Capécure 2020: la voie de l’aquaculture ou le masque du désastre.

Capécure 2020: la voie de l’aquaculture ou le masque du désastre.

 

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Désignée “Plate-forme Européenne” de la transformation des produits de la mer, la zone de Capécure  est confrontée à l’incertitude d’un approvisionnement soutenu et constant de matière première*. Elle fait face aux contradictions inhérentes à l’exploitation du milieu naturel aux conditions du capital : maintenir le taux de profit dans une période de crise de l’approvisionnement imputable à la raréfaction de la ressource. Derechef, la réaction des patrons du secteur s’apparente à une course effrénée vers l’inconnu. Après le fiasco du projet “Hub-port” et des “Bateaux à Grande Vitesse”**, voici venu le temps de l’aquaculture, nouvelle sirène de la filière.

Lors d’une action de blocage du port en 2009, des marins boulonnais s’interrogeaient sur l’avenir de leur métier: “Pêcheurs depuis 400 ans, mais pour combien de temps encore ?” Les contradictions qui taraudent le secteur: une hausse continue de la demande sur le marché mondial contrariée par une baisse alarmante de la ressource, précipitent l’activité dans une crise écologique et sociale profonde dont l’issue paraît désormais fatale.

a/ Pêche:  le capital condamne le secteur à la marginalisation.

L’impasse dans laquelle s’est abandonnée l’activité n’apparaît à certains que sous l’aspect d’un productivisme débridé1. Pour autant, l’effondrement en trois décennies des tonnages débarqués n’incombe pas au seul secteur de la pêche industrielle. L’observation attentive d’une pêche artisanale accablée des mêmes maux, a mis à jour le caractère global et peut être inéluctable de la crise actuelle2. On constate par ailleurs que l’ensemble des dispositions techniques appliquées à l’un comme à l’autre des deux secteurs, tels : la réduction du nombre de jours en mer et du maillage des filets, voire l’exploitation d’espèces de grands fonds, n’est jamais parvenu à enrayer le processus. Au final, le bilan est accablant.

 

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Néanmoins, ces manifestations locales d’un marasme qui n’épargne aucune pêcherie à la surface du globe, ne peuvent s’interpréter à la seule lueur d’une exploitation irraisonnée de la ressource. Ni d’ailleurs comme le résultat d’une surcapacité des outils de pêche qu’il suffirait tout bonnement de réguler. Elles sont d’abord le fruit d’un rapport social d’exploitation et de domination des hommes et de la nature. Ce rapport a une histoire et s’est imposé jusqu’à aujourd’hui par étapes successives. Il a également une fonction précise, celle d’exploiter l’écosystème jusqu’aux limites de l’épuisement dans le seul but de servir les intérêts de quelques uns.

Conscients dès le départ que la prospérité de leurs affaires dépendait du coût et de l’abondance de l’approvisionnement, les industriels de la transformation parvinrent à imposer leur tutelle aux activités d’extraction : Jusqu’au tournant du vingtième siècle, la pêche en mer demeurait, au même titre que le travail de la terre, une activité rythmée par le cycle des saisons(…)En imposant leurs conditions aux pêcheries, les industriels de la conserverie recevront un approvisionnement de matière première dorénavant soumis aux impératifs du marché. Dès lors, les rapports de productions capitalistes -étayés par les “plans de soutien” de l’Etat à l’activité- s’appliqueront méthodiquement aux hommes comme à la ressource, ouvrant une époque ininterrompue de crises.3

Par la suite, l’activité adoptera, bon gré mal gré, le modèle de la Politique Agricole Commune, la PAC, soutenue par les aides publiques d’Etat et celles de l’Europe. Dès lors que la diminution de la ressource eu atteint un seuil critique, susceptible de menacer la réalisation du taux de profit, la réponse de l’Etat fut immédiate. Elle consista à distribuer des droits de propriété privée sur la ressource halieutique commune appelés “quotas”. Si pour l’Etat le recours à la pratique des quotas s’affiche comme le moyen d’enrayer la surexploitation des fonds, il permet d’abord et à court terme, de maintenir le taux de profit en rationalisant l’activité. Après plusieurs années de cette politique, la démonstration est faite que la concentration du secteur entre les mains d’un nombre toujours plus réduit d’ exploitants n’offre aucune perspective de reconstitution des stocks. Tout juste permet-elle la réalisation du taux de profit par le partage d’une manne décroissante de matière première entre les mains d’ équipages chaque année moins nombreux.

