La Social-démocratie locale et la Vidéosurveillance : volte-face sécuritaire et allégeance au patronat.

La Social-démocratie locale et la Vidéosurveillance :
volte-face sécuritaire et allégeance au patronat.

 

Au nombre des priorités que se sont fixés les élus de la CAB en matière de “développement économique” et d’aménagement de l’espace urbain, on retrouve le déploiement de la vidéosurveillance. Un dossier exemplaire qui témoigne de la manière dont la gauche prépare systématiquement le terrain aux destinées les plus réactionnaires.

 

Le choix de la vidéosurveillance répond à l’enjeu n° 3 d’un programme communautaire supposé rendre plus attractif le territoire aux entreprises. Il s’insère dans le nouveau scénario que promeut la municipalité de Boulogne-sur-mer, celui d’une ville “intelligente tournée vers les nouvelles technologies”, en route vers une chimérique “troisième révolution indistrielle” (1). Le volet sécuritaire participera de cette ”ambition numérique” qu’exalte la gauche locale dès lors que l’ensemble des caméras de surveillance sera relié à la fibre optique dont on nous annonce l’arrivée prochaine. L’intrication de la course au profit et de la propagation des pratiques disciplinaires trouve sous le masque de l’extase technologique l’une de ses plus éclairantes démonstrations.

C’est évidemment une décision cohérente si l’on admet que la vidéo est un élément à part entière des stratégies d’aménagement et de gestion de l’espace au profit du capital. A fortiori en cette période où la baisse des dotations versées par l’Etat, de l’ordre de 20 %, contraint ces élus à “faire des choix”, comme le déclare le président de la communauté d’agglomération. En déboursant la somme de 110 000 euros pour contenter les exigences du “Club de la Zone Inquéterie Entreprise”(2), la CAB ne fait que confirmer la subordination ordinaire du personnel politique aux desiderata du patronat et ce, du sommet de l’Etat jusqu’à ses plus bas échelons locaux.

 

 

l’ ambidextrie experte de la social-démocratie locale

Dans le boulonnais comme partout ailleurs, ce sont les maires des municipalités de droite qui les premiers livrèrent l’espace public à l’objectif des caméras : Saint-Léonard, Equihen et le Portel. A gauche, la conversion se fit plus lentement mais tout aussi sûrement. L’argumentation des uns ne diffère en aucun point de celle des autres et repose sur un plaidoyer articulé en deux temps. D’abord, il y aurait la nécessité de sécuriser les locaux et les espaces publics, comme les salles de sport et les cimetières, et de la sorte délivrer une réponse favorable aux réclamations formulées par des riverains excédés. Se faire le relais d’une volonté populaire, voilà le leitmotiv doucereux des élus de gauche lorsqu’il s’agit de justifier leur volte-face.

Ainsi, ni Thérèse Guilbert, maire d’Outreau, ni Oliver Barbarin, maire de Le Portel, ne se déclaraient au départ “ favorables au système de vidéosurveillance”. Antoine Logié, maire de Wimille s’avouait “quand même un peu réservé…” Quant à Frédéric Cuvillier, il a longtemps affirmé placer sa confiance dans les relations de proximité et le lien social … Depuis, tout ce petit monde s’est ravisé pour accorder son violon au diapason d’une fièvre sécuritaire qu’il alimente en retour à des fins très intéressées …

De toute évidence, le basculement s’est opéré à mesure que les scores de l’extrême-droite locale ont figuré un avertissement pour des équipes municipales installées dans la place depuis des décennies. Ces sociaux-démocrates ont agît comme à leur habitude en pareille circonstance ; opportunistes, ils se sont contentés de changer leur fusil d’épaule … Ainsi, le maire de Boulogne-sur-mer, s’est dédouané en se retranchant derrière les recommandations d’Habitat du Littoral dans le cadre du réaménagement des quartiers qu’il a lui même mis en oeuvre. Depuis, les truismes les plus éculés lui tiennent lieu d’échappatoire : “lorsque nous n’avons rien à nous reprocher, nous n’avons rien à craindre de la vidéosurveillance…” déclare-t-il benoîtement dans une interview à caractère promotionnel(3). Celui de Le Portel tente désormais de convaincre que “ce système a tout de même fait ses preuves”, quant à celle d’Outreau, elle confesse être “obligés d’en arriver là car nous ne pouvons pas avoir un agent de police à chaque coin de rue …” Pendant ce temps, ses conseillers votent de nouveaux crédits aux côtés de ceux de l’extrême-droite, dont le chef de file n’est qu’un transfuge du Parti Socialiste, afin de déployer davatange de caméras dans les rues de la ville …

 

derrière le masque social-démocrate

Ce cheminement n’est pas le fruit du hasard, ni la manifestation d’un glissement conjoncturel, il est consubstantiel de la fonction qu’occupe la gauche dans les périodes historiques où le capital se sait en position de force. Appelée aux affaires par le vote d’individus réclamant sa protection, elle leur imposera la régression sociale, là où la droite, confrontée à la même besogne se serait sans doute heurté à plus de difficultés. Les coups d’assommoir assénés aux prolétaires grecs par l’équipe de Tsipras renvoient en ligne directe à ceux portés en France par le gouvernement Hollande. Les sommations à se déclarer “Charlie” adressées aux rétifs de leur “Union nationale”, la loi Valls sur le renseignement ou encore l’augmentation de 300 millions d’euros du budget du ministère de l’intérieur dressent le rempart à l’abri duquel le Parti Socialiste désosse les restes du compromis social de l’ère fordiste.

