cette entreprise de 110 salariés. Le redressement judiciaire est prononcé le 6 mars, la liquidation le 22 mai. Depuis les machines ont cessé de fonctionner mais l’usine est occupée en permanence par les ouvrier-ères.
« Faut faire du bruit … faire exploser un truc »

Pendant l’AG du 26 juin (36ème jour d’occupation), Christian Delépine, délégué CGT, et ses camarades de blocage ont toujours la même hargne des débuts. Cela a commencé par des manifestations à Arras, au Louvre-Lens et même au salon de l’agriculture pour tenter d’ « interpeller l’opinion et les pouvoirs publics » et trouver des solutions politiques à la faillite du patron Alain Leemans. Ce dernier, à entendre Christian, est « un petit capitaliste qui a perdu en rachetant l’entreprise il y a quelques années » mais qui durant le mouvement s’est éclipsé habilement derrière les offres de reprise des politiques.
Suite aux premières actions, rien ne bouge vraiment et les salarié-es décident de forcer la main : le 11 mars, deux salariés montent sur des cuves de stockage et obtiennent la venue du ministre de l’agroalimentaire, Guillaume Garot. Du 15 au 23 avril, trois salariés marchent jusqu’à l’Élysée pour rencontrer un conseiller de Hollande. Enfin en mai, un délégué CGT se met en grève de la faim : « neuf jours, neuf kilos en moins » ironise Christian « mais on n’a rien obtenu, ça a été un échec total ». Échec car l’usine ferme le 31 mai. Or les Fraisnor ont toujours cherché à faire parler d’eux en multipliant les coups médiatiques mais aussi ont cherché des convergences possibles. En avril, ils vont à la rencontre des ouvrier-es de PSA-Aulnay en lutte contre la fermeture le leur usine et, plus localement, ils reçoivent le soutien des ouvrier-ères de l’abattoir Doux à Graincourt (près de Cambrai) eux aussi menacés de licenciements. Mais des autres entreprises, rien n’est venu. Se sentant trahis par les politiques et seuls dans leur lutte, les grévistes finissent par brûler une machine et l’effigie du patron, parti se réfugier dans sa coquette maison bruxelloise. Des bouteilles de gaz sont installées sur le toit, en guise de menace contre la préfecture et la communauté urbaine d’Arras (CUA), les véritables fossoyeurs de l’usine.

L’entrée de l’usine

« Faut qu’ils se calment les Fraisnor »

Dixit (en sourdine) un adjoint du préfet. Juste avant, il s’adressait aux salariés occupant le hall de la préfecture par un hautain « qu’est ce qui vous arrive ? ». Comme si la préfecture ne savait pas. En février, celle-ci soutient moralement les Fraisnor, des comités de pilotage sont organisés et la CUA promet le 15 mars de racheter les locaux et d’injecter 1,5 millions dans la trésorerie. Un véritable espoir pour les salarié-es. La CGT s’inquiète tout juste de quelques conditions (demande d’exonération fiscale), mais Philippe Rapeneau (président de la CUA) s’empressent de répondre «la CGT ne devrait pas s’emballer comme cela (…) tout ce qu’il y a à faire c’est wait and see» (Avenir de l’Artois, 10/04). Mais début mai, les ouvrier-es découvrent le pot aux roses. La promesse de la CUA avait une condition : la non-liquidation judiciaire. Or celle-ci est préparée en sous main et elle est prononcée le 22 mai. Avec le recul, tout laisse à croire que le plan de bataille était préparé d’avance et que l’objectif était de gagner du temps par de faux-espoirs. On nous dira que tout a été fait pour sauver les Fraisnor, que c’est la faute à la désindustrialisation et à la crise, « donnez vos CV on étudiera vos dossiers ». Mais les masques sont déjà tombés. En témoigne l’arrogant adjoint du préfet et ses subalternes policiers qui se sont dépêchés de verbaliser les voitures des salarié-es venus protester. Circulez, il y a plus rien à voir !