C’est donc dans ce contexte qu’il faut appréhender l’annonce faite d’une prochaine implantation d’un élevage
industriel de saumon dans le boulonnais.

b/ : L’aquaculture dans le boulonnais : main dans la main,  patrons et politiciens.

Réunis au sein d’une mission crée par le Conseil Régional et la CAB baptisée “Capécure 2020”, les politiques de la région et les patrons du secteur parient ensemble sur l’élevage industriel de poisson; de saumon dans un premier temps4. Ainsi pour le socialiste Percheron, il ne s’agit rien moins que de : ”transformer les menaces qui pèsent sur le secteur en opportunités”5. Objectivement, faire le choix de l’aquaculture revient à précipiter tout en l’annonçant la fin de la pêche en milieu naturel. En octobre 2011, le patron de la Coopérative Maritime d’Etaples affirmait lors d’une visite en délégation d’un site de production danois que l’origine de la ressource lui importait peu. Il en conclut à cette occasion que, face au coût de la modernisation des outils de pêche, il choisissait sans hésiter d’accélérer la reconversion vers l’aquaculture. La CME ambitionne donc de créer dans un premier temps 6 bassins capables de produire 85 tonnes de saumon tous les deux mois,  soit un total annuel de 500 tonnes, avec une main d’oeuvre limitée à trois salariés; c’est à dire moins que celle d’un équipage de pêche artisanale6. Cette prétendue réponse à la sur-exploitation des fonds mais véritable garantie d’approvisionnement pour les industriels de la transformation, signe la disparition à terme de l’activité. Elle achève son intégration définitive aux conditions de la production capitaliste. Dorénavant, une pêche marginalisée et labellisée servira indirectement les plans de la touristification appelée de ses voeux par les édiles locaux. Aux côtés de centaines d’anneaux réservés aux plaisanciers, on imagine déjà les derniers pêcheurs offrir le spectacle discret de scènes désormais folklorisées7.

 

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Les promoteurs d’un capitalisme Vert.
Parmi les soutiens au projet, les Verts locaux et leurs élus régionaux arguent d’une pareille nécessité imposée par la raréfaction de la ressource alors que ne cesse de croître la demande alimentaire mondiale. Curieuse démonstration que celle qui prétend s’opposer à un productivisme mortifère en empruntant les chemins de sa reproduction sous une forme plus artificielle encore. A leurs yeux, l’application de quelques dispositions d’ordres environnementales offriraient des conditions acceptables à la substitution d’un mode d’exploitation hors sol. La première serait la certification du site par l’emploi d’une alimentation d’élevage d’origine “bio”; la seconde consisterait à sélectionner précautionneusement l’emplacement des sites afin de ne pas dénaturer le littoral et porter préjudice “au développement touristique”. En définitive, les Verts en sont réduits à promouvoir les intérêts de deux secteurs l’un comme l’autre particulièrement nuisibles à l’homme et à la nature. Ce postulat pour un “capitalisme vert” abandonne donc la décision entre les mains des laboratoires de recherche entretenant par surcroît l’illusion d’une résolution techniciste de la question sociales et écologique. Et quant bien même une alimentation d’origine “bio” se révélerait-elle possible, qu’elle n’abolirait pas la toxicité intrinsèque d’un élevage de type industriel8. Son caractère concentrationnaire est à l’origine d’une longue chaîne de nuisances aux conséquences sanitaires parfois dramatiques que de multiples épidémies: bovines, aviaires, porcine… ont révélé ces dernières décennies.
Le seul inventaire des dangers réels et des menaces en germe que fait planer cette activité sur le vivant terminera de nous convaincre qu’elle ne diffère en rien de son homologue agricole.
Un marché juteux et attractif