On retrouve l’illustration de cet enchevêtrement politico-sécuritaire au sein de la municipalité socialiste de Boulogne-sur-mer où l’on recycle à des postes de management ou d’élus, d’anciens cadres de la police nationale. Ainsi l’actuelle Directrice Générale de Services (DGS) de la mairie officiait auparavant en qualité de sous-préfet, puis de commissaire centrale de police. Plus banal, le conseiller municipale en charge de la sécurité se trouve être un ancien commandant de police du commissariat de la ville.

 

 

combien cela coûte-t-il de se faire espionner ?

Comme nous l’avons vu, la baisse des dotations de l’Etat versées aux collectivités est l’argument auquel recourent les responsables locaux pour répondre des choix qu’ils opèrent. S’il est un domaine qui échappe justement à cette règle c’est celui du contrôle social et sécuritaire pour lequel la gauche s’est empressée de reconduire l’ensemble des mesures prises par le gouvernement précédent. Ainsi, lorsqu’un maire décide d’installer des caméras de surveillance sur la commune qu’il gère, près de la moitié des frais d’installation sont pris en charge par l’Etat(4). C’est évidemment une aubaine et une manne que les élus sont rares à refuser car l’opération leur permet de communiquer sur un terrain où ils s’imaginent gagner en popularité à peu de frais.

A partir des seules informations diffusées publiquement il est difficile de se faire une idée précise de ce que coûte la vidéosurveillance et encore moins de ce qu’elle rapporte aux patrons des sociétés qui s’en gobergent. Toutefois, nous savons que dans la seule CAB, le montant de ces installations s’élève à plusieurs dizaines, si ce n’est centaines de milliers d’euros. Les informations concernant les coûts de fonctionnement, d’entretien et de réparation échappent, eux, à toute publication. Pour la ville de Boulogne-sur-mer, 83 050 euros ont été déboursés en 2013 et 25 000 euros par la suite pour de nouvelles installations. A Outreau, la seule extension du réseau se chiffre déjà à 71 466 euros HT. Pour Saint-Martin-Boulogne nous ne disposons pas d’information, outre celles concernant la zone de l’Inquéterie déjà mentionnées. A Wimille, la facture s’élèverait pour le moment à 6000 € hors taxes.

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Notes :

(1)Voir le procès verbal de la réunion du 30 juin 2015 du conseil communautaire. Les projets visent entre autres, la plate-forme aquacole de Wimereux, la reconstruction d’un bâtiment à Garromanche, les travaux de parking Eplacenet et la vidéosurveillance à L’Inquétrie.
http://www.agglo-boulonnais.fr/uploads/tx_abdownloads/files/PV_CONSEIL_DU_30-06-15_01.pdf
Lire également le dossier du numéro 32 de la revue de la CAB, Aglorama, en date de septembre 2015.
http://www.inquetrie-entreprises.fr/
interview de F.Cuvilliers à propos de la vidéosurveillance in : Le journal du boulonnais : https://www.facebook.com/310311575812682/videos/431589773684861/
Le FIPD : Fonds Interministériel de Prévention de la Délinquance prend en charge entre 40 et 50 % du montant total de ce genre d’opération.

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Encadré :

La Social-démocratie dans l’histoire

Pour qui nʼignore pas lʼhistoire des sociaux-démocrates européens, le bilan en la matière nʼest plus à écrire mais inlassablement à exhumer. Va-t-en guerre en 1914, gagnés à lʼUnion Sacrée, bouchers de la commune de Berlin, assassins de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht -un petit meurtre entre “camarades”- ralliés à P. Pétain en avril 1940 (90 parlementaires de la SFIO), briseurs des grèves de mineurs de 1948, colonialistes de la première heure et “saigneurs dʼindigènes” à la demande : Indochine, Algérie, elle impose l’Etat d’urgence en 2015… de Gustav Noske à Manuel Valls en passant par Mitterand et Hollande, la social-démocratie se compose depuis plus dʼun siècle dʼune petite bourgeoisie arriviste prompte à tous les ralliements aux pouvoirs forts, invariablement du côté du manche, au seul service des intérêts du capital. Paul Mattick examine l’influence mortelle qu’exercèrent les sociaux-démocrates sur le mouvement ouvrier au travers du portrait qu’il brosse de l’un d’entre eux : “Karl Kautsky de Marx à Hitler”. On peut lire ce texte dans l’ouvrage “Intégration capitaliste et rupture ouvrière” paru aux éditions EDI, il est également disponible sur internet à l’adresse suivante : http://www.left-dis.nl/f/kautsky.htm
Encadré :

 

“Voisins vigilants” au service du lien social dans le boulonnais.

Aux côtés de la vidéosurveillance un nouveau dispositif né en Angleterre, terre de la contre-révolution libérale, est apparu en France en 2007. Il se diffuse actuellement dans les zones rurales et périphériques du boulonnais. Ce système repose sur un contrat établi entre une municipalité et la gendarmerie de la zone concernée et vise comme d’autres initiatives du même genre à mieux fondre l’armée et la police au sein la population. Les gendarmes dispensent à ces “Voisins Vigilants” une formation dont l’objectif serait, non pas de jouer les indicateurs comme on serait en droit de le supposer, mais plutôt de “renforcer le lien social”. C’est du moins de cette manière que le maire de Landrethun-le-nord, lui même un ancien gendarme, présente la chose tout en avouant dans les colonnes de la presse bourgeoise que :“ la commune ne soit pas plus touchée par les cambriolages que le autres communes”.

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