A propos du camp “No border” de Calais calais no border

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Du 23 au 29 juin 2009 s’est tenu à Calais un rassemblement se voulant en prise directe avec la réalité endurée par les sans papiers cherchant à gagner la Grande-Bretagne. Une semaine durant, quelques trois cents personnes ont tenté en lien avec le réseau “No border” d’informer, de nouer des contacts et parfois de se dresser face à la répression qui s’abat au quotidien sur les immigré-es. Ayant oscillé entre participation et retrait à ce projet, nous revenons aujourd’hui sur les quelques points qui, dès le départ, nous ont semblé en fixer les limites.

Lorsqu’en novembre 2008, les États français et anglais échouent devant la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme) à expulser par un vol commun des afghans sur Kaboul, ils se heurtent sur le terrain à une forte mobilisation. Des contacts se nouent alors autour du CRA (Centre de Rétention Administratif) de Coquelles où sont détenus les afghans bientôt relâchés. De cette collaboration entre militants français, anglais et belges germera l’attente d’une intervention qui dépasserait enfin le cadre humanitaire stricto sensu sur lequel se polarisent les associations locales. L’intention se veut donc politique et revendique “la liberté de circulation pour les personnes, la fin des frontières et des contrôles migratoires”. Au demeurant, les promoteurs ont une idée assez précise des moyens à mettre en œuvre afin d’y parvenir. Il s’agirait avant tout d’organiser un camp labellisé et autogéré, implanté en périphérie de la ville.

L’objet du camp… le camp lui même.

Rapidement, l’objet du camp deviendra le camp en lui même. Au détriment d’ailleurs de tout débat sur le sens de sa tenue quinze ans après l’arrivée des premiers migrants sur les côtes de la Manche. A ce titre, on peut s’interroger sur les délais extrêmement serrés, quelques mois à peine, que s’étaient fixés les organisateurs afin de tenir le calendrier. De fait, contraints par l’urgence matérielle, le politique fut évacué dès le départ des discussions. L’architecture et la logistique s’imposèrent comme priorités. Il est ainsi impossible de trouver un compte rendu qui fasse état d’une approche politique comparée de la question à l’échelon local et avant tout international. A notre connaissance, les seuls bilans publiés après coup ne mentionnent que les points forts ou faibles en rapport avec l’activité quotidienne au sein du lieu (1). Comme souvent à l’issue de ces rassemblements, on évalue en priorité le rapport des groupes entre eux en relation avec les impératifs de la vie en collectivité. L’autre ligne de partage concerne essentiellement la stratégie à adopter face à l’action policière. Forcément offensive pour les uns, naturellement pacifiste pour les autres. Mais cette fois les opportunités de ressasser le vieux “vrai/faux” débat ne se présenteront pas. Le quadrillage policier confinera durant la semaine les participants aux limites du camp. Toute sortie en groupe se révélera impossible, toute tentative d’action collective se verra immédiatement réprimée.

 

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source : http://www.contre-faits.or/spip.php?article101#photo

 

Quand l’activisme tourne court.

Neutralisés sur place, il ne restait aux participants qu’à patienter jusqu’à la manifestation, autorisée celle-là, en fin de semaine. Une moindre consolation. Certes il y eu bien l’action réussie au CRA de Lesquin, car délocalisée à 120 kilomètres de Calais. Maintenant, on ne peut que s’interroger sur les choix retenus par les organisateurs. Que l’on néglige volontairement les débats de fond afin de rassembler largement est déjà discutable sur le principe. Que l’on dévalue la réalité du terrain sur lequel on entend porter l’action l’est tout autant, si ce n’est davantage.

Depuis plusieurs années, Calais et sa périphérie sont l’objet d’une occupation policière et parfois militaire permanente. La côte, la ville et l’arrière pays sont les lieux d’arrestations et de violences ininterrompues de jour comme de nuit. S’y concentrent en regard de l’activité Trans-Manche par mer et par tunnel un arsenal sécuritaire proprement délirant évoqué déjà à plusieurs reprises. Renforcer le dispositif en place en temps ordinaires afin d’enserrer quelques centaines de manifestants ne fut donc qu’une formalité pour l’État. Or, si l’on admet, à quelques exceptions près, le manque d’ancrage des militants dans cette histoire migratoire “particulière” à Calais autant que dans la réalité sociale et politique locale, si l’on reconnaît le caractère éphémère de l’initiative, on saisit comment la presse locale a réussi aussi aisément à construire et alimenter la peur bien avant l’arrivée des premiers campeurs.