Parmi les différents secteurs de l’agro-industrie l’aquaculture est celui qui connaît actuellement la croissance la plus rapide. Dans les pays industrialisés, son exercice repose sur l’élevage intensif de poissons prélevés en milieu naturel et reproduits par sélection en captivité. En moyenne, 3 à 5 kg de poissons extraits de la mer et transformés en denrées piscicoles sont nécessaires à la production de 1 kg de poisson d’élevage. Les aliments employés se présentent sous la forme de granulés ou d’une pâte appelés “moulée” produite à partir de farine ou d’huile prélevés sur les stocks naturels. Ce rendement, apparemment aberrant, se révèle pourtant très profitable. Le secteur de la pêche minotière, aux mains de quelques consortiums internationaux compte pour un tiers des captures mondiales, soit 25 à 30 millions de tonnes pêchées chaque année. L’activité connaît par ailleurs un mouvement de concentration qui progressivement le fait glisser sous le contrôle des géants de l’agro-alimentaire. L’extraction massive d’espèces de faible valeur recyclées en farines pour l’élevages intensif de porcs ou de poissons, bénéficie en prime de la forte hausse du prix des protéines végétales comme le tourteau de soja. L’heures des protéines végétales de substitution n’a pas encore sonnée, d’autant que pour mémoire, le saumon qui semble recueillir les faveurs des patrons boulonnais est un poisson carnivore…
Les OGM bientôt planche de salut ?
Les formes de pollutions qu’engendrent les fermes d’élevage sont multiples et maintenant bien connues. Certaines tiennent à l’utilisation de produits chimiques destinés à éviter l’agglomération de déchets sur les infrastructures ou à éliminer les maladies et les parasites. Le recours aux engrais et aux antibiotiques est une nuisance d’une autre nature encore. L’excrétion fécale et la décomposition de l’alimentation animale entraînent pour leur part la prolifération d’algues toxiques, tandis que l’accumulation des différents déchets produisent d’importantes quantités d’azote (nitrate, ammoniac), de phosphore (phosphate) et de carbone. Enfin, un dernier préjudice, et non le moindre celui là, résulte de l’hybridation opérée entre les individus échappés des sites d’élevages et la population sauvage des milieux naturels dont les cartes génétiques diffèrent. La fuite d’individus issus de la sélection artificielle représente donc une véritable menace pour la biodiversité et à terme, pour l’existence même du saumon sauvage9.
Mais le pire reste à venir. Aux Etats-Unis, une société spécialisée dans les biotechnologies est parvenue   à  fabriquer un saumon trans-génique. La Food and Drug Administration pourrait bientôt autoriser la commercialisation de cet OGM à qui la greffe d’un gène fabriquant une protéine “anti-gèle” lui assure une croissance deux fois plus rapide que son homologue sauvage10. Une chose est certaine, l’abjection tehno-marchande et son cortège de catastrophes à retardement s’introduit  dans nos vies chaque jour d’avantage …

c/ : Le secteur de la transformation : concentration et trans-nationalisation.   

A la fin des années 70, la salaison et le saurissage sont les principales activités de transformation de la ressource. On dénombre alors une dizaine d’entreprises de conserverie. Le capital de la plupart d’entre-elles est encore d’origine familial. Elles salarient autour de 550 travailleur-ses essentiellement dans des taches de transformation. A cette époque, le procédé de surgélation s’impose et marque un tournant important dans l’histoire du secteur. Il transforme les techniques de production et hâte la disparition de celles jugées les plus obsolètes, mais avant tout, il conduit les changements dans la composition du capital et peu à peu, la trans-nationalisation devient la règle. En trente ans, la zone portuaire de Capécure passe d’un pôle de production locale à vocation régionale et nationale à celle d’une plate-forme d’import-export à destination du marché européen. Pour seul exemple, l’une des dernières usines à s’implanter appartient à un groupe d’origine norvégienne travaillant à lui seul un quart de la production mondiale de saumon d’élevage.