Les Fraisnor sont allés deposer des CV au conseil général du Pas-de-Calais (26/06/13)

« Chez moi, je tourne en rond donc je reste tant qu’on est pas éjectés »

Malgré ses coups de massue répétitifs, la lutte est encore vivace dans l’usine occupée. Mais Christel et ses copines ne se font pas d’illusions et parlent déjà entre-elles de la suite. « On a deux solutions : le CSP (contrat de sécurisation professionnelle qui n’a rien de sécurisant) qui prévoit une formation et un salaire à 80% pendant un an ou le RE (retour à l’emploi …. précaire) géré par Pôle Emploi (…) parmi nous, il y en a qui veulent faire aide soignante, auxiliaire de vie, etc ». Mais l’amertume est dans l’esprit de chacune. En me faisant la visite de l’usine encore réfrigérée, Véronique, fière de ses 14 ans d’usine, note que derrière les 110 salarié-es, il y a 110 familles promises à la précarité. Outre l’affectif, il y a surtout des salarié-es qui ont lutté mais qui n’obtiennent rien de plus de l’État et du patron qui peuvent dans la période se permettre une telle arrogance. Comme pour les autres fermetures d’usine, la classe dominante joue la même partition : le patron ferme l’usine, le politique promet le « redressement productif » et lance des faux-espoirs. Reste les ouvrier-es coincés entre la croyance encore persistante d’une social-démocratie aux commandes de l’État qui va les sauver et la nécessité de lutter pour garder leur emploi et ainsi éviter la précarisation et la marginalisation. Le rapport de force reste inégal et il le restera si des solidarités ne se créent pas. La convergence n’est pas seulement un entre-soi des secteurs qui font naufrage, elle doit être plus générale. Le 7 juillet, les ouvrier-es de Fraisnor organisent un barbecue dans ce sens.

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur Les « Fraisnor » en lutte : du gaz contre le chloroforme

La Mouette Enragée n°31 vient de paraître !

La Mouette Enragée n°31 vient de paraître !

 

promo

ou

 

Publié dans Dans vos agendas | Commentaires fermés sur La Mouette Enragée n°31 vient de paraître !

Radio Vostanie : discussion autour de la période en général et sur les suites de la lutte des ouvriers et des ouvrières de PSA Aulnay en particulier.

Radio Vostanie : discussion autour de la période en général et sur les suites de la lutte des ouvriers et des ouvrières de PSA Aulnay en particulier.

Samedi 25 Mai nous avons engagé une série d’échanges autour de la période en compagnie des camarades qui animent la Web-radio Vosstanie. Ces discussions font suite à la réunion publique que nous avions organisé collectivement à Lille avec un groupe d’ouvriers grévistes de l’usine PSA Aulnay. Vous pouvez écouter l’intégralité de cette émission mais également ré-écouter l’enregistrement de la réunion qui s’est tenue à Lille le 21 avril en télé-chargeant le lien ci dessous.

http://rapidshare.com/files/905512911/PSA%20LILLE%20AFPDR%20final.mp3

Nous vous recommandons plus particulièrement l’écoute, en fin d’émission, de l’intervention du camarade qui fut au sein de l’usine en lien direct avec les ouvriers d’Aulnay. Sa contribution apporte de nombreux éclairages sur ce qui a fait de cette grève une lutte particulière à un moment particulier. Une lutte, comme le précise d’ailleurs le camarade en question qui n’est pas terminée et connaît encore aujourd’hui dans l’enceinte même de l’usine de multiples rebondissements.

http://www.mediafire.com/download/mxaawwd81j843fj/Emission_du_25_Mai_2013.mp3 
Thèmes de l’émission du 25 mai 2013:L’OIT, L’anti-fascisme est-il soluble dans la lutte de classes ? Le sport noir et rougeaussi con que les autres… Quel sport ? Présentation du Groupe la Mouette enragée – Grève et grévistes à PSA  – Les manoeuvres politiciennes de LO et la CGT.

Radio Vosstanie : http://vosstanie.blogspot.fr/2013/05/radio-vosstanie-le-25-mai-2013-21h.html
Radio Egregore : http://oclibertaire.free.fr/spip.php?rubrique93

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur Radio Vostanie : discussion autour de la période en général et sur les suites de la lutte des ouvriers et des ouvrières de PSA Aulnay en particulier.

Actions de Solidarité avec les ouvriers et les ouvrières de PSA Aulnay en grève depuis quatre semaines.

Actions de Solidarité avec les ouvriers et les ouvrières de PSA Aulnay en grève depuis quatre semaines.

