De la France à géographie variable ou l’aménagement du territoire à l’échelle de la planète bleue

De la France à géographie variable
ou l’aménagement du territoire à l’échelle de la planète bleue

 

L’Hexagone, par la magie la convention de Montego bay, ratifiée dans le cadre de l’ONU, vient d’opérer un aménagement extra-territorial dans les grandes largeurs. Ce sont rien moins que 580 000 kilomètres carrés, soit la surface dudit hexagone  ! Coup de périscope sur le programme «  Extraplac  » suivi par l’Ifremer…

En effet, la convention de Montego bay permet aux pays côiers d’étendre leur plateau continental au-delà des 200 milles marins (environ 370 km) de leur ZEE ( zone économique exclusive )- jusqu’à une limite maximale de 350 milles – s’ils démontrent que leur territoire terrestre se prolonge sur le fond des océans. Bref, la plaque continentale de laquelle émerge le pays est considérécomme partie d’icelui. Les zones concernées portent sur une superficie de 423.000 km2 au large des îles Kerguelen, de 76.000 km2 au large de la Nouvelle-Calédonie, de 72.000 km2 au large de la Guyane et de 8.000 km2 au large de la Martinique et de la Guadeloupe. Les possessions françaises en terme insulaire exotique sont donc l’aubaine qui pourrait permettre l’extension de son domaine maritime à un million de kilomètres carré. Reste à la CLPC (Commission des limites du plateau continental) à se prononcer favorablement sur les demandes relatives à Crozet, La Réunion, Saint-Paul et Amsterdam, Wallis et Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon. Un dossier reste à déposer concernant la Polynésie française. La France est donc en passe de détenir le plus grand domaine maritime mondial.

 

 

En ces temps d’amour retrouvé pour la planète qui se réchauffe, c’est l’occasion rêvée de dorlotter la vie dans l’eau salée, de sauver les coraux, de rendre à ce monde son silence, non  ?
Non.
Que les utopistes de la COP21 se résignent, les résolutions de la France, porteuse de tous les espoirs des futures générations, n’entraveront pas les PPP (partenariats public-privé) entamés avec Ifremer, Technip et Eramet, Areva … Si quelques projets ont été abandonnés (trop chers, rentabilité trop éloignée), on envisage l’exploitation de gisements de sulfures hydrothermaux, riches en cuivre, zinc, plomb, cobalt, argent et or, voire d’autres minéraux moins connus comme l’indium (utile notamment pour les écrans plats LCD et les cellules photovoltaïques) et le germanium (fibres optiques, l’optique dans le domaine de l’infrarouge, catalyseurs et électronique). Restent les grands fonds  : « Potentiellement, le projet Wallis-et-Futuna pourrait devenir à horizon 2015-2016 le premier projet d’exploitation minière par grands fonds de la France » se réjouit-on à l’Ifremer. Outre les hydrocarbures (pourtant désormais honnis) et autre méthane. La France peut également espérer des ressources Minérales profondes, notamment les métaux rares comme le neodium qui sert à faire des aimants pour les éoliennes (!). Mais pas seulement. Au fond des océans, on trouve des nodules polymétalliques, riches en nickel, cuivre, zinc et manganèse. La France a d’ailleurs déposé des permis dans le Pacifique. Et elle est également très intéressée par les encroûtements cobaltifères (cobalt, nickel, platine et manganèse), dont les plus riches dans la ZEE française sont localisés en Polynésie. On y trouve également des métaux critiques (terres rares). Outre l’indium et le germanium, la France pourrait exploiter des gisements de cadmium, antimoine, mercure, sélénium, molybdène et bismuth.
Las, les capitalistes étrangers, les pollueurs ( la Chine la Corée, la Russie, le Japon, l’Inde et le Brésil mais aussi le Canada parti extraire 1,3 à 1,4 million de tonnes par an d’or et de cuivre aux abords de la Nouvelle Guinée-Papouasie….) sont aussi sur le coup
« La course vers les métaux rares recouvre des enjeux économiques et géopolitiques », confirme Pierre Cochonat de l’Ifremer. Et d’estimer que « c’est un enjeu très important pour le positionnement international des équipes scientifiques et des groupes miniers français, avec des enjeux juridiques derrière les demandes de permis dans les zones économiques ou dans les eaux internationales. Ces métaux rares sont stratégiques ». Car ils sont utilisés dans de nombreuses nouvelles technologies, y compris les énergies renouvelables.C’est ce que confirmait le chef d’état-major de la marine, l’amiral Bernard Rogel : « c’est une richesse qu’il nous faut exploiter mais aussi protéger car on ne peut plus aujourd’hui se désintéresser de ce potentiel immense ».

Bref, le renouvelable, dont les mérites seront vantés sur des supports gourmands en éléments rares et bien cachés, exige des forages dévastateurs…
« Il s’agit donc de concilier les grands principes de liberté des mers et de protection de l’environnement avec la volonté étatique de territorialisation des espaces maritimes ; et de composer avec les avancées technologiques qui incitent davantage les Etats à exploiter les ressources des océans.  » peut-on lire dans l’épais rapport document MONTEGO BAY, 30 ANS APRES  : Appropriation et exploitation des espaces maritimes : Etat des lieux, droit, enjeux … Car, on l’aura compris, la nature des enjeux en question intéressent les mondes politique, financier, entrepreneuriaux et miltaire. «  Si nous ne surveillons pas notre ZEE et ne montrons pas notre pavillon, nous serons pillés  », selon l’amiral Rogel.

De quoi être rassurés. Pour autant la France a renoncé à inclure l’atoll de Clipperton (25 000 kilomètres de fonds sous-marins au large du Mexique quand même) à l’époque de l’affaire Florence Cassez. On n’allait pas se battre contre l’armée mexicaine en plus…

 

Sources  :

  • http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120904trib000717773/france
  • -et-si-la-croissance-dormait-au-fonds-des-oceans-.html
  • Le JDD en ligne du II octobre 2015
  • Le Canard enchaîné du 28 octobre 2015
  • cesm.marine.defense.gouv.fr/…/CESM%20Montego%20Bay-bonne%20…
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