Cette entrée de capitaux internationaux par l’entremise de groupes comme Nestlé-Findus , Gelmer, Pêche et Froid a commandé un changement d’échelle qui se poursuit toujours aujourd’hui. Ainsi, à  la faveur de la crise qui frappe l’Islande, l’ entreprise Gelmer du groupe Icelandic est passée, tout comme la société allemande Pickenpack Hussman & Hahn, sous l’aile de Pacific Andes, un conglomérat chinois enregistré en bourse à Singapour et comptant comme l’un des dix plus gros fournisseurs de poissons congelés dans le monde. Pour la petite histoire, la multinationale est en possession de toutes les certifications légales labellisée “développement durable”.

La restructuration du secteur a simultanément entraîné la modification de la composition de la main d’oeuvre. A mesure que le nombre de travailleurs de la production reculait, celui des services et de la maintenance augmentait de manière significative (emballage, entreposage frigorifique, conditionnement de surgelés…), à l’égale de celui de la logistique. Le transport de marée est devenu le pivot du secteur et emploie à lui seul 600 personnes; la gare routière première de cette taille en Europe  compte 112 portes d’embarquement.

d/ : La fonction de la recherche ou l’art d’accommoder les restes.

La recherche est appelée à jouer une rôle  important dans l’avenir de la filière. Elle remplit plusieurs fonctions dont la première d’entre elles est de rationaliser l’extraction de la ressource. Comme nous l’avons déjà évoqué, il s’agit dorénavant de gérer au mieux des stocks atrophiés. Les laboratoires travaillent donc à mettre en adéquation l’état de ces stocks avec leur futur exploitation à l’issue d’observations, d’études et de rapports dûment établis. De son côté, l’Etat arrête le cadre légal, distribue les quotas et en garantit un usage rigoureux. Mais  désormais, c’est du côté de la formation que les patrons placent leurs attentes. La modernisation de l’outil de production et l’obtention de gains de productivité  passent  par la chasse aux subventions publiques en s’appuyant sur les centres de recherche et de formations régionaux11. C’est le rôle que joue actuellement le “pôle de compétitivité labellisé”, appelé Aquimer, par ailleurs actif promoteur de l’élevage de poisson hors sol. Enfin, l’un des enjeux sera de s’attacher les grâces du monde universitaire12. Les travaux du futur “Campus de la mer”, s’il voit le jour, viseront d’abord à maximiser la plus value du secteur13.

 

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Ainsi, pour répondre à une consommation de poisson en hausse de 3 % par an quand la ressource est au plus bas, les industriels de la filière joueront la carte des produits à forte valeur ajoutée et destinés à une certaine clientèle; en substance, la petite bourgeoisie. Les stratégies marketing s’y emploieront en recourant à la labellisation et à la certification, gages de qualité appréciés de ce milieu. Les laboratoires travailleront ainsi à dissoudre une matière qui se fait rare dans des produits toujours plus sophistiqués et à un prix prohibitif. Pour la masse, largement exclue de la consommation régulière de poisson, les même industriels fabriquent déjà les erzatz que l’on sait à partir d’espèces d’importation et de faible valeur.

e/ : Le grande retour de la question alimentaire, ici et partout dans le monde.

Ce n’est donc pas seulement la question de la survie d’un milieu naturel qui est ici posée. Ni d’ailleurs la manière dont on s’applique à l’exploiter. C’est au final et surtout celle de l’accès à la nourriture qui, de nouveau, réoccupe une place centrale. Au delà de sa dimension culturelle, elle porte en elle toutes les contradictions de ce système puisqu’elle redevient progressivement un enjeu entre les classes. Alors, répétons le, la bouffe est d’abord une question de classe ! Du reste, quelle autre question mieux que celle là nous amène à nous interroger sur ce que l’on souhaiterai produire, pour qui et comment.