Une presse locale…

La presse nationale a tu l’événement. A peine quelques lignes dans un ou deux titres du matin. Il en fut autrement avec les presses régionale et locale qui savonnèrent grassement la planche préparée par la sous-préfecture et la mairie UMP. C’est sans doute sous cet angle que l’on peut le mieux saisir la distance qui a séparé la détermination affichée par “Les No Border” comme les baptisèrent les journalistes et la réalité calaisienne. Rien n’étonne moins que la prose de “La Voix du Nord” ou de “Nord Littoral”, quand bien même l’accès du camp leur fut interdit, ce qui est heureux. Ce qui surprend, c’est la position des militants en regard de la campagne de criminalisation qu’ils ont subie. Leur obstination à démentir les accusations portées par ces journalistes les a cantonné dans une posture défensive et sans doute paralysante. Certainement parce que l’influence de cette presse dans une ville moyenne comme Calais n’a pas été estimée à sa vrai mesure. En raison peut être de la place qu’occupent aujourd’hui les outils de communications virtuelle au sein des sphères militantes et de la manière dont ils déforment notre approche du monde réel.

.à la toxicité sous estimée.

En règle générale, les éditions locales et régionales se portent mieux que les quotidiens nationaux. La proximité des nouvelles qu’elles colportent leur ouvrent encore aujourd’hui la porte de nombre de foyers. A l’heure du “haut débit”, leur ton immuable et soporatif façonne toujours l’opinion. C’est bien entendu dans leurs colonnes que furent annoncées à la population calaisienne l’annulation des fêtes publiques et des kermesses scolaires, la fermeture des magasins et des centres commerciaux, le bouclage de plusieurs axes de circulation et le quadrillage policier. En réponse à l’orchestration de la psychose, les militants révulsés tentèrent de donner des gages de bonnes intentions. Se privant par la même occasion d’une critique en lien avec le terrain social local. La “Voix du Nord” pour ne citer qu’elle n’est pourtant pas à son coup d’essai en la matière. Il eut été piquant, par exemple, de remémorer en réponse à la calomnie la responsabilité que porte ce titre dans le fiasco judiciaire que fut “l’affaire d’Outreau”. Une sordide offensive de la presse bourgeoise menée elle aussi tambour battant…

Au final

La manifestation de la fin de semaine se déroula aux marges de la ville et réunit entre 2 et 3000 personnes. Comme il a été dit et répété, le dispositif policier était impressionnant au point d’imposer sans résistance la fouille de tout un chacun sortant du camp et désirant rejoindre le cortège.

Que retenir d’autre, si ce n’est malgré tout les contacts établis tant avec les sans papiers qu’avec les habitants du quartier populaire jouxtant le campement. Sur le principe, l’objectif de “créer l’événement” fut atteint. Sur le fond, peu ou pas de réflexion collective, une approche formelle et abstraite de la question, en dehors des rapports de classes et au profit d’un humanisme pourtant si décrié lorsqu’il est porté par les associations calaisiennes.

On peut ainsi regretter que malgré la présence de camarades anglais ne fut saisie l’occasion de comprendre le sens réel des grèves sauvages de la raffinerie de Lindsey où l’on entendit réclamer entre autre « des jobs anglais pour les ouvriers anglais ». On était pourtant là au cœur du sujet.

Depuis, le ministre Besson a commandé la destruction des squats, camps ou refuges des vietnamiens, palestiniens, afghans, irakiens, érythréens … non sans avoir au préalable “ouvert la frontière” afin de ne rafler que ceux qui restaient. Comme après chaque annonce, et avant la suivante…

 


(1) Récits et analyse du camp No border- Aux frontières du réel. http://lille.indymedia.org/article16998.html

Premier point de vue rétrospectif sur le camp No Border. in : http://lille.indymedia.org/article16889.html

 

Boulogne sur mer. Le 22/09/09.

 

Manifestation No Border du 27 juin 2009, filmée par la TV locale :  VOIR VIDEO

 

 

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