Bilan provisoire d’un carnage sans nom

Bilan provisoire d’un carnage sans nom

« Le Maroc et l’Union européenne (UE) sont liés par un accord d’association signé en 1996 et entré en vigueur en 2000. En 2008, sous présidence française de l’UE, le Maroc s’est vu reconnaître un « statut avancé » qui vise à un approfondissement des relations politiques, une intégration au marché intérieur par un rapprochement réglementaire, une coopéra-tion sectorielle et une dimension humaine. ([..])

Le Maroc a également confirmé sa place de partenaire clef en Méditerranée. Membre actif de l’Union pour la Méditerranée, il s’est pleinement associé au dialogue 5+5 et au Sommet des deux rives (Marseille, 23 et 24 juin 2019). »  

Voilà ce que l’on peut lire sur le site officiel France Diplomatie.

C’est donc l’abrogation des accords de ce type et autre suppression de Frontex que réclame l’Association des travailleurs maghrébins de France ( ATMF ) après le massacre de 27 migrants venus s’écraser, ce 24 juin, sur le mur grillagé qui sépare la ville marocaine de Nador de l’enclave espagnole de Melilla. 

Sur son site, le GISTI décrit par le menu que « c’est l’ensemble des dirigeant·e·s des États membres et des institutions européennes qui sont coupables. Coupables d’entretenir un régime migratoire qui ne peut que produire cette violence raciste aux frontières. Loin des barrières-frontières de Melilla, le choix de Bruxelles et des capitales européennes d’exclure la grande majorité des ressortissant·e·s africain·e·s de la possibilité d’entrer régulièrement sur le territoire européen [crée les conditions structurelles de ce type de drame qui se répète depuis plus de 20 ans. »  

Naturellement, tout le monde est horrifié, de l’ONU à l’Union Africaine en passant par le parquet général espagnol, et demande « une enquête immédiate ». Dans Le Monde en ligne du 29 juin :« Cinq jours après le drame, les associations craignent que les corps ne soient enterrés sans identification ni autopsie, alors qu’une vingtaine de tombes auraient été creusées à Nador par les autorités depuis dimanche, selon elles. “ L’argument invoqué par les autorités, c’est que l’hôpital n’a pas suffisamment de place pour conserver les corps dans les frigos, s’indigne un responsable du Collectif des communautés sub-sahariennes au Maroc, qui souhaite rester anonyme. Le problème, c’est qu’aucune action n’a été engagée pour l’heure sur les victimes, déplore-t-il. On ne connaît pas leur identité et on ne sait pas de quoi elles sont mortes.” » 

Si l’on ne sait quoi faire des cadavres, on s’occupe des survivants selon les modalités habituelles. Près de soixante-dix migrants ayant participé à la tentative de franchissement de la frontière sont poursuivis par la justice. Trente-six d’entre eux, inculpés des chefs d’«entrée illégale sur le sol marocain», de « violence contre agents de la force publique » ou d’« attroupement armé », seront jugés le 4 juillet devant le tribunal de première instance de Nador, selon l’AMDH. Les vingt-neuf autres seront jugés à partir du 13 juillet par la cour d’appel pour des chefs plus graves, notamment celui de « participation à une bande criminelle en vue d’organiser et faciliter l’immigration clandestine à l’étranger. » 

L’ATMF a su  trouver les mots pour dénoncer la réalité des politiques migratoires inter-nationales. Plus qu’une épitaphe, un cri que nous relayons en toute solidarité : http://www.atmf.org/?p=8554

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