f/: L’exploitation de la main d’oeuvre.
La filière ne concentre plus exclusivement ses activités sur le port. Seules 54 des 140 entreprises du secteur sont encore implantées en bord de mer. Les patrons qui affirment se “soucier de la ressource mais aussi des hommes”, y exploitent l’une et les autres dans de semblables conditions. Les usines, des PME pour la plupart d’entre elles, emploient chacune quelques dizaines ou centaines de salariés. La mécanisation et la  rationalisation du procès de production a entraîné une forte croissance de la productivité couplée à une baisse tendancielle de la part de la rémunération. En règle générale, le salaire égale un  smic le plus souvent agrémenté de primes. Après une formation débouchant sur un CAP, BEP ou équivalent Mareyage, un fileteur obtient le statut d’ouvrier qualifié (P1,P2) et gagne le smic horaire, soit 9 euros brut de l’heure. Les travailleurs paient cette productivité accrue par une augmentation des accidents de travail et des maladies professionnelles. Le travail est posté, cadencé, les gestes mécanisés et répétitifs prolongent le mouvement des machines. Un ouvrier de la Scamer, filiale du groupe Intermarché  avoue : « C’est le dégoût de venir travailler, et la maladie aussi. Mais surtout le manque de motivation. Nos primes, c’est ce qui fait nos salaires. Il n’y a pas de reconnaissance»14. Comme partout, la précarité et la flexibilité se sont répandues dans l’ensemble du secteur. Le volant d’intérimaires représente  10 %  des effectifs de la filière et le nombre augmente en saison. A titre d’exemple, l’usine du groupe norvégien Marine Harvest emploie actuellement 125 personnes en CDI et 70  intérimaires, soit plus d’un tiers de l’effectif global en contrat précaire. Tout comme le travail au noir, le temps de travail non rémunérés est dans les usines du secteur monnaie courante, le plus souvent sous la forme d’heures supplémentaires non payées. Sombre tableau, où le patronat en position de force impose sa loi. Ces derniers mois, la Société Findus propriété du groupe “Lion Investissement” a obtenu des travailleurs l’abandon d’un tiers de leurs RTT et des temps de pause à l’issue d’un chantage à la délocalisation. Ce genre de menace précède systématiquement un mauvais coup à venir, souvent plus dur encore. Les exemples ne manquent pas. Et en effet, quelques semaine plus tard, les ouvriers apprirent que l’actionnaire souhaitait vendre l’entreprise.

Reconnaissons qu’actuellement la combativité ouvrière est faible dans la filière, mais elle n’est pas non plus inexistante. En 2010, de multiples actions de terrain menées durant les journées de mobilisation contre la casse  des retraites le furent grâce à la détermination d’un certain nombre de travailleurs du secteur.

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*Actuellement la pêche boulonnaise débarque à l’année 50 000 tonnes dont 37 000 de poisson frais.
**Un investissement gagé par des fonds publics et servi par un discours tehno-scientiste imaginé comme la solution logistique à l’acheminement express de la ressource. Ce projet s’est soldé par un échec économique retentissant.
Lire à ce sujet: “Fortunes de mer : lignes maritimes à grande vitesse, les illusions bleues d’un capitalisme vert”.

1 – Pour une critique de l’approche “anti-industrielle”, lire Ch.VII. Les remous de la crise: “la quête d’une alternative…”op.cit. p 82.
2 – “La pêche artisanale rattrapée par le productivisme”.Courant alternatif n°été 2008. Consultable sur le site de la Mouette Enragée : http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-la-peche-artisanale-rattrapee-par-le-productivisme-70021369.html
3 – ibid.

