ChaPitre ferme à Boulogne-sur-mer  : émoi, émoi, émoi…

ChaPitre ferme à Boulogne-sur-mer  : émoi, émoi, émoi…

C’est avec émotion, et une certaine habitude, que la presse et les élus réagissent à la fermeture brutale de l’enseigneChapitre, « véritable symbole de la vie commerciale et culturelle du centre ville ». Car c’est bien d’enseigne – de marque – qu’il s’agit. ChaPitre est la propriété d’Actissia (anciennement Direct Group France, alors propriété du groupe allemand Bertelsmann, regroupant les marques France Loisirs, Le Grand Livre du mois et Chapitre.Com). Le tout, filiales francophones en Belgique, en Suisse et au Québec comprises, est tombé en 2011 aux mains de Najafi Compagnies, un fonds d’investissement américain basé à Phoenix, en Arizona.

Il y a neuf ans à Boulogne, l’entité ChaPitre avait, déjà, phagocyté quelques plus anciens symboles culturels locaux comme le disquaire Digital, ou la Maison de la presse… Sans parler de l’effondrement consécutif de la librairie my(s)thique Duminy et de son rachat par Majuscule aujourd’hui lui aussi mourant.
Tour rapide sur les entourloupes.

Najafi commence par vendre le siège social de France Loisirs, lequel, du coup, verse un loyer annuel de 5 millions d’euros pour ses propres murs. S’ensuit le début de dislocation des boutiques et des salarié-e-s, considérés comme toujours trop chers (des baux à la masse salariale). Le magasin boulonnais est pourtant des plus rentables. Mais Najafi, qui n’a jamais caché que son plus grand intérêt restait les sites internet, a bien décidé de faire en sorte de pouvoir se débarrasser des boutiques physiques, au moins en partie (5 à 10 millions investis dans Chapitre. Com en 2012).
Plusieurs deals ubuesques ont été proposés par le PDG Jorg Hagen, aux salarié-e-s des magasins condamnés, propositions variant selon le site. Premier raid : une proposition aux salarié-e-s de racheter 55 % des magasins, 45 % restant à Actissia. Autrement dit, utiliser l’argent des salarié-e-s pour augmenter les résultats de Najafi. Aussi, par souci de diversification, certains disquaires et libraires pourraient se retrouver à vendre -sans la moindre étude de marché ni modalités juridiques- des cosmétiques (de la marque suisse Karin Herzog) ou des compléments alimentaires ! Et autres enfarinades…

Quoi qu’il en soit l’affrontement qui se déroule au siège rue de Grenelle à Paris s’est déjà avéré musclé, au sens propre, les gros bras patronaux étant entrés en action contre les délégués de la CGT.
Reste que les employé-e-s du site de Boulogne sont dans l’expectative. Le sentiment est que le « plan social » est plié. ChaPitre Boulogne est mort et, symbole ou pas, en centre ville ou sur une zone industrielle, les « partenaires sociaux » vont prochainement connaître la qualité du cercueil, les conditions du départ…

Cette nouvelle période d’offensive du capitalisme, au travers en l’occurrence d’une restructuration via la fibre optique, réduisant toujours plus la part variable du profit (le coût de la main d’œuvre et des sites de production -ici de distribution-) ne relève ni du symbole, ni d’un problème endémique. Se solidariser avec le personnel de ChaPitre, c’est prendre conscience que la lutte menée aux travailleurs par le patronat est globale. Comme ses enseignes qu’il allume et qu’il éteint en fonction de ses appétits propres.
Pour en savoir plus sur les coulisses du plan chaPitre :
http://www.everyoneweb.fr/lacgtchapitre.com/
http://www.actualitte.com/

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