Enregistrement du débat qui sʼest tenu le dimanche 21 avril avec des ouvriers de lʼusine dʼAulnay à la librairie occupée “Lʼinsoumise” à Lille.

https://www.wetransfer.com/downloads/a8eb5081c28ec221cfef26a82dcf51b720130503094607/bd6a5c9ef1a9ff8bc3fadecdb0c5094420130503094607/89e18c#

Le dimanche 21 avril 2013 avec quelques camarades de Paris et ceux de la librairie occupée “L’Insoumise” à Lille, nous avons organisé une journée de débat en accueillant un groupe de grévistes de l’usine de construction automobile PSA d’ Aulnay. Notre objectif était clairement de donner la parole à des travailleurs en grève depuis plusieurs semaines, de permettre à la lutte de sortir de l’usine, de s’exposer publiquement en franchissant les obstacles du contrôle syndical et partidaire. Bref, de tisser concrètement des liens de solidarité entre travailleurs, chômeurs, étudiants, etc… tous et toutes impliquées d’une façon ou d’une autre dans la lutte de classe.

Cette grève, exceptionnellement longue, concentre en son sein une partie de la résistance aux mesures que le capital impose actuellement au travers de ses restructurations et liquidations de sites. Elle se déroule au moment où L’Etat commande avec la collaboration des organisations syndicales, hypocritement opposées ou véritablement collaborationnistes, ce qui revient strictement au même, une série de mesures qui vont aggraver nos conditions d’exploitation : casse des conventions collectives, baisse des salaires, augmentation des cadences, chantage au licenciement, etc … comme le disent les grévistes, “… notre grève il faut s’en saisir, elle est importante, elle se déroule à un tournant (…) elle doit servir aux tous ceux qui luttent actuellement…”

Importante cette grève, elle l’est en effet ! Car ce qui s’annonce comme un cauchemar supplémentaire pour l’ensemble des prolétaires, les ouvriers d’Aulnay le vivent déjà au quotidien. Conscients qu’il n’ y a pas d’autre alternative que le combat, ils exposent et expliquent les moyens qu’ils se donnent pour lutter au jour le jour : arrêt de la production, caisse de grève, occupations de sites, tournée des usines, etc…

La fameuse “convergence”, dont le gauchistes nous rebattent les oreilles depuis des lustres et qu’ils ne comprennent que comme la somme de regroupements bureaucratisés d’essences syndicale ou politique, les ouvriers d’ Aulnay présents lors du débat nous en parlent justement. Ils nous disent combien les obstacles sont nombreux lorsqu’ils recherchent le contact, à la base, entre travailleurs en lutte. La limite qui s’impose à eux, c’est d’abord le contrôle des appareils au profit de leurs intérêts propres de boutiquiers et la difficulté qu’il y a à dépasser cela dans le cours de la lutte.
Cette rencontre a permis de libérer la parole, de débattre sans médiation d’aucune sorte.
Elle nous a renforcé dans notre conviction que c’est, entre autre, au travers de ces moments là que se tissent les liens indispensables à l’élaboration d’un rapport de force. “Nous partons de zéro” dit une camarade, “ Tout est à faire”, en effet, tout est à construire  et c’est d’ailleurs ce à quoi s’affèrent à leur tour des camarades de Toulouse qui accueilleront les grévistes d’ Aulnay le samedi 11 mai à 17 heures au Centre social Autogéré, 2 rue du Faubourg Bonnefoy. ici

Tract distribué en solidarité avec les grèvistes d’ Aulnay le 1° Mai à Arras, lors du Salon du Livre d’Expression Populaire et Sociale et lors du triste rassemblement syndical devant la gare.

 

Tract d’appel à la journée de l’insoumise

Signalons également le point de vue sur cette rencontre/débat du camarade qui anime le blog  » Le Prolétariat Universel » : 

« Un débat exemplaire avec des prolétaires en grève sortis de leur usine ».

 http://proletariatuniversel.blogspot.fr/2013/04/un-debat-exemplaire-avec-des.html

Publié dans Luttes dans les boîtes | Commentaires fermés sur Actions de Solidarité avec les ouvriers et les ouvrières de PSA Aulnay en grève depuis quatre semaines.