4 – Un PLDE: (Plan Local de Développement Economique) établi par le Conseil Régional fixe la marche à suivre à l’échelon inférieur par la CAB: (Communauté d’Agglomération du Boulonnais).
5 – http://www.agglo-boulonnais.fr/uploads/media/1012-Capecure_2020.pdf
6 – in Le Marin. “L’aquaculture danoise séduit les boulonnais.”vendredi11 novembre 2011.
7 – L’actuel PLDE privilégie deux filières majeures : le secteur halieutique et le tourisme.
8 – Précisons qu’à la différence de leurs cousins industriels, les saumons “bio” peuvent être porteurs d’une bactérie : la listeria monocytogène.
9 – Le saumon est bien présent au large de la côte d’Opale, certes en nombre réduit, et on le confond  le plus souvent avec la truite de mer.
10 – in http://www.aquabounty.com/

11 – Les cadeaux aux patrons se font sous la forme de mise à disposition de subventions publiques.   Un exemple parmi d’autres: “Haliocap” crée par la CAB et qui a pour objectif de : “permettre à des créateurs de minimiser leurs investissements de départ(…), à des entreprises extérieures de s’implanter rapidement.  http://www.haliocap.fr/index.php
12 – On retrouve : le Conseil Régional, la CAB, l’Université du Littoral Côte d’Opale, Ifremer, Nausicaa, Aquimer, le Centre d’expérimentation et de Valorisation des Produits de la Mer (CEVPM), l’Afssa, la ville de Boulogne, Lille I, le conservatoire du Littoral travaillent ensemble pour faire que Boulogne devienne le siège de l’Université de la Mer. Aquimer est subventionné par l’Etat et la Caisse des Dépôts et Consignations.
13 – Le “Campus de la mer”, pourrait accueillir en son sein une école d’ingénieur. Il est vrai qu’en terme de d’image de marque, le diplôme d’ingénierie surclassera le maintenant si commun “Master” universitaire…

14 – Capécure : des employés de la Scamer dénoncent leurs conditions de travail. La Voix du Nord.08.10.2009


Panorama du secteur de la transformation en 2010:
Le mareyage : 54 entreprises – 1 391 emplois. 138 000 tonnes traitées
La transformation :  (salaison, conserverie, cuisson de crevettes) 
19 entreprises – 1 265 emplois- 72 000 tonnes de produits finis.
Le transport : 13 entreprises (locales) – 480 emplois – 327 000 tonnes.
La  commercialisation :  40 entreprises – 331 salariés – 144 000 tonnes

Sources: conseil régional du Pas-de-Calais.

 

 


 

 

Tableau comparatif des tonnages pêchées à Boulogne-sur-mer : en 1976 et 2009.

Tonnages des principales espèces pêchées à Boulogne sur mer en 1976 :

Cabillauds :       6  345  tonnes            en 2009 :  1 390 tonnes.
Harengs :          15 293 tonnes             en 2009 :  2 438  tonnes.
Lieux noirs :       35  526 tonnes          en 2009 :  3  641 tonnes.
Lingues :            8   417 tonnes            en 2009 : 1 053 tonnes.
Maquereaux :    18  524                       en 2009 :  3 295 tonnes.
Merlans :            19 836 tonnes            en 2009 :  6 930 tonnes.

Sources : Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais.
Le CRI du boulonnais n° 6. Janvier février 1978.

 

 


 

 

La flotte de pêche boulonnaise
Pêche industrielle : la société Euronor compte actuellement 200 salariés et remonte 10 000 tonnes de poisson dans l’année. Elle est née en 2006 de la fusion des armements Nord-Pêcheries et Le Garrec a été racheté par la société britannique UK Fisheries elle même au services de deux importantes sociétés du secteur l’une néerlandaise et l’autre islandaise. Euronor possède actuellement quatre chalutiers de pêche industrielle et trois navires surgélateurs.
Pêche artisanale : 120 bateaux de pêche côtière : chalutiers/trémailleurs/fileyeurs dont  quatre-vingt sont regroupés sous l’égide de la Coopérative Maritime Etaploise.

 

 


 

 

Témoignage recueilli auprès d’un jeune travaillant dans une usine de Capécure.

Rares sont les témoignages qui nous parviennent de l’intérieur des boites de la zone portuaire. La parole rapportée dans la presse locale est d’abord celle des patrons du secteur, des politiques ou des “experts”, jamais celle de ceux qui font tourner les machines ou travaillent la matière. Nous livrons ci dessous un instantané d’une conversation que nous avons eu avec un jeune salarié d’une usine de Capécure.

Est ce que tu peux nous présenter la boîte dans la quelle tu travailles ?

C’est une boîte assez importante sur la marché international. D’ailleurs un nouveau site de production est actuellement en construction sur le port. On y travaille surtout le saumon et en moindre quantité du poisson “blanc” comme le cabillaud.

Comment y est organisé le travail : les postes, les horaires ?

Le travail est effectué par des équipes différentes. Celle du matin débute à 5 heures. Puis celle de l’ après midi prend le relais et une équipe de nuit est chargée du nettoyage. S’il y  a des commandes supplémentaires il nous arrive de travailler sur des périodes plus longues. C’est le cas lorsqu’il n’y a pas assez de monde pour l’équipe de l’après-midi, on termine alors après 13h30 et parfois même  à 17h30… Dans ce cas les pauses sont plus nombreuses, ceci dit, dans certaines boîtes tu peux travailler de 6 heures du matin jusque 15h 30 avec seulement une heure de pause ! Le jour de repos tourne dans la semaine

Peux-tu nous décrire le type de taches effectués ?

On y travaille en postes. Les principaux sont le filetage et le chargement/déchargement de la matière première et des produits expédiés aux clients. Ce sont essentiellement des hommes qui y travaillent.  Au désarêtage on trouve plus de  femmes. Le travail du poisson se fait sur des chaînes. Le travail du saumon par exemple est très parcellisé. Le nombre de taches effectuées est important :
d’abord on balle les poissons sur la chaîne
on les décapite
on coupe le poisson pour en faire deux filets
on extrait l’ arête principale qui part pour la production de produits cosmétiques ou autres… en fait tout est vendu dans le saumon.
on décolle le dos
on coupe l’aileron et on enlève le gras du filet
on le passe à la désarêteuse puis sur une table de désarêtage où on retire à la pince  les dernières arêtes, les plus petites
le trieur, lui, supprime les “abîmés”
le peseur remplit des boîtes de 10 à 20 kg de poisson qui passent ensuite au glaçage
les boîtes sont ensuite stockées sur des palettes pour  enfin être  étiquetées.

Quelle place occupent aujourd’hui les machines dans la production ? 
Les machines interviennent sur des taches précises comme la décapitation du poisson. Mais le travail est très manuel même s’il est effectué sur une chaîne.

Peux tu nous parler des maladies professionnelles ?

C’est au filetage que c’est le plus dur bien que la direction fasse tourner les poste. En travaillant de 5 heures du matin à 12 heures tu te flingues les épaules. Le plus souvent les anciens se font  opérer.

Quel est le rapport au travail en général; il y a des résistances, individuelles, collectives ?

Ca gueule lorsqu’on demande aux gars de l’équipe du matin qui commencent à 5 h de continuer après leur poste, donc après 13h 30 . Au filetage surtout. C’est arrivé que les fileteurs  “posent les couteaux” et se barrent !

Quelle est l’ambiance au quotidien dans la boîte ?
L’ambiance est plutôt bonne, c’est assez familial.

Et les rapports avec la hiérarchie ?
Ca va, car les chefs viennent de la production en général.

Et les contrats de travail, quelle est la part de CDI, de CDD, d’intérimaires ?

En 2010, il y avait 130 personnes en CDI et 70 en contrat intérimaire. Les intérimaires signent en général un contrat d’une semaine qui est reconduit pendant 18 mois !

Vous avez des contacts avec les salariés des autres boîtes ?

Oui, avec les intérimaires justement car ils font pas mal de boîtes. Il y a pas mal de turn-over entre les boîtes, c’est comme cela que l’on connaît l’ambiance.

Et les salaires ?

Pour un embauché ça tourne autour de 1200 à 1300 euros. Il y a différentes primes : de production, de fin d’année, de participation, etc… Un chef gagne autour de 2000 à 2500 euros

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